La Manif pour tous : une inique résistance

Ils étaient donc de nouveau dans la rue ce samedi. Ils, ce sont les opposants au mariage pour tous, membres de la Manif pour tous. Pour tous, mais qui donc est convoqué à cette manifestation ? Dans ce rassemblement à ciel ouvert, qui peut s’exprimer, et avec quels mots ?

Récit d’une tentative de couverture journalistique de la manifestation de Tulle, dans une Corrèze qui nous dit bien souvent quelque chose de la France. 

En arrivant sur la place de la cathédrale, les premiers contacts sont noués devant un stand où il est proposé de signer une pétition visant à saisir le CESE (Conseil Economique, Social et Environnemental). 500 000 signatures à recueillir pour effectuer la saisine et espérer enrayer, un temps, le processus législatif en cours. Chacun a son rôle, et ceux qui sont assignés à la pétition ne sont pas là pour répondre aux questions sur les raisons de leur présence. Ils refusent d’expliquer les fondements de l’opposition au mariage pour tous et de dire ce qu’ils pensent, eux, de ce projet. Ils préfèrent renvoyer vers d’autres organisateurs, plus à même de répondre aux questions de la presse.

De refus en refus, on finit par se trouver en face du responsable de la communication de la Manif pour tous en Corrèze, habilité à diffuser le message officiel. Un classeur sous le bras, l’homme est par ailleurs professeur d’histoire dans un lycée du département, un détail qui fera sens dans quelques lignes.

Car c’est l’histoire qui est convoquée dans cet entretien. Extrait.

Manif pour tous - Référence 1789

 

 

En début d’entretien, ce sont les états généraux, qui sont invoqués à cette Manif pour tous « un peu comme en 1789 ».

Puis, on avance dans le temps et les références se font plus…explicites.

Manif pour tous - Référence 1942

 

 

Le régime de Vichy et l’occupation allemande, une référence qui a du poids à Tulle, la ville aux 99 pendus.

Résistance, iniquité, tels sont les mots invoqués à cette Manif pour tous. Dans un tel débat politique, le choix des mots est celui du terrain sur lequel on veut amener son adversaire pour bénéficier d’un avantage stratégique. Mais selon que l’on soit pour ou contre une loi, les mots ont-ils la même signification ?

Que l’on soit en 2013 ou en 1942, les résistances peuvent elles se comparer ? Citer en référence les résistants de 1942 lorsqu’on défile dans une France libre en 2013, c’est se méprendre sur ses forces, sur la nature de l’ennemi et donc sur la valeur du combat.  Les forces, elles peinent à comprendre le champ de bataille qu’est la rue. L’ennemi supposé, il n’enlève aucune liberté mais en crée de nouvelles. Le combat, enfin, n’a pas la saveur d’un sacrifice à la liberté.

Dans ce grand détournement lexical, l’iniquité est en première ligne. Iniquité : ce terme qui désigne le caractère de ce qui est injuste, contraire à l’équité. Dans la bouche de qui refuse l’universalisation d’un droit et la reconnaissance d’une réalité, comment encore retrouver ce qui donne sens à ce mot ?

Si les mots comme les droits sont pour tous, leur usage devrait parfois nécessiter quelques précautions. Alors, que l’on soit d’un camp ou de l’autre, pour ou contre une loi, la manipulation des termes et des concepts qu’ils renferment n’est qu’un simple moyen. Mais la fin justifiera-t-elle ces procédés dont elle résulte pourtant ?  

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