Contre la surenchère sécuritaire à Normale Sup'.

En écho à la protestation des étudiants actuellement en scolarité à l'ENS, à ces caméras qui fleurissent tout autour de l'Ecole Normale, comme aux propos de Gérard Collomb et au traitement réservé aux lycéens du 22 mai, d'anciennes et anciens normaliens appellent la direction de l'ENS à préférer la vitalité politique à la politique sécuritaire.

Le mercredi 2 mai dernier, à la suite d’un « colloque intempestif » qui se tenait dans la cour de l’ENS de la rue d’Ulm, consacré aux réformes actuelles touchant les Universités, l’école est occupée une nuit durant. Elle entre ainsi, à son tour, dans le large mouvement d’occupations qui anime de nombreuses universités et institutions d’enseignement supérieur ou de recherche depuis quelques mois. Le lendemain matin, l’école – comme tout le quartier – est bloquée par les CRS. Personne ne peut entrer – pas même les internes. La suite du colloque, que les occupant.e.s comptaient organiser en salle des Actes, ne peut avoir lieu. Placé.e.s devant l’alternative : quitter les lieux ou en être évacué.e.s par la force, les dernier.e.s participant.e.s à l’occupation quittent les lieux vers 19h.

Depuis, c’est le blocus. Aucune personne extérieure à l’école ne peut plus y entrer. Des événements culturels sont annulés. Des enseignant.e.s font cours en voyant de leur fenêtre des policiers en armes. D’après la direction, l’occupation aurait empêché le bon fonctionnement de l’école. Il est difficile de comprendre précisément en quoi. Si les tags peuvent nuire à telle ou telle image de marque, ils ne semblent pas être en mesure de gêner des activités d’enseignement ou de recherche.

Nous sommes d’ancien.ne.s élèves de cette école. Nous sommes opposé.e.s à la loi ORE, à la sélection à l’entrée des universités, et soutenons les normalien.ne.s, comme tou.te.s les étudiant.e.s, tou.te.s les enseignant.e.s et tou.te.s les membres du personnel en lutte contre cette loi. À ce titre, nous comprenons cette occupation, qui n’est pas la première dans ces murs (occupation par les chômeurs en 1998, occupation des salons de la direction en 2011, occupation de la salle Aron quelques semaines en 2015…), mais qui est la première à susciter autant de déploiement policier et de répression.

C’est pourquoi nous nous adressons à la direction de l’ENS pour demander que notre école ne se lance pas dans une surenchère sécuritaire et répressive, et encore moins vengeresse.

Ajoutons que, à l’ENS comme ailleurs, l’ampleur de la répression policière contre le mouvement étudiant, au moment où de nombreuses institutions publiques prétendent commémorer 68, a quelque chose de parfaitement grotesque, et de scandaleux. Que nombre de ces commémorations se déroulent dans des institutions feutrées et closes, sous bonne garde policière, à l’abri de la contestation actuelle, en dit long sur la vitalité politique du pays.

Premiers signataires : Marie-Fleur Albecker, Pierre Alferi, David Amalric, Justine Balibar, Jacques-Olivier Bégot, André Bernold, Claire Brunet, Ghislain Casas, Michel Celse, Michèle Cohen-Halimi, Francie Crebs, Eric Fassin, Jérémie Ferrer-Bartomeu, Hélène Garello, Valérie Gérard, Emmanuel Guy, Max Hardt, Samuel Harvet, Frédérique Ildefonse, Nicolas Laurent, Philippe Mangeot, Patrice Maniglier, Sarah Margairaz, Jacques Martineau, Jacques-Henri Michot, Joseph Mouton, David Rabouin, Pierre Zaoui

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