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Billet de blog 5 avr. 2020

Confineurs, confinés et con fini

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A l’instar des patients psychotiques utilisant toute sorte d’idées délirantes pour faire avec le réel… L’écriture est bien, ici et maintenant, pour moi une tentative de guérison, un processus de résilience, un refuge pour supporter le réel de ces derniers jours.

Nous ne sommes pas en guerre et je vous invite à lire le très joli texte de Sophie Mainguy[1] à ce sujet. Ce qui est sûr c’est que d’utiliser ce vocable guerrier évoque tout sortes de sentiments et d’émotions. Si nous disons « guerre » nous pensons « blessure, traumatisme, sacrifice, courage, héroïsme » … Il est fort probable que cela peut arranger les affaires d’un gouvernement qui semble aux abois, défaillant et peu préparé... Donnant presque à penser qu’il fait surtout preuve d’amateurisme. De là à se demander à qui profite la crise, il n’y a qu’un pas.

La représentation la plus adéquate qui doit nous venir en tête dans ces moments compliqués est-elle vraiment L’univers guerrier ? Est-ce que cela ne déclenche pas, tout simplement, un trop plein d’angoisse face à l’imperceptible et l’impuissance ? Quand je pense « guerre » je ressens « peur ». Avons-nous vraiment envie de vivre sous la coupe de la peur ? Cette trouille ne risque-t-elle pas de pourrir notre quotidien de soignants ?

La peur, ça désorganise, ça rend irrationnel. Devant la situation actuelle nous sommes obligés de modifier nos pratiques de soin, faire des choix qui semblent intenables. Des choix que l’on croyait impensables une semaine auparavant. L’affect prend le dessus sur la posture professionnelle, la peur de l’invisible nous gouverne. Une multitude d’injonctions contradictoires nous assaille, créant une dissonance cognitive chaque jour plus grande. Le mieux est l’ennemi du bien. Bien évidemment, il est de notre responsabilité d’imaginer les scénarios possibles et comment s’y préparer. Mais il semble impossible de se préparer correctement à une telle situation. On fait au mieux, il faut s’en convaincre.

Le risque serait que la peur induise des choix individuels délétères pour le collectif. Parce que, oui, c’est vrai : dans une certaine mesure, nous pouvons nous dire que nous risquons notre vie et celle de nos proches ! Si ce n’est pas notre vie, à proprement parler, c’est notre santé que nous mettons en jeu. Aussi bien physique que psychique. Nous pouvons être amenés à tomber malades, nous pouvons être amenés à vivre des situations insoutenables.  Chacun de nous, doit y réfléchir, s’y préparer. Et probablement que cela peut se faire surtout dans l’entre-soi. C’est bien avec nous-mêmes que le débat fait rage. De mon point de vue d’infirmier, j’estime que lorsque j’ai choisi ce métier, je me suis préparé à me retrouver dans ce genre de situations. Situations où je suis en danger – sans pour autant le vivre comme un héroïque sacrifice de soi.

D’autant que l’idée de la gloire, du sacrifice crée une attente vis à vis de l’État. On se met (naïvement) à espérer que le gouvernement va gérer la crise de la meilleure façon qui soit. Avec tout l’efficacité qui nous est due. Pourtant, on entrevoit en ces temps difficiles que les organismes de tutelle n’ont de « tuteur » que le nom. Cela ne peut qu’engendrer colère, méfiance, défiance et indignation.

Je préfère croire que mon ambition est au service de la vie et de la solidarité. Si nous sommes là, c’est parce que nous avons une volonté d’être au chevet de personnes jugées par notre société comme vulnérables. Clinique ne vient-il pas de « clinos » qui pourrai se traduire par « se pencher sur » ? Nous nous devons à nous-mêmes d’être présents, d’accompagner… Nous le leur devons… Toute l’année, nous partageons le pain avec eux. Aujourd’hui ils ont besoin de nous, ils nous font confiance pour être là.

Être là, c’est peut-être tout simplement la réponse ? Au nom d’une humanité, d’un choix éthique – plutôt que moral. Sans trouver refuge dans la colère ni l’indignation. Mais plutôt dans la décence et la solidarité.

Cela reprend bien une des plus vieilles idées de la psychothérapie institutionnelle. Cette idée de la double aliénation. Une transversalité telle, qu’aujourd’hui, nous sommes tous vulnérables.

Jean Gaillot

[1] NOUS NE SOMMES PAS EN GUERRE, par Sophie Mainguy, médecin urgentiste

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