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Billet de blog 14 déc. 2014

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Plus de 100'000 militants ont déserté le PS

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Auteur du brûlot «La gauche ne doit pas mourir», Liêm Hoang-Ngoc augure des grandes manœuvres à venir au PS pour survivre à l’échec de l’exercice du pouvoir. Il n’y aurait que 60'000 adhérents à jour de cotisation

Avec son livre «La gauche ne doit pas mourir! Manifeste des socialistes affligés», l’ex-eurodéputé socialiste Liêm Hoang-Ngoc fait l’autopsie de 2,5 ans de pouvoir socialiste. Cet économiste et membre du bureau national du PS voit son parti absent du 2e tour de la présidentielle de 2017 et présage même de sa disparition si François Hollande et Manuel Valls persistent dans une politique qui n’est pas celle qu’avaient soutenus les électeurs de 2012. En ce début de 2e partie de quinquennat et avant le Congrès de juin du PS, les socialistes affligés dont il fait partie donnent de la voix pour tenter de reprendre la main sur l’appareil du parti et surtout pour «réhabiliter une certaine idée de la gauche».

Ce livre, est-ce le sursaut d’un parti agonisant ou l’acte de départ d’une refondation?

Les deux. Ce livre montre que la politique de l’offre n’était pas la seule possible, et surtout pas la plus efficace. La France avait négocié des marges de manœuvre en obtenant un étalement du calendrier de réduction des déficits. Elles ont été grillées par une politique qui n’est pas celle pour laquelle François Hollande et nos députés socialistes ont été élus en 2012. Nous rappelons que dans une démocratie représentative, l’exécutif est au service de sa majorité. Ici, c’est la majorité qui est au service d’un seul homme. Un seul homme a décidé pour son camp, sans que les instances de son propre parti en aient discuté. Si cet homme persévère dans l’erreur, il précipitera la fin du parti d’Epinay. Il faudra alors faire naître une nouvelle force progressiste.

Et dans quel état sont les Fédérations? Qui reste-t-il au PS?

Nous sommes très bien accueillis avec notre livre dans les fédérations où nous sommes invités. Dans les sections, il ne reste que les militants les plus motivés qui veulent mener la bataille du congrès, des élus et leurs collaborateurs. Jean-Christophe Cambadélis (ndlr: l’actuel premier secrétaire du PS) ne le cache pas: le PS aurait juste 60'000 adhérents à jour de cotisation. Nous étions officiellement près de 170'000 membres en 2012.

Le prochain congrès du PS peut-il changer la donne? Et les socialistes affligés reprendre la main?

Les rapports de force entre l’aile droite et l’aile gauche du parti sont difficiles à évaluer, compte tenu de la désaffection de nombreux militants. Beaucoup de choses dépendront de la capacité de l’aile gauche à se rassembler pour former un gros bloc. La direction du parti cherche à nous contrer en constituant une majorité allant de Martine Aubry aux partisans de Valls et Hollande. Telles sont les données. L’idéal serait que l’exécutif soit à l’écoute de nos débats afin de changer au plus vite de fusil d’épaule. Malheureusement, quand bien même nous gagnerions ce Congrès, nous ne pouvons rien imposer à François Hollande, qui est seul maître du jeu dans la Ve République. Notre crainte est que nous ayons un parti à gauche, qui réhabiliterait une certaine idée de la gauche, et un gouvernement, peut-être remanié avec un retour des verts et de quelques frondeurs, mais qui maintiendrait un cap fondamentalement libéral. Cette situation finirait de désespérer les nôtres et nous mènerait vers une cuisante défaite en 2017.

C’est Manuel Valls ou François Hollande qui vous fâche le plus?

Le péché originel, c’est François Hollande qui l’a commis en commandant, dès sa prise de fonction, le rapport Gallois et en annonçant, une semaine après sa publication le tournant vers le «socialisme de l’offre». Valls n’a obtenu que 5% des suffrages lors de la primaire. C’est Hollande qui a nommé Valls premier ministre en dépit du message de nos électeurs, qui se sont massivement abstenus lors des scrutins municipaux et européen. Valls veut désormais transformer le PS en parti démocrate à l’italienne.

La gauche peut donc mourir?

Si François Hollande ne change pas de cap, il va suicider la gauche qui réalisera des scores dignes du PASOK grec (ndlr: en 2012): un PS à 10% en 2017 avec seulement 40 députés à l’Assemblée nationale. Ce qui restera de ce champ de ruine se recomposera vraisemblablement autour d’une nébuleuse aux couleurs rose foncée, rouge et verte, où se retrouveraient des militants qui partagent d’ores et déjà les mêmes valeurs dans les domaines sociétaux, économiques et écologiques. Les socialistes affligés auront un rôle clé à jouer pour crédibiliser cette nouvelle force afin de reconquérir nos électeurs qui ne croient plus en la politique. Il faudra par ailleurs renouveler les pratiques, comme Syriza et Podemos le font avec succès en Grèce et en Espagne.

Mais le Front de Gauche et les Verts n’ont pas bénéficié du désamour du PS?

Les électeurs assimilent aujourd’hui la gauche au gouvernement et estime que l’autre gauche en constitue la force d’appoint (pour avoir appelé à voter Hollande ou pour avoir participé au gouvernement). Ils pensent par ailleurs que celle-ci ne ferait pas mieux et se résigne au discours martelé par les éditorialistes selon lequel il n’y a pas de politique de rechange. Le cœur des abstentionnistes, constitué d’électeurs socialistes, est désormais orphelin de portes paroles de leurs préoccupations dans le débat public. L’enjeu est de reconstruire un tel parti.

Ce parti avec un programme économique social-étatiste que vous décrivez, c’est le FN de Marine le Pen, qui hormis les questions identitaires, s’adresse mieux que le PS à l’électorat ouvrier?

Le PS a malheureusement laissé l’extrême droite s’emparer de la question sociale. La gauche doit se la réapproprier. Marine le Pen s’est ainsi désormais emparée, sur bien des aspects, du programme de Jean-Pierre Chevènement, ancien héraut de la première gauche du PS d’Epinay.

«UMPS», l’amalgame que fait Marine le Pen entre le PS et l’UMP, revient sous d’autres termes également dans votre livre?

Le sentiment selon laquelle la gauche et la droite appliquent, au fond, une politique semblable est un sentiment qui n’est pas dénué de sens. Les coupes budgétaires de Sarkozy n’excédaient pas un milliard par an. Le budget 2015 prévoit une réduction de 21 milliards des dépenses publiques. Le bouclier fiscal était un cadeau fiscal de 800 millions aux plus riches. Le pacte de responsabilité organise un transfert de 40 milliards en direction des profits, dont on sait que 85% sont actuellement destinés au versement de dividendes. Quant à la «modération salariale» et au refus d’augmenter le salaire minimum, ils perdurent au fil des alternances.

N’est-ce pas les vieilles lunes d’un socialisme à l’ancienne? La France ne peut-elle pas vivre dans une paix sociale entre entrepreneurs et employés qui dépasse le carcan de la lutte des classes. Les pays scandinaves, ou la Suisse et l’Allemagne, y sont bien arrivés…

Le MEDEF relance quotidiennement la lutte des classes en cherchant à détricoter toutes les mailles du modèle de développement conçu lors du compromis de 1945: le code du travail, la protection sociale, le secteur public, le système bancaire, la politique industrielle. Un véritable capitalisme de nouveaux rentiers est en passe de s’installer, où la part des profits consacrés à l’investissement diminue. Les PME françaises ont des carnets de commandes désespérément vides. Elles sont les sous-traitantes des grandes entreprises stratégiques dont le noyau dur a été déstructuré en faveurs de groupement d’actionnaires minoritaires aux logiques court termistes.

Mais pourquoi la France, à l’instar des pays scandinaves, ne parviendrait pas à sortir de celle logique binaire et conflictuelle?

Dans les pays scandinaves, le modèle social-démocrate organise un véritable dialogue où organisations syndicales et patronales sont prêtes à s’entendre sur des compromis comportant de véritables avancées sociales telles que les salaires indexés sur les gains de productivité du secteur exposé (en Suède), des allocations-chômage d’une durée élevée assorties de véritables périodes de formation (au Danemark). Cette tradition n’existe pas en France, où la défiance entre les acteurs sociaux reste forte; ceci explique que la logique colbertiste reste forte.

«La gauche ne doit pas mourir. Manifeste des socialistes affligés» , Liem Hoang-Ngoc et Philippe Marlière. Editions les liens qui libèrent.

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