Cela fait longtemps que je sais que les "valeurs" sportives sont aléatoires... Pourtant hier soir, j'ai ressenti un grand vide devant une vraie interrogation. Une image dévastatrice reste collée devant mes yeux : une course de vélo se poursuit pendant qu'agonise en public l'un des protagonistes. Cela fait partie du spectacle ?
Je vois un épisode de course cycliste. Dans le temps j'aimais bien les p'tits vélos (comme les appelle mon mari), et j'ai apprécié de voir quelques belles étapes du tour de France et quelques belles finales. Depuis certains scandales de dopage, je n'ai plus envie de regarder les p'tits vélos. Je ne les apprécie plus puisque je ne peux savoir si la valeur du coureur vient de ses capacités et de son entraînement, ou de la qualité des produits qu'il ingère ou s'injecte... D'autant plus que je sais parfaitement, comme vous, que tous ces produits ont un effet délétère sur le système cardiaque...
Hier soir, je suis restée schotchée devant mon écran. Un jeune homme était tombé et ne bougeait plus. La position de son corps et son immobilité ne pouvaient faire illusion : il était dans une situation grave. Pour moi, derrière mon écran, cela ne faisait aucun doute, la chute n'était pas une chute "normale". Le peloton poursuivait sa route, ralentissant à peine devant le corps sans mouvement et le vélo à terre. La voiture de secours arriva ... un peu plus tard. Dès cet instant, je me suis demandée quelle valeur pouvait encore porter le sport quand il vaut mieux poursuivre la route que porter secours à celui qui est à terre, SANS BOUGER. Les cyclistes sont aussi aptes que moi, et bien plus près sur le terrain, pour mesurer les effets d'une chute, d'autant plus qu'ils en ont techniquement l'habitude. D'ailleurs le ralentissement du peloton et le regard de chacun sur le corps montraient bien qu'ils avaient eux aussi une interrogation...
Ce matin, j'apprends que le jeune homme est mort dans la nuit d'un arrêt cardiaque, à 23 ans sans reprendre connaissance.
Depuis la mort de grands cyclistes je sais, comme vous, que la course cycliste a ses victimes par arrêt cardiaque.
Il y a bien longtemps, j'ai appris que ne pas porter secours à une personne est assimilé à non assistance à personne en danger.
Qu'auraient pu faire les autres cyclistes mieux que la voiture de secours, me direz-vous ? Simplement s'astreindre à cette "valeur" dite humaine et certainement sportive, qui fait que l'on doit porter secours et assistance à une personne en détresse, même si sa place dans le peloton en dépend. Qui fait que l'on se doit d'accompagner la détresse et la mort d'autrui avec DECENCE.
Cela aurait peut-être, et seulement peut-être, permis aux secours d'intervenir encore plus vite, peut-être sans effet, peut-être avec une chance de succès.
Le fait est que le jeune homme commençait à mourir, seul, sans personne à ses côtés, bien que sous les yeux des coureurs et du public, et ce pendant un temps certain. Si j'ai vu ce temps, d'autres l'ont vu aussi ! Même petit, ce temps est certain quand il se déroule sous les yeux des autres, inactifs. D'habitude l'arrivée des secours règle tout, ici aussi : il est mort.
Pourquoi culpabiliser des gens innocents ? Innocents parce qu'on leur dit tous les jours, que seule la course compte ? Aujourd'hui, elle compte un mort de plus, sans décence.
Pauvres cyclistes qui ont, une fois de plus, l'image d'un sport dans lequel ils risquent de mourir en public pendant que la course se poursuit. D'une part on est tous bien peu de chose, eux surtout. D'autre part, je ne peux plus que douter de l'exemplarité du sport sur les comportements humains...