Ne lâchons pas la Grèce

La victoire de  la gauche en Grèce ouvre de nouvelles perspectives en Europe. Le mandat clair donné par le peuple grec à son nouveau gouvernement est de sortir la Grèce de cinq années d’austérité qui ont amputé d’un quart le PIB grec, sans parvenir à contenir le taux d’endettement, qui a explosé. Pour sortir de l’austérité, la Grèce a besoin d’une restructuration de sa dette, déjà jugée insoutenable par le FMI en 2009, avant l’entrée en vigueur des mémorandums. Le cœur du débat n’est pas de savoir si les contribuables français ou allemands, qu’on cherche à effrayer, doivent payer pour les Grecs. Il porte sur l’absence de mécanismes de transferts communautaires permettant à la zone euro d’affronter les « chocs asymétriques ».

Indéniablement, la zone euro n’était pas préparée à affronter la crise. Son architecture est inachevée. Elle ne dispose pas d’un budget communautaire suffisant permettant, comme le budget fédéral aux Etats-Unis, de venir au secours d’un de ses Etats en difficulté. Les Etats ont jusqu’ici refusé d’engager le débat sur l’extension des ressources propres de l’Union européenne, initié par le Parlement européen et la Commission, comme ce fut le cas lors de la discussion sur les perspectives financières 2014-2020. Des mécanismes de financement intergouvernementaux ont donc été bricolés, allant de prêts bilatéraux à la mise sur pieds de mécanismes intergouvernementaux tels que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou le Mécanisme européen de stabilité (MES). Avec la BCE, ces mécanismes ont racheté les créances détenues par les banques afin d’alléger leurs pertes lors de la première restructuration, en 2012.  Aujourd’hui, sur les 320 milliards de dette grecque, la BCE en détient 28 milliards. Les Etats détiennent pour leur part 56 milliards de créances bilatérales (la France en détient 11 milliards et l’Allemagne 15 milliards). Le FESF, dont ils sont les actionnaires, en possède 148 milliards, le FMI et les banques en détiennent le volume restant. Une répartition de l’effort de solidarité parmi des institutions qui ont socialisé les pertes et privatisé les profits des banques ne serait pas incongrue pour soutenir la reprise en Grèce et consolider la zone euro.

Les Etats et la BCE, qui détiennent désormais l’essentiel de la dette grecque, sont à la croisée des chemins. Ils doivent prendre conscience que la zone euro ne peut fonctionner correctement que si elle devient une union de transferts. Or ils ont voulu conserver la maîtrise de la manne financière rendant possible de tels transferts, en en privilégiant une gestion intergouvernementale (par l’Eurogroupe) et par la BCE. Ils ont confié à la Troïka, dont la légitimité démocratique est plus que précaire, le suivi de mémorandums délibéré par le seul Eurogroupe. Ils doivent maintenant prendre leurs responsabilités pour aider la Grèce à sortir la tête de l’eau. Les Etats faucons n’y semblent malheureusement pas disposés.

Ceux qui font pression pour que la Grèce applique les mémorandums veulent en réalité tuer dans l’œuf l’hypothèse d’un plan B dans le cadre de l’euro et pousser la Grèce dehors. Ils mettent en danger l’euro lui-même.

Pour sa part, la France considère que l’austérité en Europe est une erreur. Elle ne doit pas lâcher la Grèce. Le président de la République est désormais investi, plus qu'en 2012 encore, d'une grande responsabilité sur la scène internationale. Il doit appuyer le nouveau gouvernement grec et saisir l’occasion d’impulser une réorientation de la construction européenne. Il recevrait en cela l’appui de nombreux Etats membres et d’une bonne partie des hémicycles des parlements nationaux et européen.

Par Pouria Amirshahi (Député des Français de l’étranger à l’Assemblée nationale), Pervenche Bérès (Députée au Parlement européen), Liêm Hoang-Ngoc (ancien député au Parlement européen, rapporteur sur le rôle et les opérations de la Troïka), Emmanuel Maurel (Député au Parlement européen)


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