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Billet de blog 29 janvier 2018

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On parle de crimes

STOP, DU RESPECT POUR LES VICTIMES. ÇA TUE ET ÇA DETRUIT AUSSI LE VIOL.

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Là, cette fois ça déborde, ce matin j’ai vomi.

Maintenant, il s’agit de monsieur Darmanin. On demande par pétition sa démission. A part lui-même et la personne qui l’accuse, personne ne sait aujourd’hui s’il est coupable ou non. En premier lieu, l’application de notre droit impose la présomption d’innocence. Je n’ai aucune envie de hurler à l’hallali. S’il n’est pas coupable, il est victime. Victime de quelque chose de moche, très moche. S’il est coupable, lui, la victime, la police et la justice le détermineront.

« L’Opinion » journalistique, pour l’instant, semble pencher pour son innocence. Quant à la vie privée de monsieur Darmanin, s’il y a quelque chose qui m’indiffère d’une part, et d’autre part ne me regarde pas, c’est bien cela. Peut-on aimer les partouzes et être compétent à un poste de ministre ? Légalement, oui. C’est tout ce qui devrait publiquement nous conduire.

Peut-on demander le respect de la loi pour les uns et pas pour les autres ? Pour moi, là, la République est en danger. Notre droit n’est pas si mal écrit, si nous voulons respecter la République, respectons notre droit.

 Ce qui me fait le plus mal au cœur, c’est ce mélange ahurissant autour de vrais crimes.

Lorsque j’entends madame Elisabeth Lévy (madame Lévy est un exemple parmi d'autres...) parler à tort et à travers, comme ce matin encore, à propos des « soi-disant » victimes, j’ai envie de lui dire, comme à madame Millet : « pourriez-vous exiger de vous-même de parler de ce que vous connaissez, en précisant bien que, être victime, vous ne savez pas, vous, ce que c’est, et que vous ne maîtrisez pas l’échelle de gravité de ces crimes, et surtout pas ce que ça représente pour les victimes (pas soi-disant). Vous êtes journaliste, professionnelle de la parole publique. Lorsque vous parlez généralement, globalement, comme ce matin, vous effacez la force et les conséquences du crime. Dans notre droit, le viol est un crime. La façon dont vous déversez votre opinion, à tort et à travers, sans tenir compte de ce que les mots représentent, ne me la rend guère estimable ».

Parmi ces « soi-disant » victimes, il y a des personnes comme moi (qui regardent aussi la télévision, lisent les journaux, dans le juste droit d'être informées). C'est-à-dire des personnes qui se sont tues pendant des années, des dizaines d’années. Qui n’ont jamais pu faire appel à la justice. Moi, j’ai eu la chance, après de graves déboires et de vraies tentatives de suicide, de rencontrer des soignants qui m’ont cru. Ils m’ont aidée à me soigner, mais pas à faire valoir le droit et la justice à mon égard. Ils étaient bien impuissants à ce propos, comme moi.

Après 40 ans de combat pour survivre (avec l'aide de personnes qui m'aiment et que j'aime), depuis 2 ans j’ai objectivement la preuve de ce que j’ai subi, parce que l’un des acteurs l’a révélé à un tiers. Depuis, ma parole est enfin valide. Mais tout est prescrit ! Pourquoi se tait-on ? Pour cela : pour éviter d’être une « soi-disant » victime, avec un doute sirupeux, dégoutant tout autour de sa personne, voire d'être à son tour accusée de mensonge, d'affabulation, quand ce n'est pas d'avoir été "trop chaude". Ces victimes-là, il y en a plein le public, plein la société. Ma propre histoire m’a permis, pendant plus de quarante ans d’entendre les autres, ainsi que ma pratique professionnelle. Avec la certitude de n’avoir rien pu faire pour d’autres victimes. Et ce n’était pas des « projections », comme le diraient encore tant de personnes ignorantes.

Une femme m’a redit récemment que si l’on ne voulait pas se faire violer, on ne se faisait pas violer. Cette personne ignorait mon histoire. Je lui ai posé cette question : «  vous-même, avez-vous été violée ? – bien sûr que non, me répondit-elle.

- donc vous parlez aisément de quelque chose que vous ne connaissez pas, que vous n’avez pas vécu ? »

Bien sûr, on a tous le droit de parler de ce qu’on ne connait pas, d’avoir et d’émettre une opinion. Mais imaginez-vous les mêmes paroles à propos du meurtre de votre fille ? Je voudrais vous rappeler qu’on parle de crimes, et de crimes qui, plus souvent qu’on ne le croit, tuent. J’ai mon propre exemple, mais malheureusement, j’ai aussi d’autres exemples, des suicides réalisés, inexpliqués, inexplicables, de jeunes personnes (fille et garçon). Pour certains, il se trouve que j’ai été informée par les protagonistes de préalables actes sexuels graves sur la personne des jeunes disparus. Là aussi, juridiquement je me suis sentie impuissante.

S’il vous plait, rappelez-vous que le viol, l’attouchement sexuel, ça tue aussi. Encore plus lorsque ça touche des mineurs. D’autres professionnels le savent aussi bien que moi.

Un peu de décence et de respect pour les victimes, un peu de réflexion, pourraient permettre des formulations plus délicates, qui éviteraient de « globaliser » ces actes et épargneraient les rescapés-ées. Imagine-t-on les mêmes formulations pour tout autre crime ?

Alors, aussi bien les accusateurs-trices tous azimuts, que les détracteurs-trices tout autant tous azimuts, rappelez-vous que, au milieu de ce fatras, vous parlez aussi de personnes qui peuvent en mourir, de personnes qui en sont mortes, sans avoir pu obtenir aucune justice. C’est trop vous demander que d’essayer d’en parler publiquement un peu plus intelligemment ?

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