Sarkozyday Part II

L'heure des commentaires a sonné, soyons du nôtre: pour une humble étude de l'image et de l'implicite de la prestation de notre président. En deux temps donc, l'image et le non-dit qui se rejoignent pour scander une vérité, que Pirandello lui-même n'aurait pas désavouée: " A chacun sa vérité" ! Cette vérité, martelée hier soir jusque dans les plus infimes détails, est que l'exécutif tient, que la République dont notre président est le garant n'est pas désavouée, en un mot, qu'il n'y a pas d'affaire d'état.

Tout d'abord, il convient d'examiner le dispositif scénique, savamment mis en scène pour cette intervention. Il y avait dans tout le décorum une beauté et une sobriété , qui marquait en même temps que la rupture et la modernité, le retour à l'Antiquité romaine. Fi, du rococo suranné des Mitterrand et Chirac, retour à l'essentiel: l'expression de la démocratie incarnée par son chef. Une démocratie qui se veut orientée sur trois axes: transparence, sincérité, fermeté.

Transparence d'abord. Il s'agissait de montrer en premier lieu que l'éxécutif n'avait rien à cacher: pour ce faire, le recours au "décor en extérieur", était adéquat. Point de prompteur, dans cette sobre cour intérieure de l'Elysée, point d'artifice, que du "vrai". Des plantes vertes en coin, des murs nus, des baies en arrière-plan sur lesquelles le reflet d'une lampe allumée, éclairant de sa lumière rassurante le foyer un temps délaissé, mais habité de l'attente de son maître, brille tranquillement; une sculpture que ma foi, je n'arrive guère à déterminer, mais qui semble découper certains plans selon une symétrie parfaite, duelle bien sûr, et dont les formes semblent avoir un caractère à la fois imposant et complexe, une sorte d'art brut et indéniable qui s'impose comme une vérité nue, un totem, et cette table carrée, gris-minéral attachée dans un dispositif parfaitement symétrique aux deux chaises aux lignes pures qui se font face. "Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe calme et volupté". Point de drame caché derrière les rideaux, point de crime, paraphrasant Balzac, derrière chaque grande fortune, un espace traversé de lignes droites, verticales et horizontales, sans zones d'ombre dans un souci de perfection classique, au centre duquel trône gravement le maître des lieux qui se prête avec simplicité et sincérité à l'exercice périlleux du passage sous les fourches Caudines du peuple.

Sincérité, donc, puisqu' au terme d'une longue polémique, il faut s'exprimer. Là encore, le dispositif est parfait: point de notes devant le maître, alors que son interlocuteur arbore une liasse de feuillets blancs bien en évidence sur cette table parfaitement carrée. Rien n'est préparé, le président n'a pas besoin de supports, il laissera parler sa spontanéité, autant que sa pertinence innée, réhaussée pour le coup par un nuage blanc dans les cheveux, qui ne laisse pas de donner l'apparence du patricien expérimenté, blanchi précocement par les combats et les joutes politiques d'envergure. Que dire du ton grave et placide, animé d'une pointe de tension dans l'usage d'une tonalité basse, à l'amplitude sonore volontairement réduite, sinon qu'il a pour vocation de nous plonger dans la confidence d'un discours intime aux accents de sincérité outragée. Une tonalité qui variera, dès que l'évocation de l'Affaire sera passée, pour devenir plus tonique, plus incisive, plus animée, mais le message est passé: la fermeté est plus que jamais de mise. Cette fermeté, qui est la garantie que l'Etat tient, que la République n'est pas en danger, que l'affaire d'Etat annoncée n'est qu'infâmie et calomnie face auxquelles seules la dignité et la fermeté peuvent répondre.

La fermeté qui est nécessaire avant tout pour annoncer que la vérité, n'est jamais que sa vérité. On l'aura bien compris, dans cette majestueuse mise en scène intimiste du remake de Pirandello"A chacun sa vérité", digne de la cour du Palais des Papes, notre président a trouvé un rôle à sa mesure, parfaitement souligné par une mise en scène réglée comme une horloge. Chapeau l'artiste. Au peuple d'applaudir.

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