antifrançais

J'ai cru lire un commentaire qui désignait les documentaires "Pourquoi nous détestent-ils" comme une fabrique de sentiments antifrançais... J'ai du rêver...

C'est quoi un français ?

Pour moi, je crois que c'est quelqu'un qui a la nationalité française.

Et cela regroupe des personnes très différentes semble-t-il.

Moi, j'en ai toujours vu de toutes les couleurs, de tous les habits, de toutes les confessions, de plein de manières différentes.

J'ai donc regardé les documentaires. J'en ai vu trois, un sur les juifs, un sur les noirs, un sur les arabes. Tout au long de ma vie j'ai eu la chance de fréquenter plein de français, de toutes couleurs, de tous habits, de toutes confessions, de plein de manières différentes. J'ai retrouvé dans ces documentaires exactement ce que j'avais pu constater pendant tout ce temps.

Donc, parmi ces français, on trouvent plein de différences, parce qu'il y en a qui viennent d'ailleurs, d'autres qui sont d'une autre couleur, et d'autres qui sont d'une autre culture... Etc. Et plein de traitements différents...

Et tout ça fait dire à une commentatrice (je ne me rappelle vraiment plus qui !) que ces documentaires servent à dresser les gens les uns contre les autres et à remuer un sentiment antifrançais.

D'abord, pour que ces personnes (toutes différentes) aient un sentiment antifrançais, il faut qu'elles apprennent à se détester elles-mêmes...  Puisqu'elles sont toutes françaises...

Mais moi, j'ai surtout retrouvé de toutes parts ces traitements différents qui sont appliqués à plein de personnes parce qu'elles sont toutes différentes... Et donc, elles ne peuvent que constater qu'elles ne sont pas à égalité de traitement avec d'autres... Et ils me semble effectivement , à moi, qu'elles ne soient pas traitées à égalité de respect...

On se rappelle, on l'a appris tout petit : "France = Egalité, Fraternité, Liberté". Et moi j'ai grandi dans une mairie, avec  des français, quelques espagnols, italiens, polonais, portugais et même 1 protestant (l'italien justement !).

J'y ai longtemps cru...

Mais si on écoute bien Mr Henry de Lesquen, on a le début d'une explication... En fait il existe chez chaque être humain la nécessité d'être valorisé... Et Mr Henry de Lesquen nous explique bien, très bien, que tout le monde n'a pas la même valeur que lui. D'ailleurs Lucien Jean Baptiste a un petit peu de chance : malgré sa couleur il a quelques traits caucasiens, preuve qu'il n'est pas noir, pardon congoïde... Ou pas vraiment noir; pardon congoïde.... De là à être au niveau de Mr Henry de Lesquen, il faudra encore un nombre considérable de "bon" métissage. Si ça c'est pas du racisme, je veux bien devenir violette à pois bleus...

En fait, si cette peur du sentiment antifrançais n'était rien d'autre que la peur de ne pas être celui, celle, que tout le monde aurait envie d'être... Supérieur... au lieu d'être simplement HUMAIN. En l'occurence supérieur parce que Français de France, vrai français, caucasien...

Et si la peur du sentiment antifrançais n'était que la peur de ne plus être supérieur au reste du monde ....

Alors moi, française, je ne me suis pas sentie du tout au coeur d'un sentiment antifrançais. Je me suis sentie française au milieu de français qui n'étaient pas tous traités à égalité de respect.

Plusieurs fois j'ai fait l'expérience, sur un autre continent, de rencontrer un vrai sentiment antieuropéen, en me faisant remettre soi-disant à ma place au lieu de me "croire" l'Européenne qui pensait encore "tout commander, comme avant...". Je n'ai pu que constater que ce sentiment venait bien d'une expérience passée dans laquelle les autochtones s'étaient sentis méprisés par les Européens, même s'ils étaient eux-mêmes d'origine européenne... Et ils l'ont été, méprisés. Ils sont encore d'ailleurs... Il n'y a pas si longtemps, j'ai eu l'occasion d'entendre un reportage sur une cérémonie officielle dans laquelle l'européen roi d'Espagne (actuel) s'est senti autorisé à faire taire un président d'une République sud  américaine par un vigoureux "por qué no te callas !"

Différences, assimilation... Il est vrai que tant qu'il n'est pas devenu complètement blanc, Lucien Jean Baptiste aura encore bien du mal pour faire accepter à Mr Henry de Lesquen qu'il lui est égal et qu'ils doivent être tous les deux traités de la même façon.

Et oui, ce sentiment de supériorité semble bien être encore couramment répandu avec ce qui semble une nécessité pour ceux qui en sont atteints de pouvoir en toute quiétude regarder les autres de haut... Et ils vous diront, toujours avec autant d'assurance, que ce sont les autres qui cultivent un sentiment antifrançais, tellement leur propre personne leur semble n'être que l'exacte incarnation de ce que doit être la France...

Je suis française et je ne pense pas comme eux... Suis-je une "bonne" française ? Peuvent-ils me le dire ? Ont-ils le droit de me le dire ?

En fait, moi, j'y crois encore : "France = Egalité, Fraternité, Liberté". Mais j'avoue, y a toujours du boulot sur la planche...

Avec la crainte que les difficultés à venir, sur cette planète, ne fassent que croître la soi-disant nécessité d'abaisser l'autre, de le déconsidérer, de le combattre et de le détester. Toujours question de s'approprier les ressources...

 

 

 

 

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