Mon road movie médiatique: de France Inter à Mediapart

Un dimanche un peu peinard...L'occasion de revenir sur cette incroyable révolution copernicienne qui me fit passer de l'âge de pierre de la communication à la féquentation de fils et de blogs, écheveaux de paroles, jusqu'à ce timide billet porté par mon enthousiasme de synthétiser mon aventure...en ligne. En ligne, mais pas droite. C'est fait de tournants et de culs de sacs, de freinages et de limitations de vitesse...Un véritable road movie sur les autoroutes de l'information.

Ca débute le 25 juin, Porte et Guillon, ont passé la porte de France Inter. C'est pas que je les écoutais toujours, pas plus que Jean Marc Four, qui passe à 22h00 chez moi avec le décalage horaire, ou Vincent Josse. Mais ils étaient mes cautions, la certitude que si eux pouvaient continuer à faire leur boulot, je ne me faisais pas trop avoir sur "la différence". Mes chouchoux étaient ailleurs, Manzoni, Mermet, Interception, et je dois l'avouer, le 5-7 du Week-end, qui m'apportait son lot de contentement intellectuel...Ici, France culture est inaudible, et comme je m'apprête à le montrer, ma fréquentation de la toile était assez restreinte... France Inter, c'était ma maison, pas toujours moderne et originale, mais douillette.Et voilà qu'on me fout à la porte de chez moi! Un séisme donc, parce que je me vois devant cette alternative: soit j'emménage dans les meubles des autres avec toute ma colère rentrée et je sombre dans la parano et l'aigreur, à guêter de ma fenêtre sale, par les rideaux frustrés et honteux les habitants de ma pauvre maison, soit je ferme le poste et toute démunie, mon baluchon sur l'épaule, vais chercher ailleurs "La différence".

Je saute le pas, enfourne ma bécane informatique, en suivant à la trace, tout d'abord les deux trublions remerciés...Des institutionnels tiédasses, aux plus confidentiels en passant par les conformistes hargneux, la toile devient pour moi un véritable instrument de liberté. Je débarque sur Mediapart, et je freine. J'admire le paysage, finalement, c'est ce que je recherche, un petit bourg sympa, dans lequel je ne serais pas trop considérée comme une étrangère sans papiers, contrainte de dormir à la porte. Les autochtones sont accueillants et ils ont le verbe haut, sur l'agora, les débats font rage sans jamais sombrer dans la vulgarité et la simplification outrancière. J'y remarque tout de même que l'autocongratulation est de mise, alors je me gare dans une impasse, d'où je continue mon observation discrète.

Je reconnais les Anciens et les Nouveaux, les insoumis et les emmerdeurs, les drôles et les réservés; une petite communauté bariolée qui m'apparaît de plus en plus comme une ère de résistance et de solidarité plutôt gaie dans sa révolte, et je comprends ce qui les rend confiants: ils ne sont plus seuls, ils ont fondé un village médiatique où la parole a du sens parce qu'elle est confrontée à celle des autres, où "les tenants de l'information" dialoguent et débattent dans un esprit de partage et de progrès, où tous se mobilisent pour combattre la paresse, la bêtise et la corruption, confiants dans la possibilité d'un vivre ensemble lucide et éclairé...

Le soir est tombé. J'ai garé ma bécane à cette fontaine de jouvence et je me suis retournée: la Lumière restait allumée. Je me suis sentie chez moi.

 

 

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