PRELIMINAIRE (N. Krantz)
« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre » ; c’est ainsi que je pourrais vous présenter ce texte qui offre le témoignage rare d’une formation à l’enseignement et à l’entraînement des activités physiques et sportives tel que vécu par ceux qui ont aujourd’hui plus de 80 ans. C’est parce que le récit de cette aventure qui appartient en partie à des temps révolus m’est apparu comme particulièrement intéressant que j’aie souhaité avec l’accord de son auteur, le partager.
Une histoire authentique que Claude m’avait déjà livrée en aparté, mais une histoire qui méritait selon moi une plus grande diffusion. Le convaincre de l’intérêt qu’il pourrait y avoir pour lui comme pour tous les autres à nous livrer son récit n’a pas été chose facile, persuadé qu’il était que cela ne pourrait intéresser personne. Et pourtant « mon cher Claude », au-delà de l’amitié qui nous réunit, laisse moi te dire qu’il me parait nécessaire pour de nombreuses raisons, d’entendre l’histoire de nos "pères", une histoire qui est également terriblement moderne, celle de nos "pairs" cette fois, de ceux qui auront toujours su démontrer qu’ils sont restés en toute occasion, à l’écoute de la modernité.
***
L’HISTOIRE (C. Colombo)
Formation initiale
À la fin de mon passage à l’école militaire d’Autun, alors que j’étais en classe de première, j’ai décidé de me présenter au concours d’entrée dans les sections préparatoires à la première partie du professorat d’EPS.
Dans un premier temps, pour se présenter aux concours d’entrée, il fallait passer une étape importante de contrôle d’aptitude physique et morphologique, incluant une fiche médicale et surtout des radiographies de la colonne lombo-sacrée en station verticale, de face et de profil. Toute anomalie au niveau des interlignes et des isthmes entraînait une inaptitude temporaire ou définitive.
Les épreuves de sélection ont eu lieu, pour moi, au CREPS de Nancy les 23 et 24 mai 1967, en cours d’année de terminale, pour une rentrée en septembre 1967.
Elles consistaient en :
- Un 50 m nage libre, départ plongé en natation
- Une épreuve de gymnastique sportive, « exercice à mains libres »
- Un grimper de corde, bras seuls, 6 mètres mesurés du sol, départ debout
- Des épreuves d’athlétisme : course de vitesse (80 m), saut en hauteur, lancer de poids (5 kg)
Je me souviens avoir été bien aidé par ma pratique de la gymnastique en club. À cette occasion, j’avais présenté mon exercice au sol de compétition. Le grimper de corde, classiquement utilisé dans l’entraînement des gymnastes, m’avait également permis de bien performer.
Cependant, à cette époque, j’étais un piètre nageur, ce que j’aurais à cœur de corriger ultérieurement. La vitesse et la hauteur ne me posaient pas de problèmes particuliers, contrairement au lancer de poids en raison de mon gabarit poids plume (67 kg à l’époque).
Bien qu’admis, cela était suspendu à ma réussite au baccalauréat, que j’ai obtenu lors de la session de rattrapage de septembre 1967.
Nous avions le choix parmi une liste d’établissements qui préparaient, en 1967-1968, la première partie du Professorat d’EPS.
J’ai choisi d’aller au lycée Lamartine de Mâcon alors que j’aurais pu aussi aller à Metz encore Strasbourg. Je ne sais plus ce qui a dicté cette option, qui me faisait une fois de plus quitter Nancy, un an à peine après y être revenu. La réputation de Mâcon pour ses résultats au concours a dû peser dans ce choix.
J’ai donc effectué ma première année au lycée Lamartine à Mâcon.
Le premier trimestre a été terrible, car entre les cours théoriques et les pratiques physiques, nous étions mis à rude épreuve. Il fallait être solide pour résister à la pression permanente du professeur responsable de cette préparation.
Jean Gay, dit « papa Gay », était omniprésent, d’une rigueur extrême et allait même jusqu’à nous « pister » dans Mâcon le dimanche pour nous rappeler que nous avions le lundi matin un QCM d’anatomie ou autre à réviser. Je me suis bien souvent endormi sur mon Rouvière tellement j’étais fatigué. Les abandons se sont succédé jusqu’à janvier pour ceux qui ne pouvaient pas tenir le rythme et la pression physique et mentale.
En arrivant à Mâcon, j’avais la gymnastique comme point fort, mais je nageais mal et, compte tenu de mon gabarit léger et menu, j’ai tout de suite été en difficulté en athlétisme pour le 1500 m et le lancer de poids. Les sports collectifs m’ont aussi posé quelques problèmes par manque de pratique. Bien plus tard dans ma vie sportive j’ai beaucoup couru et sur de longues distances et souvent j’ai repensé à ces difficultés avec le 1500.
Mes années d’école militaire m’ont alors bien aidé à m’accrocher pour m’améliorer et quelques faits marquants me restent en mémoire :
Pour la natation, l’expérience fut rude car à cette époque il n’y avait pas de piscine couverte à Mâcon et, jusqu’à mi-octobre, les entraînements avaient lieu à la piscine en plein air (aujourd’hui disparue) en bord de Saône. Ensuite, ils avaient lieu à Villefranche/Saône et lors de stages d’une semaine où nous nagions deux fois par jour. Je me souviens encore de nos yeux collés au réveil car à cette époque il n’y avait pas de lunettes de natation.
La journée du samedi était pour nous tous un défi terrible. Nous commencions par 3 km à la piscine, suivi d’un tout petit temps de récupération pendant le retour en bus et une collation succincte. Suivait ensuite l’entraînement d’athlétisme avec vitesse, puis poids et enfin préparation au 1500, dans cet ordre. Et la journée se terminait en fin d’après-midi par un cours théorique d’anatomie. Il fallait vraiment en vouloir.
J’ai été frustré de devoir minimiser ma pratique de la gym, ma discipline forte, au profit du travail dans mes points faibles (athlétisme et natation). Cette stratégie de préparation était voulue par le responsable de la classe P1 (Jean Gay) qui appliquait pour tous un principe bien connu en matière d’entraînement : entretenir les points forts et développer les points faibles.
J’ai été enthousiasmé par la découverte de l’anatomie, de la psychopédagogie et surtout de la physiologie, en dépit de la difficulté à absorber la charge de travail. Pour la première fois dans mon parcours scolaire, je trouvais de l’intérêt à une discipline, à la connaissance du corps humain et de son fonctionnement. Je n’ai plus mon Rouvière, mais jusqu’à peu, j’avais encore mes Brizon et Castaing.
J’ai aussi retrouvé les valeurs d’entraide et de soutien que j’avais déjà côtoyées à Autun. Nous nous épaulions autant que possible, la dynamique du groupe était excellente et dans mon souvenir il n’y avait pas ou peu de tension entre nous. Pour évacuer la pression, nous avons même fait des équipées extravagantes ensemble au cours d’une sortie en ville. Nous nous étions donnés en spectacle sur différents ronds-points de la ville. J’ai le souvenir d’avoir fait quelques saltos à même le sol au risque de me blesser. Une soirée mémorable dont le souvenir est encore très vif.
Je garde un excellent souvenir de mes camarades, plus particulièrement de deux d’entre eux. Le premier, avec qui j’ai eu beaucoup d’affinités (Jean Yves Cosnier) et que j’ai retrouvé quelques années plus tard dans notre parcours professionnel. Petit gabarit comme moi, nous nous sommes bien soutenus tout au long de cette année. J’ai également été très impressionné par le second (J. Pierre Ameurlin), brillant en tout, intellectuellement et physiquement. Pour moi, comme beaucoup d’autres, qui devaient travailler comme des forcenés pour nous maintenir au niveau des exigences de cette préparation et espérer réussir les épreuves terminales de cette année, il était un « extra-terrestre ». Capable de faire un score maximal sur un QCM d’anatomie, après avoir « négligemment survolé » son Rouvière une heure la veille… mais d’être également capable d’être à un niveau très élevé de performance dans toutes les disciplines physiques. Lors du concours d’entrée à l’ENSEP (École normale supérieure d’EPS, disparue en 1975, qui a fusionné avec l’INS lors de la création de l’INSEP cette même année) qui avait lieu après les résultats de la première partie du CAPEPS, où tous les recruteurs des grands clubs parisiens étaient présents, il avait, si ma mémoire est bonne, attiré les convoitises de tous les clubs de sport collectif représentés. Je crois me souvenir que son choix s’était porté sur le rugby.
Curieusement, je ne l’ai jamais recroisé, et ne sais rien de sa carrière, mais son souvenir est bien présent, car il est de ceux que l’on ne rencontre pas souvent et que l’on n’oublie pas.
Les évènements de mai 1968, fait majeur de cette année, ont été un tremblement de terre pour nous comme pour tous dans le pays. Notre préparation en a été considérablement perturbée, les entraînements, les cours théoriques, se sont arrêtés et les épreuves de la première partie du CAPEPS ont été déplacées à Grenoble début septembre. Au-delà des évènements nationaux, cela a introduit de l’incertitude quant à la réussite potentielle au concours. J’ai dû, comme nous tous, trouver des solutions de fortune pour me préparer aux épreuves. En plein été, avec des infrastructures pas toujours encore ouvertes et disponibles, il a fallu être créatif et conserver la ligne vers l’objectif.
J’avais une fois de plus des inquiétudes sur la suite de mon parcours. Fort heureusement, je m’en suis tiré correctement, compte tenu des circonstances, en étant admis honorablement, en 98e place, avec un 11,5 de moyenne générale à la session de 1968 au centre de Grenoble.
Retour à Nancy, au CREPS de Lorraine pour la préparation du CAPEPS 2e partie
À cette époque, à Nancy, deux types de structures préparaient au CAPEPS : les IREPS (instituts régionaux d’EPS) et les CREPS (centre régional d’éducation physique et sportive).
Les premiers n’accueillaient que des externes et utilisaient les infrastructures sportives des campus universitaires ou municipales, alors que les seconds accueillaient des internes avec des infrastructures sportives dédiées. J’ai donc été admis au CREPS de Lorraine à Essey-lès-Nancy le 15 septembre 1968 pour suivre les trois dernières années nommées P2A, P2B et P2C. Elles m’ont mené à la réussite à l’examen probatoire de 3e année (P2B) et finalement au succès au concours de recrutement des professeurs d’EPS en P2C en 1971.
J’ai beaucoup appris durant ce cursus et beaucoup progressé physiquement, au point d’être arrivé en tête de ma promotion aux épreuves physiques du probatoire avec plus de 80 points d’avance, et terminé major de ma promotion en 25e position nationale au concours.
J’ai aimé la pratique de tous les sports, individuels, collectifs, la découverte des sports de combat et des arts martiaux, mais aussi des sports de plein air, ski et voile entre autres, tout comme la pratique de l’aviron en compétition universitaire qui a été une autre révélation. Je m’y suis donné à fond et avec enthousiasme.
J’ai en outre énormément progressé en gymnastique sous la houlette de mon professeur, également mon entraîneur en club à l’ALB. Il (Robert Didot) a été et est resté un exemple pour moi tout au long de ma carrière. Je crois lui devoir aussi une partie de ma conduite professionnelle, il a été la personnalité la plus marquante que j’ai eu à rencontrer durant ma formation initiale et ensuite durant mon engagement fédéral.
J’ai enrichi mon niveau de connaissances et de curiosité en anatomie et physiologie, posant sans doute les bases de mon intérêt futur pour la préparation physique et la méthodologie d’entraînement. Les cours à la faculté de médecine furent une source considérable de motivation supplémentaire.
Finalement, je garde de très bons souvenirs de ces trois années qui ont aussi mis en avant les valeurs d’entraide, de camaraderie, de compétition saine entre nous, avec une mentalité globale propre aux groupes vivant ensemble. Je retrouvais là, toute proportion gardée, un peu de ma vie en école militaire à Aix et Autun. Bien sûr, il y a eu des moments difficiles sur la charge physique et mentale, mais rien de comparable avec ceux que j’avais vécus auparavant.
Quelques faits marquants me reviennent en mémoire au moment où j’écris ces lignes. Nous étions confrontés dès notre deuxième année de cursus (P2B) aux problématiques de notre futur métier. J’attendais avec plaisir ces moments de « pédagogie pratique » où nous étions lancés dans le grand bain, sous la supervision de l’un de nos enseignants. Ces séances avaient lieu dans les écoles primaires et des collèges de la ville. C’était le moment de passer de la théorie à la pratique. Cela m’a tellement marqué que j’en ai gardé la trace tout au long de ma carrière en m’efforçant de toujours d’aller de l’une à l’autre. Vérifier si les enseignements théoriques pouvaient toujours être mis en place en pratique et si celles-ci pouvaient en retour être validées par un éclairage théorique.
En dernière année (P2C), nous avions un stage en lycée de six semaines consécutives. Nous prenions la mesure de ce qu’était le métier en temps réel. Nous effectuions l’intégralité de l’emploi du temps de notre conseiller pédagogique, accompagnateur et superviseur. Je crois que ce type de compagnonnage était vraiment formateur. J’ai aussi gardé cela en tête tout au long de ma carrière.
Ce stage était aussi l’occasion de se confronter aux réalités quotidiennes, apprendre la vie du lycée, la salle des professeurs, la place de l’EPS, se déplacer, se loger… Pour ma part, j’ai effectué ce stage au lycée de Lunéville en binôme avec l’un de mes camarades de promotion (Baruela dit Baru). Nous logions à l’infirmerie du lycée et nous échangions sur nos impressions. Originaire du pays haut lorrain, comme moi d’origine italienne, il dessinait sur des cahiers d’écolier, pas seulement ses préparations de séances, mais déjà des dessins très évolués. Il sera bien plus tard un dessinateur professionnel de BD titré à Angoulême, tout en ayant conservé son poste dans un collège le plus longtemps possible.
Au cours de l’été 1971, j’ai reçu ma première affectation à l’enseignement supérieur à Nancy, où je suis resté trois ans avant d’être muté à ma demande au CREPS de Lorraine.
Parcours professionnel
Université de Lorraine
J’ai donc commencé ma carrière en étant affecté à l’Université de Lorraine sur le site de la faculté de Lettres à Nancy. Cela était un peu inhabituel car les postes attribués aux lauréats étaient principalement des collèges et des lycées. À cette période, ils étaient attribués au niveau national en fonction de notre classement au concours et des vœux que nous avions formulés. J’avais fait trois vœux : en 1 Nancy, en 2 Gérardmer, en 3 Saint-Dié. C’est bien mon classement qui m’a valu cette affectation et qui a fortement influencé mon futur professionnel.
C’était le début des SUAPS (Service Universitaire des Activités Physiques et Sportives) créés tout récemment (par décret du 23 décembre 1970). Cela n’avait que peu à voir avec ce à quoi m’avait préparé ma formation initiale. De fait, je n’ai jamais exercé en collège ou en lycée contrairement à ce pourquoi j’avais été formé.
Tout était particulier :
- Aucun caractère obligatoire, la participation aux activités était à l’initiative des étudiants qui choisissaient parmi le menu des activités proposées. Certains n’avaient pas besoin, ou ne souhaitaient pas être encadrés par un enseignant, ils voulaient juste avoir accès à une installation et se débrouiller entre eux pour jouer au football. C’est ce qui m’est arrivé au tout début à la halle des sports des Aiguillettes à Vandoeuvre et je dois dire que cela ne me convenait pas vraiment.
- Les horaires des cours étaient atypiques, en début de soirée et entre midi et 14h pour l’essentiel, ce qui me donnait l’impression de vivre en décalé.
- La fréquentation était très fluctuante et souvent fonction des partiels. Très importante en début d’année, quasiment nulle au moment des partiels et en fin d’année universitaire, sauf pour les activités très spécifiques comme le plongeon ou le trampoline.
J’ai donc fait le choix de proposer des activités très spécifiques qui nécessitaient mon encadrement technique et sécuritaire :
- Natation sportive, plongeon, musculation dans la structure dédiée à la piscine universitaire,
- Trampoline, entraînement physique en circuit training, escrime en compagnie de mon collègue spécialiste (ma pratique du sabre à l’école militaire m’a été utile), boxe anglaise (pratiquée pendant mon cursus) à la faculté de Lettres,
- Volley et football encadrés au gymnase des Aiguillettes dans ce qui est actuellement le parc des sports à proximité de l’UFR STAPS.
J’étais loin de ce que j’avais imaginé et aspirais à autre chose, et je souhaitais aussi retrouver des horaires normaux. Lorsque mon mentor (Robert Didot) prit le poste de CTR de gymnastique, je postulais immédiatement sur ce poste libéré au CREPS en y demandant ma mutation.
Bien qu’un peu décevantes, ces trois années passées au SUAPS m’ont aidé à m’adapter et à trouver des solutions autres que celles abordées durant mon cursus de formation.
CREPS de Lorraine à Essey-lès-Nancy
J’y ai pris mes fonctions le 13 septembre 1974 et j’y suis resté jusqu’à ma retraite le 31 décembre 2011, tout en exerçant différentes missions, très diverses. Au fil du temps et de l’évolution des politiques publiques concernant la formation des enseignants d’EPS et des cadres sportifs, j’ai exercé des métiers très éloignés de ma formation initiale et pour lesquels j’ai dû me former spécifiquement, chemin faisant.
À partir de 1986, j’ai été mis en position de détachement de l’Éducation nationale, sur un emploi de professeur de sport, corps dans lequel j’ai été intégré le 1er janvier 1994.
Sans entrer trop dans le détail, je vais essayer de vous en retracer les périodes principales.
- La formation gymnique des futurs enseignants d’EPS
J’avais été recruté en qualité de spécialiste en gymnastique sportive pour y assurer la formation pratique et théorique auprès de futurs enseignants d’EPS (CAPEPS, puis Professorat Adjoint d’EPS).
Durant cette période, j’ai passé et obtenu mes brevets d’État d’éducateur sportif de gymnastique sportive du 1er degré, le 19 février 1979, et du 2e degré, le 25 février 1981.
Cette période initiale s’est étendue de 1974 à 1982 et elle a été la plus en phase avec mes motivations de spécialiste de gymnastique sportive. L’enjeu pédagogique était de faire en sorte que tous reçoivent une formation gymnique pratique et théorique de base pour pouvoir l’enseigner en milieu scolaire.
Les étudiants avaient deux créneaux de trois heures par semaine, tout au long de leur passage au CREPS, pour parfaire leurs compétences sur la pratique des quatre agrès enseignables en collège et en lycée (sol, saut, barres parallèles et barre fixe). Ce n’était pas une mince affaire, car beaucoup étaient en difficulté. Les basketteurs par leur taille, les joueurs de sports collectifs totalement étrangers à la discipline. Les plus à l’aise d’emblée étaient les athlètes.
Pour autant, avec mon collègue (Georges Mansard), également ami et équipier en club, nous avions mis un point d’honneur à leur permettre de réaliser, en fin de formation, seul, avec assistance ou en conditions aménagées :
- Au sol, un salto avant ou arrière et un flip
- Au saut, une lune
- Aux barres, un ATR
- À la barre fixe, une lune et/ou un soleil
Mais en 1981, les CREPS perdirent, au profit des universités (UFR STAPS), la formation des professeurs d’EPS. Cela a nécessité une réorientation vers la formation des éducateurs sportifs, avec pour conséquence un départ vers l’UFR STAPS de quelques collègues désireux de ne pas quitter le monde EPS.
- La formation aux Brevets d’État et aux diverses formations à destination des cadres du sport
Entre 1990 et 2011, j’ai été formateur en physiologie des adaptations à l’effort, méthodologie de l’entraînement, spécialiste de l’évaluation et de la préparation physique, dans toutes les formations proposées aux cadres du sport.
Principalement, pour les cours du tronc commun de connaissances théoriques des BE1 et 2 (avant les DE actuels). Les parties techniques étant assurées au sein et par les fédérations sportives.
Puis lors de la préparation régionalisée des concours de professeur de sport des athlètes et cadres du SHN, 1998 – 2009, dont j’ai été membre des jurys nationaux.
Plus globalement, mes secteurs d’intervention concernaient :
- Organisation de la charge d’entraînement
- Recherche de témoins objectifs permettant de la caractériser et d’en apprécier les effets sur la performance de l’athlète
- Évaluation et développement de la composante athlétique (ou conditionnelle) de la performance sportive
- Recherche de techniques alternatives de préparation (fitball, aquahit qui avaient fait leur apparition) faisant principalement référence à l’activité proprioceptive de l’athlète
- Problématique de travail avec les « grands gabarits »
Au cours de cette période, j’ai ressenti le besoin de continuer à améliorer mes connaissances. C’est ainsi qu’au cours de l’année 1987, à l’âge de 40 ans, j’ai candidaté au DEA de biomécanique et physiologie du mouvement, de l’université de Paris XI. J’avais besoin de fonder mes enseignements sur des faits avérés scientifiquement. J’ai dû me plier à un entretien serré avec le responsable de cette formation, car le CAPEPS n’étant pas un titre universitaire (il n’a d’ailleurs qu’une correspondance avec une licence), ne permettait pas à l’époque d’accéder à un DEA (équivalent actuel M2). Mon statut d’enseignant et mes domaines d’intervention l’ont convaincu de m’accepter.
Je partais au premier train pour Paris tous les vendredis matin très tôt et rentrais après les cours le samedi en fin de journée. Six heures de train alors mises à profit, le matin pour continuer ma nuit et à étudier au retour. J’ai pris ces cours dans des lieux prestigieux et avec des enseignants chercheurs de très haut niveau, à la faculté de médecine de Paris, boulevard Saint-Michel, à la Sorbonne, à l’hôpital de Garches et aussi dans les locaux de la fac à Orsay.
C’était dur et effectivement je n’avais pas le niveau requis dans certaines disciplines, mon niveau de mathématiques était très insuffisant car la base pour la biomécanique était au minimum une maîtrise. Je n’ai pas pu aller au bout et finalement pas validé ce cursus. Je n’avais pas la capacité d’y consacrer le temps nécessaire, pris par mes différentes activités professionnelles et mes prérequis initiaux un peu trop moyens. J’ai été déçu de voir que même dans les domaines que je pensais bien maîtriser (les enseignements en physiologie des adaptations à l’effort) j’étais loin du compte. Le niveau d’excellence et de rigueur des enseignements académiques universitaires se rappelaient à moi.
Quoi qu’il en soit, cette année a été très enrichissante et j’ai pu optimiser dans ma pratique professionnelle les principes du raisonnement et de la méthodologie de la recherche. L’important est de toujours s’appuyer sur « des preuves et des faits avérés ». Par la suite, comme je l’avais touché du doigt lors de mes années de formation, j’ai toujours eu cela en tête et me suis appliqué, autant que possible, à le mettre en œuvre dans mes actions de terrain tout autant que dans mes enseignements théoriques.
Une anecdote pour terminer : j’ai eu la chance de côtoyer durant ce DEA Claudie Haigneré, déjà médecin rhumatologue et brillante étudiante d’Alain Berthoz. Née au Creusot, elle connaissait bien la gym et avait été mariée d’abord à Paul Deshay, professeur d’EPS. Elle m’avait dit qu’elle aurait aimé le devenir aussi…
- Autres fonctions et missions exercées
Au fil des orientations successives prises par l’autorité de tutelle, j’ai donc été :
- En prolongement naturel de mon intérêt pour la physiologie, le testing et le monitoring, j’ai été invité à participer aux travaux d’un groupe d’experts du ministère des Sports, sous la responsabilité de M. Vallet (mission évaluation) dans les années 1986-1990. En premier lieu, le groupe s’est intéressé à la définition d’outils d’évaluation de la condition physique des élèves français. Puis, s’inspirant des pratiques en cours dans les pays de l’Est, il a élaboré une batterie de tests utilisés lors de l’évaluation des sportifs postulant à l’entrée dans les centres d’entraînement et de formation (CPEF). À ces tests étaient adossés des tests techniques spécifiques sous la responsabilité des différentes fédérations. La compilation des données recueillies durant cette période a donné lieu à l’élaboration par l’INSEP des « tables et cotation de la valeur physique » (rédaction J.R. Filliard, S. Szczesny, Cl. Bar-Garapon).
- Cela s’est traduit pour moi, quelques années plus tard, par la mise en place du Département Ressources, Expertise, Médical du CREPS de Lorraine, dédié au soutien du SHN Lorrain dont j’ai été le responsable de septembre 2006 à décembre 2011.
- Disposant d’un laboratoire d’exploration fonctionnelle doté d’équipements d’analyses parmi les plus performants de l’époque, il a été possible de mettre en place des protocoles d’évaluation de laboratoire et de terrain visant à établir et suivre l’état de forme des sportifs de haut niveau de la région Lorraine.
- J’y ai vu défiler de nombreux sportifs d’élite.
- Tout en étant toujours en poste au CREPS, j’ai été membre de l’équipe d’accompagnement de la FPC des CTS à mission entraînement et de la formation initiale des professeurs de sport stagiaires dès 2008 à Mâcon en compagnie de mon ami et collègue Norbert Krantz, puis à l’INSEP, jusqu’à mon départ en retraite.
- Concernant l’INSEP, j’y ai fait une partie de mon service, tout au long de ces années, tout en continuant mes missions au sein du CREPS de Lorraine. J’y ai été membre du groupe d’accompagnement et impliqué dans la formation professionnelle continue des personnels du sport de haut niveau. J’ai notamment contribué à la mise en œuvre des programmes EME (Exécutive Master) ainsi qu’à divers CCS (certificats de compétence spécialisés). »
- Enfin, de 2008 à 2011, m’a été confiée la responsabilité du département Haut Niveau du CREPS. Une mission administrative, d’organisation, de suivi des athlètes inscrits dans les différents pôles France, Espoirs accueillis au sein de l’établissement et des athlètes listés en région Lorraine. C’était intéressant mais cela a eu pour conséquence de m’éloigner lentement du domaine de l’entraînement et du terrain. Cependant, cela m’a permis d’acquérir et développer des compétences en accompagnement d’équipes techniques et de sportifs d’élite.
- Quelques exemples significatifs dans les domaines du suivi de l’entraînement et de la préparation physique
Durant toutes ces années, je n’ai pas changé d’affectation. En plus de ce que j’ai déjà évoqué précédemment, j’ai toujours mené en parallèle des mises en action sur le terrain ayant toujours considéré que je devais me confronter à la réalité de l’entraînement in situ. J’ai eu l’intuition très tôt qu’en qualité de formateur je ne pouvais pas me contenter des seuls apports théoriques. Je devais impérativement travailler dans des organisations (clubs, fédérations) me permettant de réaliser ces allers-retours.
Quelle légitimité aurais-je eue si je n’avais pas moi-même évolué en direct à différents niveaux de pratique. Je crois avoir eu la chance de pouvoir œuvrer dans de nombreuses disciplines, allant des jeunes débutants jusqu’à des sportifs d’élite. C’est ainsi que :
- J’ai été responsable du département recherche de la Fédération Française de gymnastique de 1985 à 2000. J’ai entre autres initié la mise en place d’équipements de musculation dans les gymnases de quelques pôles France. J’ai également contribué à la mise en place d’expérimentations de terrain visant à vérifier les niveaux requis d’endurance spécifique en compétition. J’ai enfin eu la charge de la formation continue, in situ, des entraîneurs de certains pôles France.
- J’ai aussi collaboré, en qualité de préparateur physique, avec de nombreux clubs et sportifs, amateurs et professionnels, d’abord en région puis progressivement sur tout le territoire.
- C’était une époque où le préparateur physique n’existait pas, il n’y avait pas de formation et ce domaine, s’il était abordé spécifiquement, était à la charge du seul entraîneur. L’idée même d’avoir dans une équipe technique un adjoint en charge de la préparation physique ne s’est imposée que très progressivement avant d’être au niveau actuel.
- Ma première expérience a été fondatrice dans ma façon d’aborder une discipline et de proposer une préparation physique adaptée au sport et aux sportifs.
- Sollicité à mes débuts par un collègue (A. Girard) qui entraînait le club de handball de l’ASPTT Nancy évoluant en N1 avant les années 1990, j’ai tout naturellement beaucoup regardé de vidéos et assisté au maximum de matchs avant de m’engager. J’avais bien pratiqué la discipline durant mon cursus, mais il fallait m’assurer de bien connaître les exigences du jeu et des différents postes. Une analyse de la tâche s’imposait avant toute action.
- Ma deuxième expérience fondatrice s’est déroulée dans le milieu du tennis lorrain, d’abord dans le club où je jouais moi-même, puis avec quelques-uns des meilleurs lorrains de l’époque. J’ai beaucoup testé avec mes partenaires de jeu, très demandeurs, de nombreux procédés d’entraînement vus et détaillés sur le plan théorique. Ce fut l’un de mes meilleurs lieux d’expérimentation, n’étant alors pas tenu par des objectifs de résultats immédiats. J’ai beaucoup appris de cette période. J’ai pu accompagner dans sa préparation le n°14 mondial en 2003 (Y. El Aynaoui), ce fut un défi qui m’a permis d’aller de l’avant. J’ai également eu l’occasion de préparer une joueuse luxembourgeoise classée 15e mondiale ITF dans la même période.
- Puis vinrent les sollicitations d’équipes professionnelles :
- Le Football club de Metz (FC Metz) entre 1990 et 2000, d’abord pour le centre de formation puis au conseil de l’entraîneur de l’équipe professionnelle (J. Muller). Je découvrais avec lui une autre facette de ce « métier » : le conseil plus que l’action directe avec les joueurs, qui restait sa prérogative exclusive.
- Le football toujours avec le club de Nancy (ASNL) entre 1995 et 2002 où j’ai côtoyé deux entraîneurs qui m’ont accordé leur confiance et beaucoup donné de latitude pour travailler à leurs côtés (L. Bölöni et F. Smerecki). C’est avec eux que j’ai pu apprendre la mise en place de la préparation intégrée, associée et différée. J’ai aussi contribué à la structuration d’une salle moderne de musculation avec du matériel performant. J’ai dû faire preuve de patience et de pédagogie pour faire accepter cette pratique dans un milieu jusqu’alors très timoré et résistant à son endroit. J’ai aussi pu être en totale responsabilité de la préparation physique de la période d’avant-saison, ce qui n’était a priori pas envisageable pour beaucoup à ce moment-là.
- Le SLUC Nancy Basket Pro de 1983 à 2003. Cette expérience de longue durée a débuté à la suite des nombreux échanges sur l’entraînement avec mon collègue et ami P. Jouvenet (enseignant au CREPS, entraîneur de cette équipe). Finalement, il m’a demandé de l’épauler d’abord avec les jeunes du pôle d’entraînement Basket au sein du CREPS, puis avec l’équipe Pro. Ce fut encore un bond en avant que j’aie eu à faire, en particulier pour la préparation des grands gabarits et la gestion des joueurs américains, à culture différente. J’ai ensuite collaboré avec deux autres entraîneurs, O. Veyrat (1993-1999) et S. Lautié (2001-2003). Durant cette séquence, j’ai œuvré pour que le palais des sports soit doté d’une salle de musculation intra-muros. Il fallait avant cela aller dans une salle de sport privée en ville.
- Le Metz Handball, section féminine, club fondé en 1965 sous le nom d’ASPTT Metz. Il a été rebaptisé Handball Metz Métropole en 2002, puis Handball Metz Moselle Lorraine en 2005 et enfin Metz Handball en 2009. Tout au long de ces années, le club s’est appuyé notamment sur de nombreuses internationales françaises, comme Isabelle Wendling, Nina Kanto, Amandine Leynaud, Delphine Guehl, Estelle Vogein ou encore Katty Piejos. J’ai été le préparateur attaché de la période 1996-2006, l’équipe étant dirigée par B. François. Cette fois, la difficulté fut le travail avec des joueuses françaises et étrangères de très haut niveau et internationales. Il m’a fallu combiner autant que possible les exigences du championnat domestique avec celles des regroupements et compétitions internationales. Le défi devenait méthodologique car il n’était pas simple de faire cohabiter les exigences et modalités de travail club/équipe nationale. J’ai aussi eu à trouver des modes opératoires avec certaines joueuses « réfractaires » au travail de prévention/développement en salle de musculation. Il me revient en tête une anecdote, une joueuse me déclarant « que depuis que je travaille avec toi, j’ai pris une taille de débardeur », me signifiant de façon indirecte qu’elle n’aimait pas ce travail en salle de musculation.
- Le Nancy Handball, anciennement connu sous le nom de Grand Nancy Métropole Handball, fondé sous le nom d’ASPTT Nancy. Après une première saison 2021-2022 dans l’élite du handball français, le club a évolué en Proligue (seconde division) jusqu’à la perte de son statut professionnel en 2025. Ma collaboration avec ce club s’est étalée sur la période 1991-2006 sous la direction de trois entraîneurs : A. Girard (1991), S. Brosse (1996-2001) et P. Matte (2003-2006). Au cours de ces années, j’y ai développé des procédures d’endurance spécifique et un programme de musculation adapté aux différents postes. Je crois que c’est dans ce sport collectif que j’ai le plus affiné ma méthodologie et les procédés d’entraînement spécifiques de développement de la force-vitesse, de l’endurance spécifique au handball.
Ce sont les épisodes les plus marquants de mon évolution en tant que préparateur physique, même si j’ai pu œuvrer dans d’autres circonstances et d’autres disciplines. L’accompagnement et la préparation estivale des épreuves du ski acrobatique des JO d’Albertville, 1992, en sont un bon exemple également. Je retiens la richesse que j’ai pu tirer de ces expériences diverses. C’est à cette diversité que je dois l’adaptabilité et mon approche de plus en plus fine de la préparation physique. Toutes ces années m’ont amené lentement mais sûrement à passer de l’application de procédures communes à tous à une individualisation de l’entraînement.
- Eclairage particulier sur mes années post retraite.
- J’ai donc fait valoir mes droits à la retraite à 64 ans, « quittant le travail contraint pour celui du travail consenti » Durant les onze années qui ont suivi mon départ, j’ai eu l’occasion de mettre en œuvre les compétences d’accompagnement développées dans ma fonction passée de responsable du département haut niveau du CREPS de Lorraine. Cette expérience auprès de la FF Handisport a été remarquable dans la mesure où le champ paralympique m’était totalement inconnu.
- Je ne me doutais pas, quand en juin 2011, le directeur sportif du para tennis de table (S. Messager) m’a sollicité, dans la perspective de JP de Londres 2012 pour épauler le responsable de l’équipe de France de para-tennis de table (J. Humbert) et son équipe d’encadrement, que j'allais les accompagner aux JP de Londres 2012 puis à ceux de Rio 2016.
- Une fois ces jeux terminés, mon aventure s’est poursuivie entre Rio et Tokyo 2021 avec une nouvelle mission d’accompagnement du collectif chargé de la performance au sein de la DTN, à l’initiative du Directeur de la performance FFH (P. Giraudeau)
- L’arrivée de Norbert Krantz en 2018 et la création de la cellule haute performance dont il avait pris la charge en qualité de Manager, a sensiblement modifié ma mission auprès de la DTN. Il avait souhaité que je sois à son conseil dans le cadre de cette cellule avec pour objectif la mise en place de dispositifs d’aide permettant d'aller vers plus de professionnalisme et d'efficacité. Cela concernait aussi bien l’encadrement des équipes de France que le soutien aux athlètes dans leur environnement quotidien.
- J’aurais, finalement cheminé avec le secteur performance et Haute performance de la FFH, durant 11 années. Elles furent bien remplies, avec des hauts et des bas en termes opérationnels et d'efficacité de mes différents types d’accompagnement.
- J’ai eu la chance de croiser des gens de qualité, tous investis dans le projet collectif, toujours désireux d'aller de l'avant et de faire progresser leurs disciplines, d'améliorer le statut des encadrants et de proposer aux sportifs les meilleures conditions pour s'entraîner et performer.
- J’ai beaucoup appris sur le plan personnel de cette expérience en découvrant les divers types de handicaps. Tout au long des compétitions européennes, mondiales qu’il m’a été donné de suivre, j’ai été confronté à des sportifs tout à fait remarquables sportivement et humainement. Des athlètes d’élite avec des caractéristiques personnelles liées à leurs facteurs limitants. Selon moi ils devraient être considérés au même titre que les sportifs valides, dans toutes les composantes de préparation à la compétition de haut niveau.
- Durant toutes ces années, j’ai eu l’occasion de participer aux nombreux chantiers qui avaient été engagés. Il reste encore du chemin à faire en termes de reconnaissance et pour combler les décalages avec la concurrence internationale en matière de professionnalisation, de moyens humains, structurels et financiers, pour amener le niveau de performance des équipes de France au niveau concurrentiel le plus élevé et le plus proche de celui des meilleures nations mondiales.
- Pour autant tous ces efforts n’ont pas été vains car ils ont débouché sur de très bons résultats aux JP à Paris 2024.