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Billet de blog 13 déc. 2015

Notre rapport personnel à la surveillance

Chacun d’entre nous entretient une relation complexe à la surveillance. Nous en acceptons, consciemment ou non, certains aspects et en rejetons d’autres. [Extraits vidéo].

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Tous les défenseurs des droits et libertés le savent, la surveillance est une question particulièrement difficile à traiter. Sensibiliser le grand-public l’est encore davantage. La surveillance est en effet invisible et à priori indolore. Aucun d’entre nous n’a eu accès à un de ses profils, stockés quelque part sous haute-sécurité. Ni à un profil commercial - avec par exemple notre historique d’achat en ligne (et hors-ligne) ou notre ‘propension à consommer’ au cours d’une journée -, ni à un profil d’agence - avec par exemple notre orientation politique, religieuse, sexuelle, notre dossier médical et nos traitements médicaux en cours etc…-. Il y a fort à parier, que si l’ensemble de la population avait accès à l’un de ses profils, elle commencerait à se poser de sérieuses questions quant à l’utilisation de son IPhone, de son Facebook ou de son WhatsApp.

C’est d’ailleurs ce qu'explique Max Schrems, ce jeune étudiant en droit de l’Université de Vienne qui a fait plier Facebook devant la Cour de Justice Européenne début octobre. Il raconte le choc qu’il a eu de recevoir - après plusieurs mois de procédure - 16 000 pages d’informations que Facebook détenait sur lui-, puis de se rendre compte que l’entreprise en savait plus sur sa vie qu'il n'en savait lui-même. Qui se souvient en effet de l’achat qu’il a effectué en ligne il y exactement un an ou d’un commentaire qu’il a posté au moment des présidentielles de 2012? Nous, probablement pas, Facebook et d'autres entreprises vivant de nos données assurément oui.

L’autre difficulté majeure, qui est moins traitée et que nous avons choisi de fouiller dans NOTHING TO HIDE est son acceptation plus ou moins consciente au sein de nos sociétés.  Poser la question de nos habitudes - généralement catastrophiques – en termes de vie privée est une démarche délicate. Personne n’aime que l’on remette en question sa manière de gérer sa vie numérique et peu de gens sont prêts à entendre qu’ils devraient abandonner leur compte Gmail. Tout écueil moralisateur serait à ce titre désastreux. Il s’agit pourtant d’interroger notre rapport à la surveillance, nos réflexes du quotidien et ce qu’ils impliquent à court et surtout à moyen et long-terme.

Dans notre travail de recherche et d’interviews, nous nous sommes aussi rendus compte qu’il n’existe pas une unique origine à la croyance du « je n’ai rien à cacher ». Quand quelqu’un nous dit qu’il n’a « rien à cacher », il faut parfois vingt minutes avant de cerner un aspect de la surveillance qui pourrait modifier sa perception.

«TV-Buddha», 1974 © Nam June Paik

Certains comprennent assez spontanément les enjeux sociétaux qu’implique la surveillance de masse, d’autres pourront être gênés de recevoir une publicité relative à une activité récente sur internet. D’autres ni verront aucun problème mais pourront s’inquiéter que le fisc ait accès à ses données. D’autres encore auront eu affaire dans leur entourage à des cas de maladies – par exemple psychiatriques - et comprendront l’importance d’une sphère privée protégeant certains sujets sensibles...  

Parmi d'autres, l'argument sécuritaire

Après les attentats de Paris nous avons souvent entendu l’argument sécuritaire comme justification à la surveillance, en substance : « je suis prêt à sacrifier un peu de ma vie privée pour plus de sécurité ». Nous vous proposons ici deux courts extraits sur la question. Le premier est  de Thomas Drake, un ancien cadre supérieur de la NSA. Le 3ème lanceur d’alerte de l’histoire de l’agence (2006) a encouru 35 années de prison avant d’être blanchi en 2011 par la justice américaine. La seconde intervention est de Ben Wizner, un des avocats d’Edward Snowden et directeur de la ‘American Civil Liberties Union’, une association pour la défense des droits et libertés aux Etats-Unis.

Vous pouvez aussi nous suivre sur Facebook (eh oui! et même sur Twitter depuis quelques heures). Vous y trouverez d’autres extraits comme celui de Jérémie Zimmermann, cofondateur de La Quadrature du Net, sur la nécessité de réinventer nos habitudes de communication pour déjouer la surveillance. Nous allons aussi lancer prochainement une campagne de Crowdfunding pour pouvoir finir le documentaire en toute indépendance.

Thomas DRAKE, lanceur d'alerte de la NSA © Nothing to Hide Doc
Ben WIZNER, Avocat d'Edward SNOWDEN © Nothing to Hide Doc
Nothing to Hide Documentaire - en partenariat avec Mediapart © Photo: Rachel Buehlmann, Graphisme: Jules Marfaing

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