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Le collectif NON aux JO 2024 à Paris lance un appel à référendum : les JO seraient une catastrophe budgétaire, économique et écologique.

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Billet de blog 6 mai 2020

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Notre réponse à Guy Drut

L’ancien Ministre des sports a écrit : « Le beau projet (...) pour Paris 2024 est aujourd’hui obsolète, dépassé, déconnecté de la réalité ». Bien que nous soyons d'accord avec son diagnostic, ses propositions posent des questions fondamentales : quelle légitimité pour les Jeux Olympiques ?

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Notre groupe « Non aux JO 2024 à Paris » a depuis longtemps la conviction que les Jeux Olympiques, quelqu’en soit l’édition, sont « obsolètes », « dépassés » et «déconnectés de la réalité ». Mais quand ces mots sont sortis de la bouche d’un membre du Comité internationale olympique (CIO), Guy Drut, il faut avouer qu’on les a reçus avec surprise.

Nous n’avons pas grand-chose à ajouter au diagnostic sur l’état actuel des JO présentés dans la tribune de l’ancien Ministre des sports, condamné puis amnistié par Jacques Chirac. Oui, « cela coûte très cher de construire de nouveaux équipements pour une épreuve qui dure, elle, seulement trois/quatre jours ». Néanmoins, sa proposition « de réutiliser des sites existants » ou de « sanctuariser certaines épreuves sur un seul et même site, quel que soit le pays organisateur » pose des questions fondamentales.

Quand une ville se permet de dépenser quelques milliards, voire quelques dizaines de milliards d’euros pour accueillir ces Jeux qui ne durent que deux semaines, elle se défend avec cette logique : l’héritage. Cette notion a été introduite dans la Charte olympique pour la première fois en 2003 dans le contexte où des critiques contre la commercialisation des JO ont atteint leur apogée avec les JO 1996 d’Atlanta (“Coca-cola Olympics”). Après le fiasco économique et financier des JO 2004 d’Athènes et l’extravagance-qui-se-soucie-de-rien des JO 2008 de Pékin, les JO 2012 de Londres sont devenus la première édition qui a mis en avant la notion de l’héritage. Des propos du maire travailliste de Londres de l’époque, Ken Livingston, sont exemplaires : « Je n'ai pas posé la candidature pour les Jeux Olympiques parce que je voulais trois semaines de sport. J’ai posé la candidature pour les Jeux Olympiques parce que c'est le seul moyen de faire sortir les milliards de livres du gouvernement pour développer l'East End. (I didn’t bid for the Olympics because I wanted three weeks of sport. I bid for the Olympics because it’s the only way to get the billions of pounds out of the Government to develop the East End) » Un an après les JO de Londres qui avait définitivement transformé l’East End en démolissant, entre autres, la plus grande coopérative d'habitation du pays, le CIO a publié le document « Héritage olympique ». Ce document commence avec cette déclaration : 

Les Jeux Olympiques ont le pouvoir de laisser des avantages durables qui peuvent énormément changer une communauté, son image et ses infrastructures. (...) les Jeux peuvent être un formidable catalyseur de changement pour une ville hôte (...).

C’est ainsi que le CIO et ses Jeux s’imposent au XXIe siècle. Ce n’est pas pour le sport que vous dépensez des milliards d’euros, mais pour un formidable catalyseur de changement pour votre ville ! Il va sans dire que c’est problématique. Ces changements énormes sont systématiquement dévastateurs pour la classe populaire des villes hôtes. Ledit l’East End de Londres, Vila Autódromo de Rio de Janeiro, Kasumigaoka de Tokyo, le foyer ADEF de Saint-Ouen sont des exemples iconiques de la gentrification olympique. Mais le point qu’on veut soulever ici, c’est que cette gentrification appelée autrement par les promoteurs des JO (développement, régénération ...) est la seule justification pour faire dépenser des milliards d’euros.  

Ce que Guy Drut qualifie « obsolètes », c’est tout ce mécanisme. Sur ce point, on est pleinement d’accord avec lui. Mais ce qu’il ne voudrait pas voir, c’est cette évidence : sans le concept d’héritage, ces Jeux perdent leur légitimité, voire leur raison d’être. S’ils ne laissent même pas l’héritage, pourquoi une ville doit les accueillir ? Selon le site web du comité d’organisation des JO 2020 de Tokyo, l’opération pèse plus lourd (USD 1.2 milliards) que le budget relatif aux sites de compétition (USD 1.1 milliards)1. Le marketing (USD 1.2 milliards), la communication (USD 0.6 milliards) et le transport (USD 0.4 milliards) ne sont pas négligeables non plus. Comment justifier tous ces coûts loin d’être anodins ?

Guy Drut n’est pas quelqu’un qui s’oppose à l’extravagance par principe. S’il a publié cette tribune suscitant beaucoup de polémiques au sein du petit monde sportif, c’est parce qu'il craint sincèrement que cette organisation non gouvernementale à but non lucratif de droit suisse n'ait plus sa place « au monde d’après ». Très concrètement, il devrait avoir peur qu’aucune ville ne veuille organiser les JO à partir des années 30. Il voudrait donc réformer le CIO pour qu’il survive. Pour sa survie, il nous semble qu’il y ait deux options : 1) Trouver une autre légitimité qui remplace l’héritage 2) Si ce n’est pas possible (on y croit), réduire la taille des JO jusqu’à ce que leurs coûts opérationnels deviennent dérisoires.

Nous avons déjà argumenté que tous les maux des JO sont liés à leur taille. Apparement, Guy Drut est d’accord avec nous, mais il ne précise pas ce qu’il considère le « décorum » et le « superflu » à éliminer. Deux jours après la publication de sa tribune, le président du Comité d'organisation des Jeux de Tokyo a laissé entendre la possible fusion des cérémonies d’ouverture et de clôture entre les Jeux Olympiques et les Jeux Paralympiques. Cet exemple de réduire le « décorum » est purement symbolique : complètement insignifiant par rapport au coût du report des JO 2020.

Pour diminuer la taille des JO plus que symboliquement, il est impératif de réduire le nombre des Fédérations Internationales (FI) des sports olympiques. Les « JO 2021 » accueilleront 33 FIs. Cela se traduit que 10,500 athlètes accompagnés de leurs coaches et staffs se rassemblent dans une ville pendant deux semaines. En conséquence, à cela s’ajoute des dizaines de milliers de journalistes, une centaine de milliers de bénévoles, et des millions du public venus du monde entier. C’est ainsi que l’organisation des JO est devenue la plus grande opération en temps de paix pour beaucoup de villes.

En 1948, trois ans après une crise probablement plus grande que celle que nous sommes en train de traverser, Londres a pu organiser les JO sans se ruiner. Des priorités du gouvernement travailliste étaient clairement ailleurs, il n’a donc construit ni le village olympique, ni le centre aquatique. Sans parler du village média2. C’était possible avec 17 sports, 59 Comités nationaux olympiques et 2000 journalistes au total.

Est-ce la vision des JO plus « responsables » que Guy Drut a en tête ? Cette vision est indissociable d’un profond changement de la forme actuelle du CIO. Omnipotent dans ces exigences et à la gestion pour le moins opaque,  il est actuellement le décisionnaire unilatéral de l’agenda olympique. Alors seulement, nous pourrons effectivement avoir une conversation intéressante et constructive avec lui.

1. Comme en France, ce n’est pas le Comité d’organisation qui construit et livrent tous les ouvrages olympiques pour Tokyo 2020. Les Japonais n’ont pas créé l’équivalent de notre SOLIDEO, mais ces tâches sont partagés entre plusieurs entités publiques et privées.   

2. Ni Tokyo 2020 ni LA 2028 ne construit son village média.

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