Aujourd’hui, 25 novembre 2018. Je regarde, comme souvent le dimanche, un jeu télévisé que j’apprécie, Slam sur France 3.
Et je me rends compte qu’une blague, bête, drôle pour certains, prend une toute autre tournure lorsqu’elle passe à la télévision à une heure de grande écoute, dans la détente d’une fin d’après-midi dominicale… L’un des candidats a gagné. Bien ! Il est venu pour ça. Il a gagné au total, à la suite de beaucoup de participations, une somme importante, plus de 100 000 euros. En manière de blague, on propose qu’il soit raccompagné chez lui par deux gardes du corps. Deux jeunes hommes, très costauds, assis dans le public, jouent le jeu. Ils sont beaucoup plus grands et musclés que le candidat. Ils sont noirs… A la fin de l’émission, on les appelle pour qu’ils prennent en charge le candidat et ils se saisissent de l’animateur, tout le monde rit, ou à peu près... Je ne doute pas un instant qu’il y ait une relation sympathique et respectueuse, voire cordiale, au sein de l’équipe entre toutes ces personnes. Pourtant, pour jouer les « gorilles », on n’a pas trouvé d’autres personnes que deux grands blacks, bien baraqués, jouant à merveille le rôle du gorille. Les muscles et la force aux uns, le cerveau et l’intelligence aux autres ? Je ne veux en aucun cas hurler « au racisme », mais ayant travaillé toute ma vie avec des personnes jeunes, d’origine étrangère, le plus souvent africaine, du nord ou subsaharienne, et ayant entendu tout ce temps les effets délétères de ces stéréotypes « automatiques » dès lors qu’une caractéristique identitaire s’affiche, sans considération pour les personnes qui vivent sous ces apparences, je conçois, parce que je l’ai entendu en direct, que des jeunes d’origine africaine, de toute l’Afrique, asiatique, se révoltent contre ces images qui les condamnent aux salles de sport, aux terrains de foot (quand on ne cherche pas aussi à les en chasser), loin de Polytechnique et des doctorats universitaires… Me revient la détestable expression de ce client du supermarché voisin qui, s’adressant à sa femme qui commandait au vendeur mexicain deux douzaines d’huitres, s’esclaffa : « tu crois qu’il sait compter jusque là ? ».
Pouvez-vous comprendre que ces « images » soient détestables ? Aussi détestable que l’image que l’on me colle à moi : la blanche, gauloise, blonde, vieille, bourgeoise, conne et facho. Toute aussi réductrice et injuste. Il est à la mode de rejeter la bien pensance… Une blague mal pensante ? Oui, j’en suis capable, mais pas avec n’importe qui. Derrière l’écran, il y a tout le monde, ceux que ça va faire rire, et ceux que ça va encore blesser…