Miettes de pelures d'oignon

Günter Grass ou l'insoutenable ambiguïté de l'être.

En Août 2006, avant la parution de "Pelures d'oignons", Günter Grass se voit au centre d'une polémique sur son passé qui conduira la droite allemande à demander qu'il rende son prix Nobel de littérature reçu en 1999. En cause, la révélation qu'il a faite de son engagement dans les jeunesses hitlériennes en octobre 44. Il a 17 ans. A quatre-vingts ans, il exhume méticuleusement les miettes de ce passé dans "Pelures d'oignon", regarde le moustisque pris dans l'ambre, autoportrait qui livre ses secrets, car:" Il conserve ce qui devrait depuis longtemps être digéré"( Pelures d'oignon, p 61). Les méandres du passé sont pour l'écrivain les strates et les entrelacs, fines couches de l'oignon à peler, mais par les interstices, si les fissures du temps émergent, les questions demeurent. L'écrivain confronte alors, réfracte, bouscule les chronologies et les lieux, les livres et la vie, pour voir émerger le jeune-homme qu'il fut, ou Oscar Matzerath, forme grotesque et grimaçante, avatar hurlant de son époque, tout droit sorti des mains de son sculpteur fou, des suintements du mur qui fait face à l'écrivain dans la chaufferie où il écrit à Paris, ce chef d'oeuvre : "Le Tambour".

Satire grotesque, éclat de rire sardonique et monstrueux lancé à la face d'un monde à la beauté crépusculaire, "Le Tambour", comme "Pelures d'oignon", ne cessent de nous interroger sur le danger des dogmes appliqués à l'histoire ou à l'individu, et ne cessent de revendiquer cet incroyable pouvoir de la création, magma de sédiments, de vides et de fiction, qui par delà la morale, nous laisse entrevoir les bribes de notre humanité.

"Mais pour les tares, le répertoire et le pilori, je m'en charge moi-même" (Pelures d'oignon).

Belle formule d'un homme que rien ne saurait réduire, et qui s'applique à détruire méthodiquement la tentation puérile qui consiste à juger et à punir.

Pelures d'oignon, Seuil, Roman, 2007

Le Tambour, Points, 1997, réed.

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