La vie sans enfants : le combat d'après

Pas de grands mouvements hier à l’Assemblée lors de l’adoption en première lecture du texte ouvrant le mariage et l’adoption à tous. Et pour cause, ils étaient presque devenus amis samedi matin vers 5h40, en sortant de l’hémicycle. Amis peut être pas, mais bien de la même famille : celle des parlementaires qui finissent, après des nuits de débats souvent stériles, parfois acharnés, par se reconnaître les mêmes qualités de combattant inhérentes aux personnages politiques. De la même famille car sur le fond, ce qu’ils ont tous défendu depuis leur banc, c’est bien le droit d’en fonder une, de famille.

Pas de grands mouvements hier à l’Assemblée lors de l’adoption en première lecture du texte ouvrant le mariage et l’adoption à tous. Et pour cause, ils étaient presque devenus amis samedi matin vers 5h40, en sortant de l’hémicycle. Amis peut être pas, mais bien de la même famille : celle des parlementaires qui finissent, après des nuits de débats souvent stériles, parfois acharnés, par se reconnaître les mêmes qualités de combattant inhérentes aux personnages politiques. De la même famille car sur le fond, ce qu’ils ont tous défendu depuis leur banc, c’est bien le droit d’en fonder une, de famille.

Certains la veulent ouverte à tous, d’autres réservée à certains. Pour un peu on aurait presque pu croire que cette loi sur le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe serait un coup fatal porté au modèle familial issu de nos racines judéo-chrétiennes. Mais non. Point du tout. Car si la majorité à choisi les armes, celles de l’égalité et de l’émancipation sociétale ; l’opposition a, elle, choisi le terrain : celui de la famille.

Et c’est bien de la famille dont il a été question pendant la centaine d’heures de débat dans l’hémicycle, dans les rues pendant les manifestations ou à longueur de médias. La famille, c'est-à-dire ce groupe social qui comporte au moins deux types d’individus : des adultes et des enfants. Au droit à l’enfant des uns répondait le droit de l’enfant des autres. Nuances syntaxiques, questions de points de vue. Et d’idéologies aussi, parfois. Mais reste que le présupposé de base est celui de l’enfant, sans qui on ne parle pas de famille. Se marier pour fonder une famille, tel est le graal pour lequel nos parlementaires ont traqué la moindre incohérence dans le code civil, témoigné la voix chevrotante de leur histoire personnelle ou brandi le règlement pour rappeler ce qu’il ne dit pas. Quand les défenseurs du mariage pour tous affrontent les membres de la Manif pour tous, c’est la famille qui triomphe. Ils l’ont, tous, à la bouche. 

Une famille pour quoi faire ?

Dans ce débat stérile car juridiquement scellé et sociétalement entériné, peu nombreux sont ceux qui interrogent la capacité générale de tous les adultes, homo ou hétéro, à élever des enfants, ou même simplement à en vouloir. Rares sont les voix qui s’expriment ailleurs que sur le terrain de la famille.

Qui interroge sur ce que faire ou avoir des enfants signifie ? Qui pour questionner la légitimité d’un être de mettre au monde un autre ? Car s’il est bien un acte qui, pour le principal intéressé, sera toujours privé de liberté, c’est la naissance. En propulsant égoïstement un autre être dans ce monde, le géniteur (ou le parent ayant eu recours à un autre géniteur) se charge d’une responsabilité immense. Il ne s’agit pas alors simplement de désirer un enfant, encore faut-il le vouloir c'est-à-dire mesurer tout le poids de ce choix, pour soi et pour l’enfant à naître. Rares sont ceux qui ont posé ces questions et lors de son audition par la commission des lois, Elisabeth Badinter a rappelé combien les enfants sont trop souvent des « bébés médicament », « bébés distraction », ou des bébés répondant à la pression sociale (voir son intervention en vidéo ici).

Bien avant le débat sur le mariage et l’adoption homosexuelle, la philosophe relevait déjà l’importance du choix, notamment chez la femme, de ne pas avoir d’enfant (L’amour en plus). Par cette décision, la femme se distingue de la femelle animale en ce qu’elle n’a pas « d’instinct maternel » (un mythe selon E.Badinter).

Au fond, il s’agit simplement de distinguer les humains du XXIe  siècle de leurs lointains ancêtres, animaux ou déjà humains. Il s’agit d’apprécier l’évolution humaine pour débattre des questions qui peuvent aujourd’hui trouver des réponses utiles pour la continuité de cette évolution. Et c’est là précisément ce que n’a pas permis ce débat sur le mariage pour tous qui, bien plus qu’une volonté d’ouvrir le mariage à tous, a révélé la volonté d’étendre la famille à tous. Non pas que la famille doive être réservée à certains, car il est bien vrai que les homosexuels doivent avoir le droit d’en fonder une pour précisément choisir de ne pas le faire, mais la question qui doit être posée au XXIe  siècle n’est elle pas plutôt celle de la famille comme cercle premier de construction de soi ?

Et de fait, si la question peut se poser, c’est que la pratique a déjà dégagé une direction pour y répondre. Celle prise par des couples de plus en plus nombreux de ne pas user de leur « droit à l’enfant » et, quelque part, de revendiquer un droit à ne pas en avoir. Or il n’est pas possible de décréter un droit sociétal à ne pas avoir d’enfant ni de condamner, pour violation d’un droit, les multiples discours qui nous pressent de toutes parts de faire des enfants. Ce qui est envisageable par contre, comme dans le mariage pour tous, c’est d’obtenir les moyens concrets d’un droit qui, ainsi rendu possible, entérinera une évolution sociétale pour l’étendre, a posteriori. L’enjeu, finalement, est de véritablement pouvoir décider de ne pas avoir d’enfant, bien au-delà du simple désir ou de l’absence de désir.

Le combat de la contraception définitive, les hommes en première ligne

Ici, le véritable moyen concret se nomme contraception définitive. Et puisqu’il est question de progrès, regardons pour une fois ce que peuvent faire les hommes. Le moyen dont ils disposent est la vasectomie. Un nom barbare pour une opération bénigne, efficace et qui ne modifie en rien la vie sexuelle (quelques précisions ici).

Bien qu’encore très encadré légalement (par le code de la santé), ce dispositif est autorisé en France depuis…2001 seulement (loi du 4 juillet 2001). Car en effet avant cette loi, les médecins pratiquant une vasectomie risquaient une condamnation à 5 ou 10 ans de prison, notamment sur le fondement des anciens articles 309 et 310 du code pénal pour « coups ou […] violences ou voies de fait ayant entraîné une mutilation, une amputation ou la privation de l'usage d'un membre ». Convaincant !!

Alors, en France, peu nombreux sont les hommes à connaître ou pratiquer cette opération, ce qui n’est pas le cas aux Etats-Unis par exemple où 500 000 vasectomies sont pratiquées chaque année (un article de Libé de 2011 à lire ici). Dans le monde, c’est environ 45 millions d’hommes qui sont concernés, contre 150 millions de femmes qui recourent à la contraception définitive.

Les moyens existent donc déjà, pour défendre un autre rapport à la vie. Existant, mais peu connus, et encore moins reconnus. Une petite musique qui a un air de … déjà entendu.

 

Note : Pour ceux qui voudraient continuer au bout de ce trop long billet, voici quelques pistes :

-          l’émission service public de France Inter qui a été récemment consacrée au sujet et que vous pouvez réécouter ici.

-          Un blog, consacré à la vasectomie, avec une pétition que vous pouvez d’ailleurs signer…si le cœur vous en dit !!

-          Et un site pour tous les childfree.

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