Oh temps suspends ton vol
C’est un ressenti bien étrange que j’ai éprouvé à l’occasion d’une rencontre fortuite avec un étudiant en Sport. Il m’avait demandé au regard de mon parcours et parce qu’il résidait à proximité de chez moi, de bien vouloir lui accorder un peu de temps pour échanger à propos du métier de préparateur physique. J’avais beaucoup hésité, ayant pris ma retraite et surtout ayant décidé depuis le jour de mon départ de la fonction publique, de marquer une véritable cassure avec le milieu dans lequel j’avais baigné durant quarante ans.
Fatigué par l’exercice des fonctions qui avaient été les miennes, nombreuses et diverses dans le champ de l’entraînement sportif, à un niveau local comme à un niveau national, voire international, écœuré par la médiocrité de certains de mes interlocuteurs ; je ne partageais décidément pas grand chose de leur humanité. Mais passons, il n’y a plus rien à voir ; il n’y a plus rien à dire à ce sujet. Etonné cependant par la facilité dont mon cerveau avait fait preuve en très peu de temps finalement, pour oublier tout ou presque tout : les contextes, les gens, mon expérience, mes connaissances, etc. jusqu’à douter de ce que j’avais pu apporter dans ce milieu. Peut-être au fond, pas grand-chose ! Certain en tout cas, que je n’étais et que je ne serai plus capable de parler de ce genre de question, éberlué par le niveau de détachement dont j’avais été capable de faire preuve.
Rencontres du troisième type
Et puis, cette rencontre a eu lieu ; j’avais opté pour l’idée qu’autour d’un bon café, là, à côté de chez moi et sans grand investissement, je pourrais œuvrer à une bonne action. Après tout, le jeune homme n’y était pour rien, comme parfois ces collègues ou sportifs, que j’ai tant aimés, mais à qui je ne réponds plus parce que la séparation fait partie des dégâts collatéraux que chacune des parties doit accepter de subir. S’ils n’étaient pas coupables au premier chef, ils l’étaient à mes yeux pour ne pas avoir su constituer autour de moi, un rempart. Et, comme je ne voulais pas apparaitre comme une âme en peine, j’avais décidé de reprendre ma totale liberté pour devenir quelqu’un d’autre ; peut-être au fond, le vrai « moi ».
La surprise pour moi, cela a été de constater durant l’échange, que mon cerveau n’avait rien oublié. Pire même, qu’il m’apparaissait meilleur que jamais ; un leurre sans doute ! Etonné par sa capacité à parler de toutes choses avec une certaine précision ; comme si au fond, les choses n’étaient jamais restés que cachées, enfouies au fond de ma mémoire. J’étais estomaqué par moi-même, me regardant de l’extérieur, évoquant non seulement l’histoire de l’entraînement et l’apparition du champ de la préparation physique, mais il était capable d’évoquer toutes les subtilités qui avaient vu cette science qui est également et surtout une pratique, évoluer à une vitesse exponentielle. Me revenaient toutes les notions fines et tellement intéressantes qui ont nourri la réflexion des acteurs : les auteurs, les contextes d’apparition, les limites… je ne peux pas les évoquer ici même, parce qu’elles sont trop nombreuses et totalement connectées entre elles. Mais j’étais serein, visionnaire et futuriste, sage, comme je ne l’avais sans doute jamais été ; novateur et intuitif. Bref, une vraie révélation à moi-même, qui me croyait mort, un étonnement devant cet amas d’expériences vécues à tous les niveaux et cette accumulation de connaissances scientifiques et pragmatiques.
Quel gâchis !
Ne voyez pas quelque prétention dans cet exposé, non, mais j’ai découvert en face de ce jeune homme, ce que j’avais été dans une autre vie : l’étendue de mon investissement et je me suis dit que mon pays avait quand même laissé partir un passé et un potentiel. Et puis, je me suis dit qu’après tout, je pourrais être candidat à quelques interventions majeures dans le champ du sport et de l’entraînement, pas à la façon d’un magister mais à la façon d’un voyageur qui baignant parmi les siens, viendrait raconter l’histoire des terres visitées et celle qu’il nous reste à explorer. Dans le cadre de rencontres / acteurs, tout près les uns des autres, comme si nous voulions échanger à propos de quelques réflexions essentielles à la réussite des projets, prenant appui sur le raisonnement de mes collègues pour l’enrichir de quelques pensées réflexives. Je remercie le jeune homme en question, qui sans le savoir, m’a permis de retrouver un peu du bonheur d’avant, lorsque mon accompagnement était désiré et chéri par quelques-uns des entraîneurs.