Sur les traces d'Adamsberg

Jean-Baptiste de la montagne d'Adam. Le type avec lequel j'ai vécu en alternance pendant quatre jours, m'immergeant dans son univers. Difficile de s'abstraire de son magnétisme. Quand il vous tient, il ne vous lâche pas. C'est une addiction.

Fred Vargas, 2009 Fred Vargas, 2009
Jean-Baptiste de la montagne d'Adam. Le type avec lequel j'ai vécu en alternance pendant quatre jours, m'immergeant dans son univers. Difficile de s'abstraire de son magnétisme. Quand il vous tient, il ne vous lâche pas. C'est une addiction. On est ailleurs à faire ce qu'on doit, et on se surprend à penser à Adamsberg, à penser comme Adamsberg. On regarde filer les nuages, et on se dit qu'il doit y avoir une solution à trouver dans leur fuite, un truc à capter qui nous échappe. On se surprend à aller lentement, à remâcher des pensées sans queue ni tête, à regarder les gens, pour les voir. On ne se sent pas coupable, pour une fois, estimant que ça peut être une performance en soi la lenteur, l'inutilité de surface, la présence toute simple. Adamsberg, il nous aide à nous aimer un peu, à supporter notre vacuité. Il nous aide à survivre en domestiquant nos manques. C'est un magicien. Il sent les gens, le monde autour, et le transforme, l'expurge. Adamsberg sent la cruauté qui suinte, mais elle ne l'atteint pas, il ne la reconnaît pas comme étant une part de lui-même. Ce n'est pas le flic dual, le chasseur qui s'identifie à sa proie, se complaît dans la traque car elle lui procure la jouissance perverse du pouvoir, la même qui pousse le criminel à agir. C'est le caillou dans la rivière, celui qui pèse et en ralentit le cours, capte au passage son flux qui le polit et y dépose des strates de savoir intime. Adamsberg, le flic sédimenté, la montagne d'Adam. La montagne en mouvement. Il marche, le nez au vent, pourfendeur de nuage et décode le monde autour, sans y prendre garde, malgré lui. Sa pensée itinérante vagabonde, erre de cadavres en cadavres exquis, écriture automatique, collision des signes et présages qui s'agencent pour tracer l'accès étroit et subtil vers la vérité. Mais après tout, on s'en fout un peu de la vérité, c'est le flic poète et toute sa clique hétéroclite qui nous absorbe. Ses amours avec Camille, insaisissable, la fille du vent, musicienne et plombier, éclat de beauté inaccessible, son amitié pour Danglard, son second, mère poule, poivrot et grand déchiffreur de secrets inutiles, pour Violette aussi, l'inspectrice en forme de rocher, gigantesque machine à recycler les énergies, toute une clique de personnages fantasques à l'humanité rassurante et surdimentionnée.

Avec Fred Vargas, sur les traces d'Adamsberg, c'est en nous que l'on voyage, à la recherche du petit caillou poli, perdu dans l'épaisseur de l'être, entre enfance et rêve, peurs et chimères. Tout l'art de l'auteur, est de s'effacer derrière ses personnages de les laisser divaguer et s'épanouir, jusqu'à prendre, comme Langlois, l'autre flic de Giono, la dimension des étoiles. Des polars métaphysiques?

Fred Vargas, L'homme aux cercles bleus, J'ai lu

L'homme à l'envers, J'ai lu

Pars vite et reviens tard, J'ai lu

Sous les vents de Neptune, Jai lu

Dans les bois éternels , Viviane Hamy

 

 

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