OFNI #14 / Critique de La Vengeresse

Humour débridé et cinglant, inventivité folle et sensualité : retour sur la projection de LA VENGERESSE, de Bill Plympton et Jim Lujan.

Vendredi 11 novembre, on a eu l’occasion de voir en avant-première au Dietrich Revengeance – (La Vengeresse), le dernier film d’animation haut en couleur de Bill Plympton et Jim Lujan.

Bande-annonce de La Vengeresse (Bill Plympton & Jim Lujan) © Bill Plympton & Jim Lujan

Le film démarre par le vol d’un mystérieux paquet à une bande de bikers – Les Inland Emperors – et l’incendie de leur repère par la jeune voleuse. Suite à cela, l’ancien catcheur désormais sénateur, Deathface, va contracter plusieurs chasseurs de prime, dont Rod Rosse, pour retrouver le colis volé qui contient son plus grand secret et lui ramener la mystérieuse jeune fille, Lana, également pourchassée par la bande de motards, aux commandes de Deathface et un poil énervés.

On a affaire à un véritable road-movie qui ne s’arrête vraiment que pour apprécier les personnages, plus colorés encore que le décor dans lequel ils se trouvent, qui sont pour la plupart interprétés avec brio par Jim Lujan. La galerie des personnages est incroyable, on va de Deathface et Miss Candy un couple sulfureux tous deux anciennes gloires du catch, à un chasseur de prime un peu looser au look passe-partout qui travaille avec sa mère qui, elle, n’est pas passe-partout mais qui n’est pas loin d’être la plus badass de tout ce joyeux délire, tout en passant par une secte religieuse complètement barrée mais surtout surarmée qui va prendre en chasse Lana et Rod ou un caissier de Quick’N’Go qui se retrouve mêlé à la quête bien malgré lui et se fait malmenés par à peu près tout le monde.

Tout ces personnages vont déambuler, au volant de grosses voitures de sport un peu tunées ou de grosses motos détonantes, dans le paysage torride de la Californie. On se retrouve plongé dans un désert brûlant où l’on va rencontrer la secte qui va vouloir sacrifier Rod Rosse « l’enfant du ciel », à la frontière mexicaine où Rod Rosse (encore) va essayer d’envoyer un concurrent, dans une boîte de nuit où Rod Rosse (décidemment) va se retrouver obligé de faire le porté de Dirty Dancing avec un travesti, et surtout un immense festival où la film va se dénouer et où tous les personnages vont se rencontrer.

L’intrigue se déroule en deux temps, un premier où l’on va découvrir la mission et voir les recherches des chasseurs de prime ainsi que la course-poursuite qui va débuter entre Lana et les mercenaires. Et un deuxième temps où le rythme va baisser, après la découverte du désir de vengeance de Lana, et où le film va prendre son temps pour ne nous donner qu’une envie : celle de voir Lana faire la peau à Deathface – et surtout découvrir le secret de ce dernier, si affreux qu’il pourrait en détruire toute sa carrière. Il est difficile de ne pas penser à l’univers de Quentin Tarantino (d’ailleurs remercié dans les crédits à la fin) avec cette violence omniprésente soulignée par des chansons punk-rock qui donne à ce film – qui reste un film d’animation de Plympton, on est loin de la violence de Tarantino quand même – toute son énergie et son ambiance marquante.

Plympton et Lujan nous offrent avec La Vengeresse 1h10 d’humour débridé et cinglant, d’inventivité folle, de sensualité et de redoutable. Avec un personnage principal qui passe d’enjeu à véritable héroïne, on a envie de suivre l’histoire jusqu’au bout et de se battre avec elle, au milieu de toute cette cupidité et toute cette ruse. Les deux réalisateurs se sont bien trouvés pour donner à cette frénésie juste ce qu’il faut d’irrévérencieux et d’impertinent pour critiquer et épingler les défauts de l’Oncle Sam.

Première collaboration réussie pour Plympton et Lujan, qui marient à merveille une animation impeccable et une richesse de création et qui proposent un beau burlesque trash et marquant. Soyons donc prêts pour la sortie dans les salles en 2017 pour avoir encore la preuve que le cinéma d’animation indépendant est non seulement pertinent mais essentiel.

Bénédicte Fernandez

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