Les associations oubliées

Dans son adresse à la Nation en réaction au mouvement des gilets jaunes, le président Emmanuel Macron a décrété « l’état d’urgence économique et social ». Un programme pour lequel il ne souhaite visiblement pas s’appuyer sur le monde associatif, tant celui-ci est le grand perdant de son début de quinquennat et des dernières annonces politiques.

Et pourtant, les associations sont « le premier lieu où les indignations et les aspirations individuelles savent se transformer en réalisations collectives » et donc « plus que jamais indispensables pour retisser le lien social et permettre un débat démocratique constructif et apaisé », rappelle un communiqué du Mouvement associatif*.

Alors que les associations ont été rendues exsangues par les coupes brutales de subvention, la disparition des emplois aidés et la fin des réserves parlementaires, le gouvernement a présenté, le 29 novembre dernier, son « plan d’action pour une politique de vie associative ambitieuse ». En fait d’ambition, le plan se limite à des aides pour les petites structures qui souhaiteraient mutualiser leurs ressources, un accroissement des crédits alloués aux services civiques et un encouragement au bénévolat et à la philanthropie. La mesure forte qu’aurait été la restauration de l’impôt sur la fortune a été clairement exclue par le Président. Sa disparition a pourtant entraîné une baisse de 50 % de la collecte des fondations qui touchaient des dons ISF. De manière générale, c’est tout le secteur caritatif qui est actuellement affecté par une baisse des revenus liés à la générosité du public.

Pour répondre à l’urgence sociale, Emmanuel Macron demande « à tous les employeurs qui le peuvent de verser une prime de fin d'année à leurs employés ». Non, monsieur Macron, nous ne pourrons pas verser une prime de fin d’année à nos salariés, menacés que nous sommes de mettre la clé sous la porte. Et quand une association disparaît, elle entraîne dans sa chute les fragiles, les précaires, ceux auprès de qui elle agit au quotidien et dont le Président a dit : « Leur détresse ne date pas d’hier mais nous avions fini lâchement par nous y habituer et au fond, tout se passait comme s’ils étaient oubliés, effacés. » Avec le monde associatif, c’est aussi le monde de la solidarité qui se délite. Une solidarité dont nous avons pourtant cruellement besoin.

Tribune de Cécile Marcel, directrice de l’Observatoire international des prisons-section française

* « Face aux indignations, l'urgence d'une France plus juste et plus solidaire », 7 décembre 2018.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.