« Le gouvernement prépare un champ de ruines pour la gauche »

Député européen sortant (il n’a pas été reconduit par le PS), l’économiste Liêm Hoang Ngoc ne décolère pas contre le tournant pris par sa famille socialiste depuis plus d’un an.

Avec le politologue Philippe Marlière (ancien blogueur de Rue89), il a fondé un club visant à fédérer la gauche du PS« Les Socialistes affligés ».

Liêm Hoang Ngoc et Philippe Marlière organisent ce samedi un colloque où sont invités plusieurs personnalités engagées contre l’austérité, qu’il s’agisse d’experts ou de dirigeants du PS, d’EELV ou du Front de gauche.

 

Cinq questions posées ce samedi matin à Liêm Hoang Ngoc.


Rue89 : Dans quelques heures, vous lancez le premier colloque des « socialistes affligés ». Votre but est-il d’aboutir à une recomposition de la gauche ?

Liêm Hoang Ngoc : Notre constat, c’est que si le cap actuel qui a été choisi par l’exécutif est maintenu jusqu’en 2017, il y a fort à parier que la gauche disparaitra au second tour de l’élection présidentielle.

Nous appelons donc à changer de cap. Il n’est pas trop tard pour sortir des politiques d’austérité, qui ont échoué et mené l’Europe au bord de la déflation. Le message que nous envoyons aujourd’hui, c’est qu’il y a, en jachère, une majorité sur laquelle le président de la République peut s’appuyer s’il veut engager la France dans une voie progressiste.

 

Mais si le pouvoir reste buté jusqu’en 2017 et que cela conduisait la gauche au champ de ruines, il faut s’y préparer : il faut d’ores et déjà prévoir la suite. Il y aurait forcément une recomposition « rouge rose verte » et nous proposons d’ouvrir dès maintenant le dialogue entre les trois familles de la gauche.

Un tel changement de cap, dans le contexte européen actuel, et compte tenu de la victoire de la droite, au niveau européen, lors des dernières élections, est-il politiquement réaliste ?

Il ne faut pas faire peser la faute sur l’Europe. Le gouvernement français a obtenu un délai de deux ans pour respecter l’objectif de 3% de déficit budgétaire : deux ans, cela représente une marge de manœuvre supplémentaire importante. Qu’en a-t-il fait ? Il a déjà grillé cette marge de manœuvre en accordant 1,5 point de PIB aux marges des entreprises, c’est à dire à leurs profits. Sans contrepartie.

Cette marge de manœuvre, on peut l’affecter différemment : à la redistribution, ou à l’investissement public (la transition écologique, par exemple). On peut faire tous les discours que l’on veut contre les 3%, mais il faudrait commencer par affecter nos marges de manœuvre à bon escient. De ce point de vue, et je le dis ironiquement, l’aile gauche du parti socialiste n’a pas le monopole de l’irresponsabilité économique !

Comment expliquez-vous que la gauche opposée à l’austérité n’ait pas progressé en France lors des dernières élections, malgré la crise ?

Les Verts ont eu raison de quitter le gouvernement et de ne pas entériner le virage incarné par Manuel Valls. Mais certaines déclarations, je pense à celles de Jean-Vincent Placé qui n’a pas exclu des alliances avec la droite, laissent planer une ambiguïté sur le sens de cette sortie du gouvernement.

Quant au Front de Gauche, il n’est pas perçu comme une force de proposition crédible. Pour une alternative crédible, il faut créer une dynamique où roses, verts et rouges poseraient ensemble les bases d’une nouvelle politique progressiste.

Vous envisagez un « champ de ruines » en 2017. Visez-vous donc déjà 2022 ?

La voie la plus économique, ce serait d’organiser un congrès du PS rapidement, et qu’une nouvelle majorité, rejetant le cap social-libéral, se dessine. Le Président pourrait dès lors s’appuyer sur une nouvelle majorité rouge-rose-verte pour changer de politique.

Dans la Ve république, c’est lui qui a les cartes en main. Mais si ce scénario n’est pas privilégié, il faut préparer le désastre prévisible de 2017 autour des 100 parlementaires qui ont critiqué les orientations actuelles.

Pourquoi le rapport de force changerait-il au sein du PS ? Beaucoup de socialistes rendent leur carte par dépit.

Les socialistes rendent leur carte un par un, mais il est très difficile de savoir dans quel sens cela peut jouer. Il n’y a pas que des militants de gauche dépités, il y a aussi tous les collaborateurs d’élus locaux, après les défaites électorales aux municipales.


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