Les braves gens ne courent pas les rues

images?q=tbn:ANd9GcT_k1fg7QGzE-cawL7cWIoZZOVWYrM10qJq0ZceCshwH2adisY&t=1&usg=__a6hiX013bZLWpFHqdfgeNfRoNXc=

Raconter des histoires...Rien de plus facile, chacun de nous en entend et en raconte depuis l'enfance, nous dit Flannery O' Connor, avec son gros accent du Sud, seulement elle nous prouve aussi que : " (...) l'habileté à créer de la vie avec des mots est essentiellement un don. Si vous le possédez au départ, vous pouvez le cultiver. Si vous ne l'avez pas, autant abandonner". Mystère et Manières, "L'Art de la Nouvelle"

J'ai découvert Flannery O'Connor grâce à John Huston, génial adaptateur de grands romanciers: Melville, Kipling, Hammett, Joyce, Lowry, Williams, Mac Cullers, et Flannery O'Connor, dont il adapte un petit roman incroyable, son premier, écrit en 1952, "Wise Blood". Le film sorti en 1979, a pour titre en français: "Le Malin". Brad Dourif y joue le rôle d'un vétéran de la guerre, qui, de retour au pays, devient prédicateur et fonde "L'Eglise de la Vérité sans Jésus Christ", avant de devenir fou. Un monde à part, grotesque, inquiétant et dérangeant tant le réalisme ici côtoie le mystère et l'inattendu. L'écrivain Flannery "s'intéresse moins à ce qui s'offre à notre entendement que ce qui s'y dérobe. Il s'intéresse moins au possible qu'au probable. Les personnages qui lui tiennent à coeur sont ceux qui sont obligés de rencontrer le mal et la grâce, mais qui sont animés par une confiance qui les dépasse-qu'ils sachent très clairement ou non ce qui les conduit à agir.". Mystères et Manières, "Quelques aspects du grotesque dans le roman du Sud".

En 2009, Gallimard édite dans la collection Quarto les oeuvres complètes de Flannery O'Connor: romans, nouvelles, essais et correspondance, dont sont tirées toutes les citations référencées. Ce sont les nouvelles écrites en 1955 que je viens de lire, dix nouvelles réunies sous le titre:" A Good Man Is Hard to Find and other stories": "Les braves gens ne courent pas les rues". On y retrouve le mal et la grâce, thèmes chers à l'auteur. Lorsqu'elle les écrit, elle vit cloîtrée dans la ferme que dirige sa mère, Andalusia, à Milledegville, Géorgie, et elle souffre déjà de la terrible maladie qui l'emportera à 39 ans. Le Sud, la campagne arriérée sont le cadre des nouvelles. Paysans, colporteurs, voyous, illuminés, tueurs sont les personnages familiers de cette cour des miracles. Des petites gens accaparées par leur vie misérable et bornée. Les nouvelles fonctionnent selon un mécanisme simple: la mise en place du petit noyau de personnages épinglés dans leur milieu comme des insectes et l'arrivée de l'étrange ou de l'étranger qui cristallise peurs et espoirs, instaurant la tension jusqu'à la chute brutale, où chacun révèle sa vraie nature. Pas de cynisme, mais plutôt un regard intransigeant dont le comique n'est pas absent, pour cet écrivain hanté par la violence et l'arbitraire. La cruauté et la bêtise sont les ressorts de ce monde fictionnel où les prophètes et les illuminés représentent le mal par lequel la présence de la grâce sera rendue visible.

"L'art dramatique exige de l'écrivain qu'il soit un miroir et un juge. S'il est l'un et l'autre, l'écrivain qui prend pour héros un personnage grotesque ne nous montre pas seulement ce que nous sommes, mais ce que nous avons été, et ce que nous pourrions devenir. Son personnage de prophète grotesque est à l'image de lui-même. Mystères et manières, "Sur son oeuvre".

"A celui qui vous demande quel est le sujet d'une nouvelle, la seule réponse à faire est qu'il la lise".Mystères et manières, " L'Art de la nouvelle"

 

Flannery O'Connor, Oeuvres complètes, Quarto, Gallimard, 2009, 29,90 euros.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.