Les sans papiers du 57 bvd de Strasbourg non expulsables

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Plus de salon de coiffure au 57 boulevard de Strasbourg dans le 10e arrondissement de Paris. Depuis le 24 juillet 2014, les 18 salariés en lutte occupent le local. L’annonce de la liquidation faite aux salariés avec deux jours de retard lance l’action. Le propriétaire demande leur expulsion. Aujourd’hui, 23 septembre, le juge des référés vient de repousser cette possibilité au 06/11/2014 .

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Le 13 et 14 août, le collectif des salariés sans papiers, assisté par la CGT, porte plainte pour "faillite frauduleuse", "abus de vulnérabilité", "travail dissimulé" et "traite des êtres humains". Au cours de ces deux journées, la CGT précise se heurter à une forte opposition. Au début, la police refuse le dépôt de plainte au profit de simples auditions.

Comme stipulé dans l’article L316-1 du CESEDA (code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile), les plaignants peuvent bénéficier dès le dépôt de plainte, d’une carte de séjour temporaire. Papiers délivrés pour la durée de la procédure, ils ouvrent droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Pourtant, la préfecture attend la caractérisation par le parquet. Laissant l’ensemble des 18 personnes sous la menace d’une expulsion du territoire et dans l’incapacité de retrouver un travail pour vivre.

Le parquet clôturera bientôt l’enquête. Les auditions commenceront en ce qui concerne tous les chefs d’accusations hormis celui de "traite des êtres humains". L’institution attend, pour s’en saisir, le résultat des investigations en cours.

Cette lutte fait suite au mouvement de trois mois du salon situé au 50 du même boulevard  dont la conclusion fut la régularisation des sept salariés le 25 avril dernier.

La CGT agit avec le soutien de SUD solidaires, de la FSU et de plusieurs associations sur ce dossier. Le syndicat estime que ce combat démontre la nécessité de la régularisation des travailleurs sans papiers. Le salarié devient esclave s’il est menacé de dénonciation à la police.

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Dans la pratique, ce genre d’atelier d’esclavage fonctionne sur l’isolement des sans papiers. Pas plus de sept salariés parlant la même langue, mise en concurrence via un paiement à la tâche. Des horaires de travail dépendant du bon vouloir des consommateurs, sur le principe de l’attribution du client au premier affamé présent. Et, l’instauration d’une dépendance financière quotidienne, où il est nécessaire de quémander le paiement du salaire au contremaître sous peine de ne plus pouvoir survivre.

De nombreux salariés, affirment être prévenus des contrôles de police. Les gérants ont le temps de déclarer les quelques réguliers pour des périodes de deux heures par semaine dans le but de masquer un fonctionnement illégal. Lors du conflit du N°50, la préfecture a refusé les régularisations prétextant qu’il est difficile de faire la différence entre des indépendants facturant leurs services et des salariés payés au noir.

Le 16 septembre, deux militants CGT et un membre du PCF du 10e arrondissement sont menacés de mort devant une équipe de France 3. L’une d’entre eux, Marilyne POULAIN, s’inquiète de la politique de la terre brûlée mise en application. Elle affirme que beaucoup des travailleurs du boulevard sont dans des situations similaires, que l’on fait pression sur eux, menaçant leur salon de fermeture s’il ne se soumettent pas. La syndicaliste, et avec elle un nombre grandissant de personnes, suspectent l’installation d’une véritable mafia dans la rue fonctionnant sur le principe de “gérants de paille”. Un homme s’adressant à un travailleur a déclaré devant elle “Il ne peuvent rien pour vous à la cgt, rien ne changera ici, jamais vous ne serez déclarés”

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Le chemin de Daniel jusqu'au 22 mai

 

La devanture du local est recouverte de grandes affiches autocollantes signalant la possibilité de location. Derrière la porte, quatre personnes.

Un lit au sol, un pack de lait, quelques fauteuils en désordre. Un planning d'occupation, de nombreux articles de presse et déclarations de soutien ornent les grands miroirs dans lesquels se reflétaient les clients jusqu'au 22 mai dernier.

Le salon de coiffure se compose d'un sous-sol, d'un rez de chaussée et d'un étage. Au rez de chaussée étaient les "français", à l'étage, les "asiatiques", enfin, la cave était réservée aux clients "africains".

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Gauche Nicolas POITIER, Droite Daniel Eze, dans le sous sol du salon. Photo par Frédérique Le Brun

 Daniel, l’un des coiffeurs nigériens dit avoir été payé à coup de sommes de 25 à 100€, pour un maximum de 400€ par mois.

Des horaires de travail de 7h à 23h six jours sur sept et à sa charge l’achat des produits utilisés.

Il travaillait à la cave avec deux autres employés. Le lieu ne dispose pas de fenêtre, ni d'aération fonctionnelle. Il y a installé un ventilateur récupéré à la poubelle pour éloigner les émanations toxiques des produits chimiques utilisés.

Cinq minutes dans le local débarrassé de toute trace de produits suffisent maintenant à avoir les yeux et la gorge irritée.

Au bout de deux mois de travail dans ces conditions, Daniel ne peut plus dormir. Il est obligé de nettoyer ses yeux douloureux de façon trop régulière.

Il se rend à l'hôpital une première fois le 21 février, puis une seconde le 8 avril. Quelques jours plus tard, il demande le paiement de son salaire au patron qui refuse et le menace de le dénoncer à la police.

Poussé à bout, il décide finalement d’y aller lui-même. Là-bas, il est orienté vers le conseil des prud’homme qui enregistre sa demande le 16 mai et le convoque devant la formation de référé le 20 juin. De retour au salon, quelques jours plus tard, un travailleur chinois l’invite à se rendre avec les autres à la CGT pour y demander assistance. C'est le 22 mai  

Chronologie

La pétition du Collectif des cinéastes pour les « sans-papiers »

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