Le journal des appels à l'OIP au temps du coronavirus

Chaque jour depuis le début de la crise sanitaire liée à l’épidémie du coronavirus, l’Observatoire des prisons reçoit des dizaines d’appels téléphoniques de détenus ou de leurs proches. Ils nous alertent sur la situation en détention, mais aussi, et surtout, nous font part de leurs angoisses, nourries par un cruel manque d’informations.

Ils racontent les tensions qui montent entre les murs, l’incertitude, leurs questions qui restent sans réponse, les téléphones qui sonnent dans le vide… Nous les conseillons, répondons à leurs questions, les orientons. Si leurs inquiétudes se ressemblent, leurs mots, venus de toute la France, illustrent les situations spécifiques à chaque établissement, à chaque juridiction. Ils évoluent quotidiennement, suivant les annonces nationales et les nouvelles dispositions prises : suspension des parloirs, mise en place d’un crédit téléphonique, etc. Nous avons décidé d’en rendre compte dans un journal, que nous publierons ici chaque semaine.

NB : Nous reproduisons ici une sélection des appels reçus. Il ne s'agit pas d'un compte-rendu exhaustif.

Pour plus de détails sur la situation nationale et les différentes annonces, voir notre page dédiée.

27 mars 2020

Appel de Monsieur G. incarcéré à Châteaudun (cf. 24 mars) : « Je voudrais remercier l'OIP d’avoir contacté mon avocat : grâce à vous, depuis ce matin, j’ai l'autorisation de l'appeler. Vous savez, on vit un calvaire en ce moment. Nos familles c'est tout ce que l'on a à l'intérieur, c'est ce qui nous fait tenir. Et dans cette situation, sans les parloirs, c'est très difficile. Merci à l'OIP du fond du cœur pour tout ce que vous faites pour les détenus. »

Appel de la compagne de Monsieur K., détenu à Muret (cf. 25 mars) : « Je suis très inquiète, mon compagnon m'a appelée hier pour me dire que son meilleur ami en détention avait été contrôlé positif au corona hier et placé en isolement. Ils sont en régime portes ouvertes, ils se côtoient tous les jours ! Si mon copain attrape le virus, il pourrait en mourir, à cause de sa maladie respiratoire. Mais on a refusé de lui faire un test. »

Appel de la compagne de Monsieur G., détenu à Avignon : « Mon conjoint est asthmatique. Un soir, en septembre dernier, il a eu une crise aiguë, il a appelé les gardiens par l'interphone, qui n’ont jamais voulu venir. Il a fini par appeler les pompiers avec un portable, qui lui ont répondu qu'ils ne pouvaient pas intervenir. Pour tout ça, il a pris quelques jours de mitard. C’était très dur pour lui, cette nuit-là il s’est vu mourir. Et il y a cinq jours, il a fait une nouvelle crise d'asthme, parce qu’il très stressé par la situation actuelle. En fait, il aurait besoin d'une assistance respiratoire qu'il n'arrive pas à obtenir, la ventoline ne suffit pas. Il souhaiterait porter plainte pour non-assistance en personne danger. Comment faire ? »

Appel de Monsieur B., incarcéré à Meaux : « J’ai été transféré ici il y a deux mois. Je n’ai plus aucune nouvelle de ma famille depuis la suspension des parloirs : mes deux filles de 14 et 16 ans, ma sœur, mon frère et mon père avaient tous un permis de visite, mais on n’a pas pu déposer de demande d'autorisation de s'appeler. » Nous avons pu joindre sa sœur : si Monsieur B. nous rappelle, nous pourrons le rassurer, toute sa famille va bien. Et la CPIP va essayer de leur obtenir une autorisation de téléphoner.

Appel de la femme de Monsieur P., incarcéré à Varennes-le-Grand : « Sa fin de peine est dans deux ans, mais il a fait les deux tiers de sa peine, et avec les RPS, sa fin de peine est aménageable. Il est passé en commission, il a un très bon dossier soutenu par CPIP : suivi psy, formation, comportement irréprochable, promesse d'embauche pour le début avril. Ça s’est bien passé, il devait être placé sous surveillance électronique, mais tout est reporté à dans deux mois car en Côte d'Or, il n’y pas de personnel disponible pour venir installer le boîtier. Je trouve ça inadmissible, d'autant plus dans le contexte actuel ! Ils auraient pu lui accorder un autre type d'aménagement. En plus, dedans, tout le monde a peur : les surveillants ne portent ni masque ni gants et ne respectent pas les distances. Et la communication est impossible, aucun téléphone ne fonctionne : ni cabine, ni en cellule, ni en promenade. »

Appel de la sœur de Monsieur C., détenu à Villepinte : « On est tous très inquiets, et dépassés. On a l'impression que l'on nous cache plein de choses. J’ai vu sur les réseaux sociaux qu’il y aurait des cas à Villepinte. On fait rentrer de nouveaux prisonniers, est-ce que c'est vraiment raisonnable ? Regardez ce qu'il s'est passé en Italie. On attend que ce soit l'hécatombe ?! » Juste après, appel de son frère, Monsieur C. : « Les conditions de détention sont très difficiles ici, et on est inquiets car personne ne porte de gants ni de masque. Les surveillants sont sous tension, et il y a de nouveaux détenus qui arrivent encore. On n’a plus de parloirs, et beaucoup de détenus n'osent plus aller en promenade. »

Appel de Madame C., détenue. Elle est en pleurs : « Ici on n’a pas de masques, on n’a pas de gants. Et on est palpées deux fois par jour. Je n’en peux plus, je suis à bout. Ils fouillent ma cellule toutes les semaines, c’est légal ça ? Je n’en peux plus, je suis ici pour conduite sans permis en récidive, j’ai pris 22 mois, il m’en reste six à faire. Est-ce que j’ai une avocate ? Oui, mais elle vient d’accoucher, elle est congé. [Les pleurs redoublent.] De toute manière, quand j’étais en semi-liberté ça s’est tellement mal passé que la juge ne voudra jamais aménager ma peine. Je suis à bout, j’ai perdu 10kg, le médecin m’a mis sous antidépresseurs. Ici il n’y a plus rien, plus d’activités, on voit plus le CPIP, plus de SMPR [service médico-psychologique régional], je peux plus parler à personne, je vais craquer. J’ai tout dehors : un travail, un appartement, une date pour passer le permis, j’ai tout bien fait, mais la juge ne me laissera jamais sortir. »

Appel de Monsieur R., incarcéré à Villeneuve-lès-Maguelone : « Ici ça a l’air d’aller, avec beaucoup de suspicions. Dès que quelqu’un change d’étage, on dit qu’il est malade : tout est matière à ragots. Mais on ne nous dit rien. Depuis deux jours, les surveillants viennent tous en col roulé, qu'ils relèvent quand ils nous approchent pour se protéger. Et depuis deux jours, l’ambiance a changé, c’est très étrange : on nous dirait qu’il y a eu un cas de diagnostiqué il y a deux jours qu’on le croirait sans peine. » [Un détenu de cet établissement a été testé positif le 20 mars.]

Appel de Monsieur H., incarcéré à Maubeuge : « J’ai de sévères problèmes de santé. J’ai un certificat du médecin qui dit clairement que mon état de santé est incompatible avec la détention, et qui précise aussi que je suis particulièrement vulnérable au Covid19. J’ai déposé une demande de mise en liberté mais la juge des libertés et de la détention a répondu que la prison n’était pas touchée par le coronavirus, donc que c’était moins risqué d’être en prison que d’être à l’extérieur actuellement. J’étais alité toute la semaine, je pouvais même pas me lever pour aller aux toilettes, il fallait me porter, je ne pouvais plus marcher… »

Appel de la compagne de Monsieur T., incarcéré à Valenciennes : « Mon copain m’a envoyé un courrier, il y aurait des détenus et des surveillants contaminés. Que faut-il faire pour qu’il sorte ? Il lui reste un an à faire. En plus, il a des problèmes de santé. »

Appel de Monsieur M., détenu à Toul : « Depuis l'installation des téléphones en cellule il y a un mois, ils ne fonctionnent pas. Du coup on appelle depuis la coursive, mais il y a la queue et beaucoup de bruit. Il faut débrancher et rebrancher le téléphone de la cellule pour espérer avoir une tonalité, et en général ça ne fonctionne pas. »

Appel quotidien de la mère d’un jeune homme détenu à Meaux : « Est-ce que vous savez quand les surveillants vont avoir des masques ? Parce que son fils a très peur de leur parler. En plus, il ne sort plus de sa cellule et se tient toujours éloigné de ses codétenus, dont un est auxi et sort de la cellule tous les jours. »

26 mars 2020

Appel de la fille de Monsieur M., détenu à Avignon : « Mon père a 62 ans. Il est diabétique, il fait de l’hypertension, et il a déjà fait deux AVC. Je voudrais écrire à quelqu’un, au préfet, à la première dame, n’importe qui, pour demander une grâce. À qui dois-je m’adresser ? »

Appel de la mère de Monsieur R., incarcéré à Moulins : « Madame Belloubet est très fière de donner des crédits téléphoniques aux détenus, mais à Moulins, le téléphone ne fonctionne pas. On a pourtant les téléphones en cellules, ils ont été installés il y a quinze jours. Ici, il y a beaucoup de détenus âgés, isolés, ils sont très souvent oubliés de la société. Mon fils me disait aussi qu’ils n’avaient pas d’eau chaude en ce moment. Il essaye de rester propre, mais c’est difficile… Le service médical est presque injoignable, et le suivi est encore plus mauvais que d’habitude. Belloubet, elle est aussi très fière de présenter ses aménagements de peine, mais comment faire alors que les CPIP sont absents et injoignables ? »

Appel de la compagne de Monsieur B., incarcéré à Rennes : « J’ai trouvé votre numéro sur internet, je ne sais plus qui appeler. Le jugement a été rendu mardi dernier, le 17 mars : mon mari devait être placé sous surveillance électronique. Mais rien n’a été fait. Et je n’ai plus de nouvelles depuis une semaine, il n’appelle plus. J’ai peur qu’il foute tout en l’air, même si ce n’est pas son tempérament. »

Appel quotidien de la mère d’un détenu de Meaux-Chauconin : « J’appelle pour avoir l’état du coronavirus dans les prisons françaises. À Meaux, est-ce qu’il y a quelque chose ? J’ai peur pour mon fils. Est-ce qu’il y aura assez de place pour placer à l’isolement les gens malades ? Est-ce que les gardiens seront systématiquement testés ? C’est eux, la porte d’entrée du virus en détention. J’ai tellement peur. Mon fils aussi est très angoissé. Ils sont trois dans sa cellule. En plus ils sont mal nourris, ils sont très faibles là-dedans, ils ne sont pas aussi résistants qu’à l’extérieur. »

Appel de la compagne de Monsieur D., incarcéré à la maison d’arrêt d’Agen : « Apparemment, il y a un cas de Covid19. C’est une femme dont le compagnon est à Agen qui me l’a dit. Les surveillants n’ont pas de protection, pas de masque, pas de gants, et ils viennent de l’extérieur… Et les 5 000 détenus qui vont être libérés, ça concerne qui ? Toute la France ? Mon compagnon il lui reste douze mois, est-ce qu’il est concerné ? Je suis enfermée avec mes trois enfants, je suis sous antidépresseurs, je n’ai pas de famille. »

Appel de la compagne d’un détenu de Bayonne : « Mon copain, il lui reste moins de deux mois à faire, est-ce qu’il pourra être libéré ? Sous quelles conditions ? Est-ce que c’est automatique ? A qui faut-il s’adresser ? »

Appel de la femme de Monsieur C., en détention provisoire à Fleury-Mérogis : « Je m’inquiète beaucoup, je n’ai plus de nouvelles de mon mari depuis que je ne peux plus aller aux parloirs. J’appelle les CPIP, ils ne répondent pas. Comme je venais le voir toutes les semaines, il n’a jamais demandé à inscrire mon numéro dans les numéros autorisés. Et puis même s’il pouvait téléphoner, je ne voudrais pas qu’il le fasse, les cabines sont bourrées de microbes ! Il est diabétique, est-ce qu’il est prioritaire pour les libérations ? Il devait être jugé lundi, mais ça a été reporté, au plus tôt en octobre. Vous imaginez son état mental ? On a peur pour lui, il a une santé très fragile. Il ne donne pas de nouvelles, on est tous super inquiets. »

Appel de la compagne de Monsieur E., incarcéré à Uzerche : « Ce n’est pas normal, ce qu’il se passe depuis la mutinerie ! Seulement deux bâtiment sur quatre sont fonctionnels, donc ils sont tous entassés dans deux bâtiments. Mon compagnon, depuis dimanche soir il est tout seul dans une cellule vide, il n’y a pas de matelas, juste une barre de fer accrochée au mur. On lui dépose la gamelle au sol. Pas de télé, il n’a plus ses affaires, plus rien. Pendant trois jours, il n’a pas eu de vêtements de rechange ni de douche. Hier, en fin d’après-midi, ils lui ont apporté un matelas et quelques affaires, mais pas de couverture. À Uzerche, il n’y a rien, que du froid, du brouillard… »

Appel de la compagne de Monsieur L., incarcéré au Havre : « Je vous appelle pour avoir des renseignements sur les aménagements de peine et les RPS. Les remises de peine, est-ce que ça concerne tout le monde, même ceux qui sont condamnés pour crime ? Est-ce que c’est automatique ? C’est-à-dire que cette année, il aurait le droit à cinq mois ? »

Appel de la femme de Monsieur K., incarcéré à Varces : « Mon mari a un cancer. Il est en prison depuis quatre mois, il a encore un an à faire. Mon permis de visite a été refusé, et il n’a pas vu ses enfants depuis son incarcération. Son état s’est dégradé, depuis deux mois il est sous morphine. Il devait faire des examens qui ont été repoussés à cause du Covid. Il avait fait une demande d’aménagement de peine en janvier, un médecin devait venir constater si son état était compatible avec la détention ou pas. Maintenant, à cause du confinement, j’ai peur qu’il ne vienne pas, ou qu’il vienne trop tard… »

Message laissé sur le répondeur par la compagne d’un détenu : « Bonjour, je vous contacte, car je suis femme de détenu et j’aurais voulu plus de renseignements sur l’accès aux soins en prison. En plus, mon mari devait bénéficier d’une conditionnelle en avril, mais il n’y a toujours pas eu d’enquête. Comment faire ? Sa CPIP m’a dit qu’il n’était pas dans la liste des personnes qui allaient sortir dans les prochains jours, je ne sais plus quoi faire. »

Appel de Mme O., dont le compagnon est incarcéré à Réau : « On vient d’informer mon compagnon que les cantines ne seraient pas livrées la semaine prochaine, car il n’y a plus de camion de livraison. C’est le chef de bâtiment qui lui a dit. C’est quoi ça ? Qu’est-ce qu’on attend pour agir ? »

Message laissé sur le répondeur par un détenu : « Bonjour, je suis malade, diabétique de type 2, je fais de l’hypertension. Les surveillants aussi font de l’hypertension en ce moment. Je suis malade, je ne me sens pas bien, ce matin j’ai vomi du sang. Comment faire pour sortir d’ici ? »

Appel de Monsieur G., incarcéré à Villeneuve-lès-Maguelone : « Je dois envoyer un recommandé au juge des enfants, c’est très urgent car il va statuer prochainement et décider si mes enfants peuvent venir me rendre visite ou non. Mais le vaguemestre m’a dit qu’on ne pouvait plus envoyer de recommandé car la poste est fermée à cause de l’épidémie. Alors j’ai mis mon courrier dans la boîte aux lettres du CPIP pour qu’il l’envoie par fax au juge, mais je ne sais pas s’il l’a reçu, s’il va le faire… Je suis très angoissé. »

Message laissé sur le répondeur par la mère d’un détenu de Réau : « Bonjour, je n’ai aucune nouvelle de mon fils. Avez-vous des infos sur Réau, est-ce qu’il y a des cas de coronavirus ? »

25 mars 2020

Appel de Monsieur L., détenu à Aiton : « Je n’ai plus qu’un an à faire, et dehors j’ai un logement et un travail en CDI. J’ai fait une demande d’aménagement de peine début février, j’attends. Je suis diabétique et je fais de l’hypertension, et mon suivi psy a été suspendu à cause du Covid. Le téléphone a été installé dans nos cellules il y a quelques mois, mais le réseau téléphonique est surchargé. Ce matin, la direction est passée pour dire qu’il y a le premier cas de corona confirmé dans l’établissement, mais bon je suis sûr qu’il y en a beaucoup d’autres. Le confinement n’est pas du tout respecté ici. Les douches sont communes, et il n’y a aucune désinfection. Ils envoient trois ou quatre personnes à la fois. L’hygiène, ça me fout une trouille phénoménale pendant le coronavirus... Il n’y a même pas de film plastique sur la viande, les plats sont encore servis dans des gamelles ouvertes en inox. Et la gamelle, elle passe de main en main, on ne sait pas qui l’a touchée. Moi, ça fait trois jours que je ne l’ai pas mangée. Je pense que ça va très mal finir cette histoire : ça va être infernal six semaines de confinement. Détenu c’est le pire de tout, on n’a accès à rien. »

Appel de Monsieur K., détenu à Arles : « Moi, j’ai appris la semaine dernière pour l’épidémie du Covid. Ça ne me change rien, puisque je reste toujours dans ma cellule. En portant les papiers de cantine à la boîte aux lettres, j’ai vu le papier affiché sur la porte avec marqué Covid-19 dessus, mais même pas le mot virus ! J’ai demandé au surveillant, il m’a dit : “Comment, tu n’es pas au courant ?!” Mais l’affichage est sur une porte, alors que les gens ne peuvent pas sortir… Le système de messagerie téléphonique ne fonctionne pas encore bien, et le courrier ne part qu’une fois par semaine. »

Appel de la compagne de Monsieur B., placé en détention provisoire il y a deux semaines : « Depuis son incarcération, je n’ai pas de nouvelles, je suis très inquiète à cause du Covid et de son état de santé : il a une fracture du talon et est sous anti-coagulants. Et la maison d’arrêt où il est incarcéré est insalubre et surpeuplée. J’ai appelé le SPIP pour avoir des nouvelles et savoir où en était la demande d’autorisation pour les appels, on m’a répondu : “Ne vous inquiétez pas, il faut être patiente…” »

Appel de la sœur de Monsieur E., en détention provisoire à Nîmes depuis quatre mois. Elle a des sanglots dans la voix : « Nous n’avons plus de nouvelles depuis le confinement. Je ne dors plus, je ne mange plus… Il a 24 ans, il est incarcéré pour pas grand-chose, et il va avoir une petite fille au mois d’avril. Son avocat s’est vu refuser sa demande de parloir. Ce n’est pas facile du tout. » Elle pleure.

Appel de la compagne de Monsieur P., détenu à Meaux : « Il a fait une demande d’aménagement il y a six mois, il devait passer en commission début avril, mais ça a été repoussé, nous n’avons pas de date. Sa sortie définitive est prévue pour mi-août mais il a un très bon dossier, et il est soutenu par le SPIP. Son avocat essaye de joindre l’établissement mais personne ne répond. Nous avons trois enfants, je ne vais pas pouvoir continuer comme ça. À qui s’adresser si personne n’est joignable ? »

Appel de la fille de Madame S., en détention provisoire à Lille-Sequedin : « J’allais la voir au parloir trois fois par semaine. J’ai fait deux demandes d’autorisation de téléphone, mais toutes deux ont été refusées. Parce que “le magistrat n’a pas l’habitude d’autoriser les appels avant que toutes les auditions aient eu lieu”… Du coup je m’inquiète, je n’ai plus aucune nouvelle depuis la suspension des parloirs. Et impossible de joindre le SPIP. »

Appel de la sœur de Monsieur F., détenu à Osny depuis six mois : « Depuis la suspension des parloirs, nous n’avons plus de nouvelles. Ma mère avait une autorisation de visite, on a demandé deux fois à ce que nos numéros de téléphone soient enregistrés mais ça a été refusé. Et notre troisième demande est restée sans réponse. Notre avocat a essayé d’appeler le tribunal pour en savoir plus, mais personne ne répond. »

Appel de la compagne de Monsieur G., détenu à Metz-Queuleu : « Il devrait sortir dans deux semaines. Il y a une semaine, son avocat a déposé une demande de remise en liberté immédiate, avec un dossier complet, comportement irréprochable. Mais nous sommes sans nouvelle du juge d’application des peines. Je n’ai plus de nouvelles directes de mon compagnon depuis la suspension des parloirs. Il est très difficile de s’appeler : il y a seulement un téléphone par coursive, et cinq coursives, en tout, pour environ 400 détenus. En plus, il travaille en cuisine, donc il n’a pas le temps de téléphoner. On a très peur pour eux, avec les surveillants qui entrent, qui sortent… Il est si proche de sa libération, je ne comprends pas qu’il ne soit pas déjà libéré ! Chaque heure, chaque jour est un combat pour nous. On a la peur au ventre. »

Appel de la compagne de Monsieur K., détenu à Muret : « Mon mari est libérable dans quatre mois et demi, mais il a des problèmes respiratoires. Il a peur, car s’il venait à contracter le virus ce pourrait être très grave… Hier, il m’a dit au téléphone qu’une demande de libération avait été déposée récemment. »

Appel de la compagne de Monsieur T., détenu à Toulouse-Seysses pour une courte peine : « Sa fin de peine est prévue pour septembre, mais elle est aménageable à partir d’avril. Son avocat a déposé une demande, avant l’histoire du Covid, mais il n’a toujours pas de nouvelles… »

Appel de Monsieur G., en détention provisoire, gravement handicapé à la suite de multiples blessures par balles (il lui manque un poumon, il a une poche pour ses besoins). Le médecin de l’unité sanitaire a fait un courrier au procureur expliquant qu’il est un cas à risque du fait de son état de santé, son avocat va déposer une demande de remise en liberté.

24 mars 2020

Appel quotidien de la mère d’un détenu de Meaux-Chauconin, rencontrée lors du dernier GAP (groupe action parloirs) à Meaux, et qui avait été la première à nous questionner et nous faire part de ses inquiétudes face au covid-19. « Mon fils est en cellule avec deux codétenus. Il ne sort plus en promenade depuis le début de l’épidémie, terrorisé par les risques de contamination. Il est d’autant plus inquiet que l’un de ses codétenus est auxi et sort tous les jours de la cellule, il croise du monde, détenus comme surveillants… »

Appel d’une amie d’un détenu de Fleury-Mérogis atteint du VIH : « Je suis très inquiète, il est très vulnérable. Il ne sort pas, sur les conseils de son avocat, c’est trop risqué pour lui, mais du coup il ne peut pas téléphoner depuis les cabines. Les cinq premiers jours il sortait, mais aucun bilan sanguin pour examen de sa charge virale n’a été fait, sachant qu’il a eu des contacts extérieurs et qu’il est particulièrement vulnérable. Il a fait une demande pour voir un médecin pour un bilan mais n’a aucune nouvelles. Il a fait une demande de mise en liberté mais n’a aucune nouvelles non plus. »

Appel d’un détenu de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone qui nous alerte des problèmes de téléphone dus à la surcharge. La conversation est hachée : « Trop de détenus appellent en même temps, le son coupe, la tonalité est difficile à avoir. Et puis j’avais fait une demande de libération mais ma CPIP est confinée, je n’ai pas de nouvelles : elle m’a dit qu’elle se chargerait de ma demande “une fois rentrée”… Et dedans c’est très tendu entre les surveillants et les détenus, tout le monde craint une révolte. »

Appel d’une mère dont le fils est détenu à Bois d’Arcy : « Comme je ne peux plus lui apporter son linge, je lui ai mis 50€ en plus sur son compte pour qu’il puisse cantiner de la lessive. Mais ils ont prélevé 15€ sans explication et ses bons de cantines ont tous été annulés ! »

Appel de la femme d’un détenu d’Uzerche : « Il y a eu une mutinerie, des détenus ont endommagés des locaux, dont des locaux essentiels. Ils ont été transférés, mais ceux qui n’avaient pas pris part à la mutinerie sont restés sur place… Sauf qu’à cause des dégâts et du climat de tension, l’établissement a supprimé les cantines, la TV et le téléphone ! Je voudrais faire transférer mon mari mais les demandes sont gelées à cause du virus. Est-ce qu’on pourrait au moins s’assurer que les droits essentiels des détenus restés à Uzerche soient respectés ? »

Appel de la conjointe d’un détenu de La Santé : « Je voudrais savoir quelles sont les mesures prises en prison par rapport au covid, et ce qu’il en est des politiques de libération annoncées par la ministre. »

Appel de la conjointe d’un détenu : « En centre de semi-liberté, les sorties se font normalement, donc il y a des aller-retours : ils risquent de ramener le virus dans le centre de détention. Mon conjoint, lui, il refuse de sortir, mais la moitié des détenus sortent comme prévu… En plus sur l’autorisation de déplacement il n’est pas possible de justifier qu’un détenu en semi-liberté rend visite à sa famille, donc en fait ils risquent une amende s’ils continuent d’exercer leur semi-liberté normalement ! Et puis on a eu des informations contradictoires concernant le maintien des commissions pour les demandes de suspension de peine : le SPIP nous dit qu’elles sont maintenues malgré le covid, et les surveillants lui disent que c’est annulé… »

Appel du conjoint d’un détenu de Bois d’Arcy : « Je suis inquiet, les surveillants n’ont ni masques ni gants pour éviter la propagation du virus alors qu’ils font des aller-retours dans et à l’extérieur de la prison. Par ailleurs, les bons de cantines ont été annulés : l’établissement parle d’une rupture de stocks… Et nous, à l’extérieur, on ne peut rien leur livrer. Le SPIP avait parlé de mettre en place des machines à laver pour que les détenus lavent leur linge, mais ça n’est pas encore le cas. »

Appel de la conjointe de Monsieur B., qui était incarcéré à Fresnes : âgé de 80 ans, il a été libéré jeudi dernier sous contrôle judiciaire suite à la mise en place du protocole COVID.

Appel de la conjointe d’un détenu de Béziers : « La prison, c’est un véritable nid à microbes dans lequel on enferme les détenus ! Il n’y a aucune précaution, ni gants ni de masques, c’est dangereux pour les surveillants et pour les détenus. Les cantines sont bloquées, les détenus n’ont accès qu’à l’eau, les pâtes, le riz et le coca. La direction et le SPIP sont injoignables et même les surveillants n’ont plus accès aux étages de la direction… »

Appel d’un détenu du Havre, qui s’inquiète de ne pas voir les surveillants équipés de gants et de masques et voulait des renseignements sur le régime de libération applicable aux personnes placées en détention préventive dans le contexte covid.

Appel de Monsieur G. détenu à Châteaudun : « Je suis sous traitement et suivi à l’UHSA [unité hospitalière spécialement aménagée] pour tentatives de suicide et schizophrénie. Je ne supporte plus la détention… J’avais une audience prévue pour un aménagement de peine mais elle a été annulée à cause du virus. Je vois un psy une fois par semaine, ça ne suffit pas, je craque… »

« Mon fils est détenu à Corbas. Aucune mesure barrière n’est respectée. Les gardiens n’ont pas de gants, pas de masques, les détenus sont plus de 80 en promenade, collés-serrés… C’est grave, on s’inquiète pour nos proches. Mon fils m’a dit qu’en rentrant de promenade, le gardien le collait épaule contre épaule. Il lui a dit de laisser un mètre de distance, ça n’a servi à rien. »

23 mars 2020

Message sur le répondeur laissé lundi 23 vers 8 heures : « Je suis à Uzerche, il faut faire quelque chose. Après la mutinerie hier on est tous bloqués en cellule, on n’a pas eu de repas hier soir, on n’a pas pu aller à la douche, et ce matin toujours pas de distribution de nourriture. »

Appel de la compagne d’un détenu de Châteauroux : « Mon conjoint doit sortir dans un an et deux mois. Je m’inquiète pour lui à cause du covid-19, je voudrais savoir si une libération anticipée est envisageable. J’ai appelé le SPIP pour savoir à combien de remises de peine il peut prétendre au total et pour connaître les mesures de précaution mises en place pour les détenus, mais on m’a envoyée balader. Mon conjoint me raconte que les surveillants rigolent de la situation des détenus et font des blagues pas drôles du tout, du genre : “Vous allez chopper le coronavirus à cause de nous, ah ah ah !” »

Appel d’un détenu de la maison d’arrêt de Dijon : « Je suis en maison d’arrêt, avec les remises de peine je dois sortir dans trois mois. Est-ce que je pourrais être libéré plus tôt par rapport au covid ? »

Appel de la mère d’un détenu de Meaux : « Mon fils est en détention provisoire depuis plus d’un an. Je suis très inquiète de la situation en général pour les prisonniers, et pour mon fils en particulier. Je ne comprends pas qu’aucune mesure ne soit prise pour libérer certains détenus. Mon fils est en cellule avec deux autres gars, deux d’entre eux dorment sur un matelas au sol. Il a déjà vu le juge d’instruction une fois pour demander une libération provisoire, il devait le revoir la semaine prochaine mais le rendez-vous a été annulé. Heureusement j’ai mon fils une fois par jour au téléphone. »

Appel de Monsieur G. : son frère est à Fleury-Mérogis, en détention provisoire depuis dix mois. Il est très inquiet, son frère est asthmatique, tous les tests pour le covid ont été refusés, la promenade l’inquiète. Il est aussi inquiet pour sa belle-sœur, ils ont deux enfants en bas âge et elle a de sérieux problèmes de santé, mais elle ne peut pas se rendre à l’hôpital. Leur avocat a déposé une demande de mise en liberté qui a été refusée la semaine dernière – il a fait appel.

Appel de Monsieur. D., détenu dans à Villenauxe : « Cinq détenus sont soupçonnés d’avoir été contaminés. Ils ont été placés au quartier arrivants par des surveillants qui portaient des masques et des gants mais ça m’inquiète, car ils travaillent aussi en détention normale. Moi je suis seul en cellule et je suis auxi-cantinier, sans aucune protection. »

Appel de Monsieur X., 65 ans, détenu à Bois d’Arcy. « J’ai fait quatorze fois le tour de la terre, mais je n’avais jamais vu des conditions de vie telles que celles-ci ! Il n’y a plus de gardien d’étage depuis des mois, plus d’eau chaude dans les cellules depuis un moment. Des rats, des pigeons, des mouettes, c’est infernal. Les jeunes engrangent une haine terrible. C’est une fabrique à bombe humaine. » Juste après, un appel de la sœur de Monsieur X. elle était inquiète car n’avait pas de ses nouvelles depuis quelques jours.

Appel de Monsieur A., incarcéré dans à Lille-Sequedin, qui veut dénoncer l’insalubrité de l’établissement : « Depuis avril, je suis dans une cellule crasseuse, avec dix centimètres d’eau stagnante dans la douche. Je l’ai signalé plusieurs fois, et finalement on m’a changé de cellule ce matin mais : c’est toujours aussi crade, les toilettes sont immondes et le matelas sent l’urine. »

Appel de Mme B., compagne d’un homme incarcéré dans le sud de la France et qui a encore plus de dix ans à faire. Elle s’inquiète du sort des longues peines pendant cette crise sanitaire. Selon son compagnon, aucune mesure sanitaire n’est prise, les douches sont collectives, etc. Son avocat a déposé une demande de confinement sanitaire à domicile, ils attendent de voir ce que ça va donner.

Appel de la compagne de Monsieur H., détenu dans le sud de la France. Il y aurait eu des cas de coronavirus au quartier arrivants. Il ne peut plus aller à l’infirmerie à cause de ça car il a une très mauvaise santé. Il n’a presque plus de soins, alors qu’il est diabétique. L’unité sanitaire est au courant de son état de santé et essaye de faire au mieux. De son côté, l’avocat a écrit trois fois au juge en une semaine pour demander une libération pour raisons médicales en urgence en expliquant l’état de santé de Monsieur H. et l’arrêt des soins, mais il n’a reçu aucune réponse.

Appel de la femme de Monsieur S., qui est dans un centre de détention du centre de la France. Il est auxi-cantine, mais il est pas du tout équipé pour faire face au coronavirus : ni masque, ni gants. Il se demande s’il peut refuser de distribuer les repas sans risquer de perdre son emploi. Selon lui, l’ambiance dans le centre de détention est très tendue, certains surveillants refuseraient d’amener les détenus aux cabines, les cantines fonctionnent mal et ils manquent de tabac.

20 mars 2020

Appel de la mère d’un détenu de Bois d’Arcy : « Mon fils de 20 ans est en cellule à trois. Avec le covid, est-ce qu’ils vont libérer des détenus ? Mon fils n’a plus que trois mois à faire. Ses deux précédentes demandes d’aménagement de peine ont été refusées, mais son avocate va retenter le coup. »

Appel de la mère d’un détenu des Baumettes, qui a une pathologie cardiopulmonaire, elle s’inquiète pour le covid-19.

Appel de la mère d’un détenu de Villepinte : « Il va avoir 18 ans demain. Est-ce qu’il va être balancé du jour au lendemain du quartier mineurs chez les majeurs, dans un quartier surpeuplé ? »

Appel de l’amie d’un détenu de Fleury, inquiète par rapport au covid car son ami est séropositif.

Appel du père d’un détenu d’Amiens, son fils est incarcéré pour une courte peine. Il s’inquiète du covid car ils sont trois en cellule. « Est-ce que le fait qu’un de ses codétenus fume du shit ne présente pas un risque supplémentaire pour la propagation du virus ? »

Appel de Mme L., femme de détenu, qui déplore que personne ne dise rien sur les longues peines : « Mon mari étant asthmatique, l’avocat va quand même tenter une demande d’aménagement de peine. »

Message de Monsieur F., en semi-liberté dans les Hauts-de-France (cf. 19 mars) : ils sont toujours tous confinés au CSL, et on lui a refusé de sortir pour faire les courses pour sa mère malade qui garde sa fille.

Appel de la femme d’un détenu d’Angers : « Je voudrais bien qu’il sorte, il ne lui reste que quatorze jours à faire ! J’ai essayé de nombreuses fois de joindre le CPIP et la prison, personne ne répond. J’ai finalement eu l’antenne extérieure du SPIP, ils m’ont dit qu’eux ne pouvaient rien faire, et que “de toute façon en quatorze jours ils n’auraient pas le temps d’aménager la peine”. »

Appel d’un détenu de Villeneuve-lès-Maguelone : « Les cabines téléphoniques sont toutes dégradées, et il y a de gros problèmes de distribution du courrier aux détenus. »

19 mars 2020

Appel de Madame B. dont le fils est détenu à Bois d’Arcy, elle est très énervée par la suppression des parloirs : « Quatre nouveaux détenus ont incarcérés, ils ont été placés à l’isolement, ils ont peut-être le covid... Cette prison est vraiment vétuste, il n’y a aucune hygiène, des rats dans les cours de promenade, et on ne peut même plus apporter de linge ! »

Appel de la compagne d’un détenu de Salon-de-Provence : « On attend la décision du juge pour un placement sous surveillance électronique, annoncée pour le 25 mars. Est-ce que ça va être maintenu ? J’essaie d’avoir le CPIP, mais ça ne répond pas. »

Appel de la sœur d’un détenu diabétique de type 1, inquiète par rapport au covid.

Appel de la mère d’un détenu de Seysses : « Mon fils devait sortir demain matin en PSE [bracelet électronique] mais le greffe l’a prévenu que la mesure est reportée au 30 mars. Comme il pensait sortir demain, il n’a plus d’argent, son compte nominatif a été clôturé, et il a donné l’essentiel de ses affaires à des codétenus. J’ai contacté le greffe du service d’application des peines qui m’a expliqué que la mesure de report avait été décidée pour protéger la santé des poseurs de bracelet… J’ai aussi contacté la CPIP, elle m’a dit de ne pas m’inquiéter, que l’administration pénitentiaire lui donnait à manger et lui trouverait quelques vêtements… »

Appel de Monsieur D., détenu à la maison d’arrêt de La Santé : « J’ai entendu que les hôpitaux manquaient de sang, je voudrais donner le mien. Comment faire ? »

Appel de la fille d’un homme en détention provisoire au Pontet depuis trois semaines, inquiète : « Mon père a des problèmes cardiaques, il a un stent. » Elle n’a pas encore de permis de visite, et le juge n’a toujours pas signé l’autorisation de téléphoner, elle n’a donc aucun contact direct avec son père.

Appel d’une femme d’un détenu de Perpignan : « Les parloirs sont supprimés, et mon mari n’a pas demandé d’accès au téléphone parce qu’on n’a pas les moyens. Du coup, tant qu’il n’écrit pas, je n’ai aucune nouvelles… J’ai essayé de joindre le SPIP, mais ça ne répond pas. »

Appel de la compagne d’un détenu de Fresnes : « Il doit passer mardi en commission d’application des peines. Il est asthmatique sévère, et la date de sa fin de peine est encore dans un an et demi. Est-ce que la commission va être maintenue ? Impossible de joindre le CPIP et le service d’application des peines… »

Appel de Monsieur F., en semi-liberté dans les Hauts-de-France : « On a interdiction de sortir. Ma mère est gravement malade, elle ne peut pas sortir de chez elle, et c’est elle qui garde ma fille tant que je suis ici. J’ai demandé à pouvoir sortir juste pour leur faire des courses pour manger car elles n’ont personne d’autre, et aucune aide, mais la CPIP refuse. »

Appel de Monsieur G., détenu à Saint-Quentin-Fallavier : « Compte tenu de l’épidémie du corona, est-ce que les petites peines vont être libérées ? Et les mandats de dépôt ? »

18 mars 2020

La compagne d’une personne détenue à Châteauroux, asthmatique sévère, a entrepris des démarches pour faire sortir son mari. Le médecin a fait un certificat médical établissant les risques par rapport au Covid, qu’elle a transmis à l’avocat et au juge de l’application des peines (JAP). « Mais le TJ est fermé, le JAP absent et toutes les audiences annulées. Le SPIP lui-même ne sait pas ce qu’il va se passer. »

Appel d’un homme dont le frère est détenu à Privas, vieille prison insalubre : « Les détenus ont demandé à avoir accès aux douches tous les jours parce qu’ils n’ont qu’un lavabo avec eau froide en cellule, mais la direction a refusé. » Les familles de détenus vont faire une pétition sur tous les problèmes d’hygiène et de vétusté.

Appel de deux femmes dont les conjoints sont détenus à Bois d’Arcy, cherchent à savoir si les parloirs sont maintenus aujourd’hui : « Personne ne répond quand on appelle la prison. »

Le conjoint de l’homme détenu à Bois d’Arcy nous informe qu’un mouvement de détenus est en cours : « À 14h, les détenus restés en cellule n’avaient toujours pas eu leur repas. » Il a toujours de grosses difficultés pour joindre le SPIP et savoir comment déposer du linge depuis la suppression des parloirs. « On m’a répondu que le linge n’était plus accepté car les sacs en plastique règlementaire (cabas de supermarché) sont en plastique et peuvent porter du covid. Ils disent qu’ils réfléchissent à une solution alternative, peut-être acheter des machines à laver. »

Appel du père d’un détenu tout récemment incarcéré à Nanterre : « Je n’arrive à joindre personne à la prison : comment on fait pour le permis de visite et le linge ? » Il va essayer d’aller à la maison d’arrêt demain pour en savoir plus.

Appel de la compagne d’un détenu de Châteauroux : « Il est prévenu, et le juge n’a pas encore donné d’autorisation pour le téléphone. J’appelle le SPIP pour avoir des nouvelles, mais personne ne répond. Je n’ai plus aucun moyen d’en avoir. »

Appel de la femme d’une personne détenue en semi-liberté à Gagny : « Quelles sont les consignes concernant le covid pour les centres de semi-liberté ? Je n’arrive à joindre personne. »

Appel de la mère d’un détenu à Grenoble : « Mons fils sort de prison, je dois aller le chercher, mais qu’est-ce que je dois indiquer sur l’autorisation de déplacement ? »

17 mars 2020

Appel de la maman d’un homme détenu à Joux-la-Ville. Elle est en possession d’une lettre de son fils destinée à l’OIP, mais, dans l’Yonne, elle « ne parvient pas à trouver une poste ouverte pour nous le poster ». Elle est très inquiète : son fils est sous assistance respiratoire. Un aménagement de peine a été demandé.

Appel du conjoint d’un homme détenu à Bois d’Arcy : « Est-ce que les parloirs sont maintenus ? Je voudrais rendre visite à mon compagnon et lui porter du linge demain, est-ce possible ? »

Appel d’une femme dont le mari détenu au centre de détention de Melun est en permission jusqu’à demain : « Il devait pointer à la gendarmerie hier mais elle était fermée, alors on a tenté de se rendre dans une autre, fermée elle aussi. Quand on a fini par en trouver une ouverte, les gendarmes ont refusé de nous recevoir. » L’homme doit rentrer en prison demain, ils craignent d’avoir des difficultés pour se rendre jusqu’à la prison.

Appel d’un garçon qui souhaite que l’on transmette « ses amitiés et son soutien à tous les prisonniers de France ».

Appel d’un homme détenu à Villeneuve-lès-Maguelone : « Depuis deux jours, pas de distribution de courrier, les cantines ne sont pas livrées, on ne peut avoir ni lingettes, ni gants. » Les détenus ont peur qu’après les parloirs, les promenades leur soient supprimées. Ce matin, « les sacs de linges apportés par les familles n’ont pas été distribués et les draps qui devaient être changés ne l’ont pas été ». Le délégué du Défenseur des droits, qui devait venir, n’est pas venu. « Et les chefs sont tous indisponibles, toujours en réunion. »

Une travailleuse sociale souhaite savoir comment amener du linge à un détenu à Fleury.

Une femme souhaite savoir si malgré l’annulation des parloirs et la fermeture des accueils familles, il est possible d’apporter du linge aux détenus.

Appel d’un proche de Madame F., détenue aux Baumettes : « Quels protocoles anti-propagation du covid sont mis en place en prison ? Selon mon amie, le personnel n’est ni masqué ni ganté, les activités ont été supprimées et les détenus n’ont le droit qu’à une sortie par jour. Ils ont du mal à accéder à l’unité sanitaire, et il n’y a plus de consultations psy. Plus non plus de rondes entre 20h et 6h, ce qui est inquiétant pour les patients fragiles. La tension monte, il y a des risques d’émeutes. »

16 mars 2020

Un homme diabétique, détenu à Moulins, est très inquiet : « Il y a cinq grilles à pousser pour aller en promenade, et l’on refuse de nous donner des gants. » Les grilles ne seraient pas nettoyées. Les surveillants eux-mêmes n’auraient pas de gants. Le gameleur [personne détenue employée pour la distribution de la gamelle, du repas] n’aurait ni masque, ni gants. « Tout est en arrêt, les ateliers s’arrêtent demain, les activités, le culte, la venue des visiteurs de prison sont supprimés ; les parloirs sont réduits – moi-même je n’ai plus de parloir. Si le confinement s’accentue, ça va péter. »

La compagne d’un détenu de Fresnes, qui a un cancer, souhaite des renseignements sur les aménagements de peine, son compagnon étant particulièrement vulnérable face au Covid. Les parloirs sont pour l’instant maintenus.

Appel de la femme de Monsieur M, détenu en maison d’arrêt : « Mon mari a des problèmes de santé, il a la maladie de Crohn. J’ai alerté son avocat, il va essayer d’avoir le juge, mais le palais de justice est bloqué. »

Appel de Monsieur G., détenu à Saint-Quentin-Fallavier, qui demande des informations sur le coronavirus : « La pression va monter en prison ».

NB : pendant toute la durée de la crise sanitaire, l’OIP élargit les horaires de sa permanence téléphonique (01 44 52 87 90) qui ouvre désormais du lundi au vendredi entre 10h et 12h et entre 14h et 17h.

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