L'OIP est en danger

Alors que le nombre de personnes détenues a atteint en 2019 des records inégalés, l’OIP n’a jamais été aussi peu soutenu par l’État. Tout récemment, plusieurs subventions lui ont encore été retirées. L’association tire la sonnette d’alarme : une mobilisation massive est désormais indispensable pour lui permettre de maintenir ses actions en faveur du respect des droits en prison.

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En cinq ans, l’OIP a perdu 66 % de ses subventions publiques. Les aides de l’État et des collectivités territoriales, qui comptaient en 2014 pour plus de la moitié de nos ressources, n’en représentent plus aujourd’hui qu’un petit quart1 : concrètement, ce sont 282 000 euros de moins en 2019 qu’en 20142. Ces dernières semaines, plusieurs organismes publics partenaires de longue date de l’association ont, à leur tour, décidé de nous retirer leur soutien : le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), qui finançait notamment nos missions d’accès au droit en détention, et le ministère des Outre-mer, qui soutenait nos actions auprès des détenus ultramarins.

Aujourd’hui, les activités de l’OIP sont gravement mises à mal par ces défections successives. Serait-ce qu’elles n’ont plus de raison d’être ? Loin s’en faut… Dans la même période, le nombre de personnes détenues s’est envolé, passant de 67 000 à près de 72 000, un record jamais atteint en temps de paix. Avec, pour résultat, surpopulation, violence, inactivité, perte de sens : un cocktail explosif qui fait sporadiquement l’actualité, avant de retomber dans l’oubli. Près de vingt ans après la publication des rapports d’enquêtes parlementaires qui dénonçaient l’inhumanité des conditions de détention, les prisons françaises restent « une humiliation pour la République ».

Ce désengagement financier, s’il touche l’ensemble du secteur associatif, est aussi – en ce qui concerne l’OIP – le reflet d’un choix, celui de ne pas soutenir une association souvent critique des politiques publiques. Mais c’est, à double titre, faire fausse route. C’est omettre, tout d’abord, que les contre-pouvoirs sont les garants de la bonne santé d’une démocratie, de la richesse de ses débats et de ses avancées. Et que dans un état de droit, il revient aux gouvernants non pas de les fragiliser mais de veiller à leur vitalité.

C’est faire fi, ensuite, de la diversité des actions de l’association. L’OIP, c’est un interlocuteur essentiel pour les dizaines de milliers de personnes, détenus ou proches de détenus, confrontées à une incarcération, et dont l’ensemble des repères sont alors bouleversés : ils reçoivent, auprès de l’association, des renseignements, des conseils, une simple attention… L’OIP c’est aussi un site Internet d’information, un journal trimestriel, des guides, des rapports, une expertise qui font de l’association l’une des principales références en matière d’informations sur la prison : preuve de cette reconnaissance, elle a été citée à plus de 1 300 reprises dans les médias cette dernière année. C’est également une force de proposition respectée et attendue pour les institutions, parlementaires, corps d’inspections ou groupes de travail ministériels qui sollicitent notre analyse lorsqu’ils traitent de questions en lien avec l’univers carcéral. C’est enfin et surtout un garde-fou essentiel contre les abus de pouvoir, dans un monde clos, invisible, où il est tellement aisé de les faire prospérer et de les cacher.

L’ensemble de ces actions est aujourd’hui menacé. Et avec, le peu d’attention portée encore à celles et ceux que la société a exclus non seulement de l’espace public mais aussi de ses règles, de ses préoccupations… et qu’elle ne peut pourtant continuer d’ignorer. Ne serait-ce que parce qu’un jour, ils sortiront.

Face à cette menace, l’OIP appelle à un sursaut politique et citoyen : pour continuer à mener sa mission, une mission unique, indispensable, au service de l’intérêt général, il lui faut impérativement être soutenu.

L'OIP est en danger © Observatoire international des prisons - section française

[1] Six des huit régions qui finançaient l’OIP ont supprimé leurs subventions (Île-de-France, Rhône-Alpes-Auvergne et Hauts-de-France en tête), ainsi que deux départements, l’INPES (devenu Santé publique France) et le Fonds pour le développement de la vie associative (FDVA). Le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) a, de son côté, diminué sa subvention annuelle de 50 000 à 23 000 euros.
[2] Pour 2019, le budget prévisionnel de l’OIP est de 750 000 euros.

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