Quelques chiffres
Petites photos de certains aspects de notre Civilisation.
Civilisation, Larousse : action de perfectionner les conditions culturelles et matérielles dans lesquelles vit un peuple. Etat de développement économique, social, politique, culturel auquel sont parvenues certaines sociétés et qui est considéré comme un idéal à atteindre par les autres. Ensemble des caractères propres à la vie intellectuelle, artistique, morale, sociale et matérielle d’un pays ou d’une société.
D’un point de vue philosophique, la civilisation est ce qui s'oppose à la barbarie ou à l'état sauvage, comme un progrès dans les mœurs et les connaissances.
France, vie des familles :
- 730 enfants meurent chaque année en France, tués par leurs parents. Les chiffres sont parfois contestés… Si un certain nombre de ces décès étaient considérés comme de simples accidents (une gifle mal donnée, trop violente, etc, qui sont néanmoins des meurtres) sans avoir été le produit d’une torture quotidienne et sadique, et que cela réduise le nombre à 350 par an, cela reste considérable. Ce nombre ne tient compte que des enfants constatés morts. Il ne concerne pas ce qui peut être évalué comme l’ensemble des enfants vivant dans leur foyer une maltraitance répétée et sévère, chiffre largement plus conséquent.
La maltraitance ne connaît pas de milieu social, elle est partout, dans les classes populaires comme dans les plus aisées. Les enfants pensent que ce mode d'éducation est normal, que leurs amis sont éduqués de la même manière et qu'il n'y a pas lieu de dénoncer. De plus, ces enfants ont un grand sentiment de culpabilité pensant que c'est de leur faute, et ils n'iront pas dire ce qui se passe dans leur famille car ils évoluent dans un climat de peur et, malgré cette maltraitance, ils aiment leurs parents.
- 123 femmes sont mortes en 2016 sous les coups de leur compagnon ou ancien compagnon, 28 hommes sont morts de la même façon. 151 adultes ont donc été tués en 2016 dans le cadre de relations intimes ou familiales sous les coups d’autrui.
2016 : enfants et adultes, 851 personnes ont été tuées par un ou une proche dans le cadre de relations familiales et/ou intimes. Très peu de ces cas sont parvenus à la connaissance collective tellement, même au regard des tabloïdes destinés aux faits divers, cela est finalement de peu de cas… Si vous regardiez cela comme 851 fois l’histoire du petit Gregory chaque année pendant une trentaine d’années, soit à peu près la possibilité de 25 530 morts, cela prendrait tout de suite une autre tournure… Les chiffres de la maltraitance réellement perpétrée sont donc considérablement plus élevés, car ces morts ne sont qu’une partie de la maltraitance profonde et quotidienne, n’ayant rien à voir avec les codes de relation qui seraient la marque d’une grande civilisation. Peut-on « raisonnablement » considérer ces chiffres dignes d’une nation civilisée en 2017 ?
France, vie internationale :
Entre 2012 et 2016, le produit de l’industrie des armes en France passe de 4,8 milliards à 20 milliards de dollars. La France dispute à la Grande Bretagne l’honneur d’être le 3ème vendeur d’armes au monde. Une industrie qui participe fondamentalement à l’équilibre de notre économie nationale. Il est hors de question, pour des raisons purement arithmétiques, de la supprimer. Cela compromettrait durablement les conditions de vie de nombre de français, et ceci est une réalité non négligeable ! Les commandes futures annoncent un avenir encore plus radieux pour cette industrie et ses employés, donc encore plus de personnes, de pays, pour s’en servir... Par ailleurs, l’ONU constate le saccage du Yémen par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes, fournis en armes par les USA et… la France ! Toute la région proche orientale est au monde, avec celle des deux Corées, l’un des deux foyers susceptibles d’enflammer une troisième guerre mondiale, qui n’aura vraisemblablement pas la délicatesse de nous épargner vu l’engagement de notre pays dans l’armement et le produit de ses intérêts divers et variés.
J’avais appris, comme vous sans doute, que l’une des causes profondes et souterraines de la première guerre mondiale, était bien l’intérêt des producteurs d’armes allemands (l’industrie KRUPP).
Ces deux « petites » prises de vue devraient nous permettre de nous interroger sur la civilisation que nous sommes, soi-disant, tous en train de promouvoir. Certes, elles sont succinctes. Elles ne tiennent pas compte de tous les bienfaits, réels, produits par la même civilisation. Elles n’ont apparemment pas de lien entre elle. Sauf celui de considérer la violence comme composante intrinsèque de l’organisation humaine sur terre, à l’intérieur des foyers comme à l’échelle internationale, comme une triste nécessité. Néanmoins, en mettant au jour une partie de la construction profonde qui organise les structures de notre vie en commun et font ainsi support aux projections du futur, elles révèlent une réalité en tous points contraire aux valeurs affichées. Dans l’intimité des individus, comme dans les relations internationales, notre civilisation, particulièrement depuis le 18ème siècle, promeut des valeurs universelles fondées sur le respect des citoyens-ennes, leur égalité, leur fraternité, et leur liberté ce qui oblige à leur respect … 1946, après deux tragiques hémorragies humaines à l’échelle de la planète, a proposé bien des tentatives d’organisation mondiales et nationales destinées à promouvoir et installer la paix, avec des succès mitigés… Mais l’idée était là. Aujourd’hui, l’idée est toujours là. En tant qu’idée. Toujours en tant qu’idée. Que dire, dans la réalité, à tous ces enfants qui restent soumis à la violence, à ces peuples qui continuent d’être écrasés, grâce à notre passivité ; quand ce n’est pas grâce à notre complicité, la complicité commise en notre nom à tous…
Aujourd’hui, nous savons comment l’être humain se construit, comment dès sa naissance les moments de violence qui le traversent sont prépondérants dans sa construction psychique et son lien avec autrui. La violence fait partie de tout être humain, il serait imbécile de le nier. La vie collective impose de la contraindre, de trouver d’autres voies et voix d’expression. Nous savons aussi que c’est cela qui construit le citoyen de demain, et la qualité future de la vie collective. Dans ces conditions, continuer de légitimer la violence, intime et/ou collective, devient proprement criminel. Ou alors, il semble bien que nous soyons schizophrènes.
Malgré l’autodénigrement continu des français, l’état de développement global de notre société reste un idéal à atteindre pour d’autres. Il suffit de parler avec des personnes venues d’autres horizons pour le constater, ou de voyager un peu soi-même en dehors des circuits touristiques classiques. Ce qui revient le plus dans leur parole est l’accès au développement économique, mais aussi et surtout l’accès à la liberté et à l’égalité. Et là où nous étions un exemple (pas pour tous, qui ont vécus d’autres impositions de notre société), nous devenons un exemple à abattre. Notre parole parait fausse, et nos volontés illégitimes.
Comment être efficaces avec nos enfants, légitimes à la face du monde ?
D’une part, la mise en œuvre des valeurs proclamées par notre civilisation commence par l’observation stricte d’une relation civilisée dès l’intimité du foyer. D’autre part, elle est forcément fondée sur la crédibilité de sa réalisation. Et là, dans la famille comme dans le monde, nous constatons notre schizophrénie : fais comme je te dis, et pas comme je fais moi-même, parce que moi j’ai des raisons légitimes de t’écraser (violence primitive, sauvage et non civilisée). D’ailleurs, ce que je fais moi, je le cache, je le travestis ou je l’ignore… L’humanité étant constituée de tous les individus qui la forment, la construction de chacun de ces individus participe, ou non, à la schizophrénie du monde.
J’ai grandi après la deuxième guerre mondiale. Tout ce que j’y ai appris à la suite de deux conflits majeurs et plus de 60 millions de morts, la volonté de paix, le respect de l’être humain, me parait réduit à un timbre poste sur une enveloppe, un tout petit timbre sur une très très grande enveloppe pleine d’intérêts particuliers, parfois regroupés sous une étiquette nationale, et producteurs de bien des cauchemars futurs…
J’entends déjà, parce que je les ai déjà entendus, tous ceux qui répondent : « mais tout ça c’est du bla bla gnan gnan, ça ne sert à rien, ce n’est pas comme ça qu’on peut diriger le monde… ». Jusqu’à ce que ce soient vos enfants qui en meurent ???