L'accessibilité : un grand mot pour une petite compréhension

En date du 11 février 2005 est parue la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi, grand progrès de son temps, a statué sur plusieurs aspects de la vie courante des personnes porteuses de handicap.

En date du 11 février 2005 est parue la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi, grand progrès de son temps, a statué sur plusieurs aspects de la vie courante des personnes porteuses de handicap. Elle a, comme expliqué dans un précédent article sur le handicap, instauré une nouvelle notion plus politiquement correct du handicap "personne en situation de handicap", mais a apporté aussi quelques nouveautés comme l'accès aux chiens-guides à tous les lieux accueillant du public sans muselière ni surcoût, l'augmentation des amandes en cas de non embauche de personnes handicapées, la généralisation de l'intégration scolaire, la mise en accessibilité de l'ensemble des lieux publics afin de permettre aux personnes handicapées de jouir pleinement de leur citoyenneté... C'est sur ce dernier point que, dix ans après, une analyse s'impose.


État des lieux et constats

En 2015, force est de constaté que l'accessibilité n'a pas été une priorité pour l'ensemble des communes et des services publics, ou des lieux accueillant du public. Force est de constaté également que l'accessibilité est vu par un seul petit bout de la lorgnette: les personnes handicapées. Force est de constaté donc que, dix ans après la loi de 2005, la citoyenneté à deux vitesse est toujours en cours, car la notion d'accessibilité est mal comprise, mal interprétée, et mal digérée par l'ensemble des décideurs.

En effet, plusieurs communes, par exemple, ont commencées la mise en accessibilité de leur voirie qu'à partir de 2011, par le biais d'enquêtes et d'audits. Pour des raisons financières, ou politiques, elles n'ont pas pris le pas de s'y pencher avant, car finalement, les personnes handicapées... sont handicapées après tout.

Le dernier baromètre de l'APF (pdf), paru en février 2014, montre un bien triste constat des choses, et celui-ci ne se base que sur l'accessibilité aux personnes en fauteuil. On voit alors que Paris se retrouve à la 63e place, que la ville la plus accessible est Grenoble et la moins accessible Dignes-les-Bains. Comme dit, l'APF se base sur l'accessibilité des personnes en fauteuils car Grenoble est loin d'être une ville modèle en termes d'accessibilité, surtout quand on voit mal.

Autre constat, il semblerait que dans beaucoup de villes, notamment de la région parisienne, les élus en place n'aient pas pris la mesure du problème: aucune commission d'accessibilité, les associations peu consultés sur des aménagements de voirie ou d'établissement recevant du public (ERP), gares routières ultra-dangereuses... Mais tout cela résulte d'une mauvaise compréhension des choses et du terme "accessibilité"


Qu'est-ce que l'"accessibilité"?

L'accessibilité c'est d'abord permettre à chacun d'emprunter les cheminements piétons sans risques, avec une facilité et une fluidité parfaite. C'est aussi permettre à chacun de prendre les transports en commun, d'aller voter, de se rendre dans les services publics, dans les commerces, à l'école de ses enfants, chez le médecin, à l'hôpital...

Mais l'accessibilité ne concerne pas uniquement les personnes en fauteuils. L'accessibilité concerne les personnes sourdes, muettes, malvoyantes ou non-voyantes, déficientes mentales ou psychiques. L'accessibilité concerne aussi la femme enceinte, le père ou la mère circulant avec une poussette, l'enfant marchant seul ou à côté d'un adulte, la personne marchant en béquille momentanément, la personne avec un petit trouble visuel ne lui permettant pas de regarder le nom de l'arrêt de bus, la personne âgée, la personne momentanément handicapée pour des raisons médicales, la personne dans le bus regardant son portable et ne faisant pas attention aux arrêts indiqués sur la bande lumineuse, les amis en train de marcher dans la rue en discutant et ne regardant pas si un petit potelet vient boucher leur cheminement... Bref, l'accessibilité concerne tout le monde. À ce titre, elle aurait dû peut-être figurer dans une loi plus générale sur l'urbanisme... ou pas.

Parce que l'accessibilité ne concerne pas uniquement la voirie, les transports, les ERP. Elle concerne aussi l'accès à la culture et aux livres numériques pour tous, l'accès au théâtre avec peut-être des interprètes en langue des signes ou des endroits pour mettre les personnes en fauteuils au milieu du public afin de ne pas isoler les personnes handicapées des autres, l'accès au cinéma avec des films audiodécrits dans un casque, l'accès à internet avec des sites internet accessibles aux personnes déficientes visuelles juste en labellisant les images, l'accès au vote en mettant des QRcodes sur les bulletins de votes.

Mais l'accessibilité c'est aussi permettre à chacun de vivre "normalement", d'être parent, de vivre en couple, d'acheter sans payer un surcoût d'assurance de prêt immobilier à cause d'un handicap, de travailler sans avoir des contrats à durée déterminée, précarisés à cause du manque d'adaptation du poste dans la fonction publique même si ceux-ci nous permettent d'être titularisés si le poste est en conformité avec le handicap,


Mobilisons-nous!

Parce qu'aujourd'hui il faut dépasser la notion qui lie accessibilité au handicap;
Parce que, dix ans après la loi, peu de choses ont progressées dans le sens d'une universalité;
Parce que tous les décrets d'application n'ont pas encore été édités;
Parce qu'on crée des dérogations à des fins financières, à cause d'une mauvaise compréhension de la notion d'accessibilité;
Il faut se mobiliser, aller dans chaque instance publique, en tant que simple citoyen, handicapé ou non, et demander aux élus par oral et par écrit, quel est la compréhension qu'ils ont de la notion d'accessibilité.

 

* Article paru sur mon blog: http://different.over-blog.com

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