La révolte des gilets jaunes : quel sens donner à cette contestation ?

La révolte des gilets jaunes va bien au-delà d’un simple mécontentement vis-à-vis de la hausse du prix du carburant ; elle trouve en partie sa source dans un recul presque sauvage des services d’État rendus à la population et pas uniquement dans le domaine des transports. Cette révolte met en exergue le manque d’alternative au « tout voiture » non seulement dans les zones rurales mais également dans les villes moyennes de province, alors même que tous les services nécessaires ne cessent d’être éloignés d’un grand nombre de citoyens (démantèlement d’hôpitaux de proximité, fermeture de classes dans les écoles…) ; elle a aussi à voir quelque part avec les mobilisations du printemps autour de la réforme ferroviaire  qui actaient, au nom de la rentabilité, l’abandon de nombreuses dessertes ferroviaires, renforçant en cela l’enclavement d’un certain nombre de régions et réduisant la mobilité des habitants de ces régions en les assignant à résidence en quelque sorte. Cette hausse du prix des carburants vient se rajouter à des hausses multiples (tarif du gaz et de l’électricité…) et à des baisses des prestations sociales (baisse des APL…) qui fragilisent les personnes ayant des revenus modestes et elle donne à voir ainsi toute la violence et l’injustice sociales de ces mesures.

Curieux voire contradictoire pour un gouvernement qui ne cesse de justifier ces réformes prétendument progressistes au nom du respect de la valeur travail. L’arrogance, la morgue conjuguées au déni voire à l’ignorance de la réalité économique d’un grand nombre de nos concitoyens par les gouvernants actuels rendent particulièrement lisibles les politiques mises en place dernièrement en faveur des plus riches. Les propos pleins de mépris tenus par le président Macron et les autres membres du gouvernement à l’égard des Français quels qu'ils soient : retraités, travailleurs, chômeurs… agissent comme une bombe incendiaire à retardement. L’injustice érigée en modèle qui ne saurait être contestée par ce gouvernement est dangereuse à bien des égards d’autant que ces politiques se doublent de la volonté de fracturer la société en dressant les uns contre les autres : salariés du privé contre salariés du public, travailleurs contre chômeurs, retraités contre actifs…

De plus, essayer de justifier cette hausse du prix des carburants au nom d’une transition écologique ô combien nécessaire sans que cette hausse des taxes ne soit affectée pour des mesures écologiques en faveur du climat pose évidemment problème. Essayer de faire financer la politique fiscale en faveur des plus riches (suppression de l’ISF, CICE) par les plus précaires de notre société n’est pas tenable. Et peut-on demander à ceux qui ne parviennent pas à boucler leurs fins de mois de financer les mesures nécessaires à éviter la fin du monde et seulement à ceux-là ?

Les propos du premier ministre Édouard Philippe affirmant qu’il avait bien entendu mais qu’il ne reviendrait en aucune manière sur la politique menée sont à la fois consternants et inquiétants. Les mesures de hausse des prix des carburants sont contestables dans la mesure où elles ne s’appliquent pas à tous. Les projets gouvernementaux ne témoignent pas d’une vision d’avenir et d’un avenir désirable. Ces projets sont détestables car ils sacrifient l’intérêt général au profit de politiques de court terme visant à l’enrichissement des plus nantis.

Myriam Fromangé

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