Ne laissons pas Vinci expulser un aéroclub de l'aéroport de Nantes !

Depuis maintenant 2 ans, Vinci, gestionnaire des aéroports du Grand Ouest, cherche à expulser de l'aéroport de Nantes Atlantique un des acteurs historiques de l'aviation générale : l'Aéroclub de Loire Atlantique. Actif depuis maintenant 86 ans, il est désormais menacé explicitement d'interdiction de vol et de saisie conservatoire de ses avions au travers d'une mise en demeure.

La croissance du trafic aérien sur la plateforme aéroportuaire de Nantes Atlantique se poursuit à un rythme soutenu. En particulier, la décision d' EASYJET et de TRANSAVIA de baser 5 avions à Nantes confirme cette performance et complique l'exploitation des installations. 

Dans ce contexte, on peut se  poser la question  de la compatibilité de cette croissance avec les activités d'aviation légère, qui peuvent paraître futiles en face de l'activité générée par les compagnies aériennes. Fort heureusement, le gouvernement s'est exprimé récemment sur le sujet et a rappelé son attachement à un modèle français bien spécifique qui, année après année, a contribué à hisser la France au premier plan de l'aéronautique mondiale :

"Au-delà des intérêts économiques et sportifs qu’elle représente, l’aviation légère constitue en France, le socle de la formation au pilotage. Elle fait également partie de notre tradition culturelle et contribue à maintenir l’excellence aéronautique française à son meilleur niveau."

Elisabeth BORNE, Ministre des transports.

La délégation générale à l'aviation civile, par la plume de son délégué général Monsieur GANDIL, a également réaffirmé récemment son support aux négociations en cours entre les exploitants d’aéroport et les fédérations sportives, de manière à permettre aux aéro-clubs éligibles d'assurer de manière pérenne leur mission de service public, ceci au travers d'un courrier DGAC n° 180546 DG du 21 Aout 2018.

Mais apparemment, le gestionnaire de l’aéroport (AGO, filiale du groupe Vinci), n'en a cure et déploie une stratégie clairement hostile aux activités non commerciales :

- Fin de la convention d'occupation à titre gratuit dont l'aéroclub de Loire Atlantique bénéficiait depuis 86 ans (grâce notamment à un partenariat avec la CCI de NANTES ST NAZAIRE, precedent gestionnaire de l'Aeroport), au titre de sa mission d'éducation et d'intérêt général.

- Proposition d'un tarif identique à celui des compagnies aériennes, totalement incompatible avec les finances d'une association à but non lucratif : 100.000 €/an TTC

- Refacturation des taxes foncières dont les associations d'intérêt général sont exemptées , point confirmé par la direction générale de l'aviation civile : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/3_5-Guide_aerodromes-aviation-generale_VF.pdf

- Mise en place d'un poste de stationnement "commercial" au milieu des parkings de l'Aeroclub , en rendant l'exploitation dangereuse, voire impossible.

Le lendemain de l'ouverture du Salon International de l'Aéronautique et de l'Espace au Bourget, au moment du lancement du Référendum d'Initiative Partagée d'Aéroport De Paris et en plein débat sur le réaménagement de l'aéroport de Nantes Atlantique, ce mépris des missions d'intérêt général, face à des objectifs purement financiers, donne une image précise des intentions réelles des sociétés concessionnaires.

Acteur historique de l'aéronautique nantaise depuis 1933, autour duquel l’aéroport s’est construit au fil du temps,  l'aéroclub permet à tous les Nantais de découvrir la région vue du ciel et d'accéder aux joies du pilotage.

Flotte ACLA Flotte ACLA

Loin de l'image de club de cadres fortunés, l'aéroclub est d'abord une école de pilotage reconnue, permettant aux passionnés,  jeunes et moins jeunes, d’apprendre à piloter à un coût maîtrisé. C’est également un partenaire essentiel des lycées de la métropole, depuis de nombreuses années, avec le Brevet d’Initiation à l’Aéronautique (BIA) permettant d’initier leurs élèves à la culture aéronautique. De nombreux pilotes formés par l'Aéroclub ont su, par la suite, allier passion et affaires comme Jean-Paul Dubreuil, qui préside actuellement la compagnie Air Caraïbes. Plus proche de nous, deux jeunes pilotes de l'ACLA ont participé l'année dernière au prestigieux tour de France HOP des jeunes pilotes, outil emblématique de promotion de l'aviation générale, où ils ont eu l'honneur de représenter notre métropole. 

Il est maintenant urgent de parvenir à un accord sur les loyers annuels, en tenant compte du caractère d'intérêt général oeuvrant pour la formation des pilotes d'une part, et de la fragilité financière d'une association à but non lucratif qu'est l'Aéroclub d'autre part. L'Aéroclub n'est pas une compagnie aérienne!  Le conseil d'administration de l'Aéroclub de Loire Atlantique, soucieux de pérenniser son activité et celle de ses trois salariés, a construit une proposition compatible avec ses moyens financiers.

On peut espérer, en prolongement de cette avancée, une poursuite des discussions sur le réaménagement de la plateforme dans une ambiance apaisée et constructive, avec des acteurs motivés par le même objectif : pérenniser les activités de tous les acteurs, dans le respect de leurs intérêts et de leurs contraintes, pour leur permettre de continuer d'assurer dans de bonnes conditions leur missions respectives.

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