Penser comm'

Entre le mot prononcé et sa compréhension par celui qui le reçoit il y a souvent le même gouffre qu’entre le fond et la forme. C’est pourquoi, ce qui importe dans le discours politique n’est pas tant ce qui y est dit que ce qui veut y être dit.

La politique, au moment d’une campagne électorale surtout, est majoritairement faite de communication, dans le sens commun du terme communiquer c’est à dire adresser aux gens que l’on veut toucher le message qu’ils ont envie d’entendre. Et ce, d’autant plus dans un système démocratique où, pour exercer le pouvoir, il faut être élu et pour cela convaincre une majorité des électeurs. Il est alors nécessaire de faire des concessions à tel ou tel type d’électeur et finalement, élargir donc adoucir son discours. Cette démarche, sans être machiavélique, est celle où la fin justifie les moyens.

Le personnage politique qui accepte cela, quelque soit son degré d’honnêteté et quelque soit son bord politique, envisage donc une façon d’orienter la société une fois au pouvoir, puis le moyen de conquérir ce pouvoir. Dans cette conquête, l’une des composantes principales sera la construction d’un discours politique « qui parle aux gens ». Les moyens concrets de mettre en place ce discours relèvent ensuite de la tambouille des communicants dont il n’est pas question ici.

Gauche ou droite, victoire ou défaite à l’arrivée, le processus est le même : le discours politique est un moyen au service d’une fin. Sur le plan de la pensée politique, il est alors intéressant de noter que cette démarche résulte d’une acceptation du réel, dans un mouvement d’inclination devant la « force des choses » (une expression qu’Emmanuel Terray utilise avec ces mêmes guillemets dans son ouvrage Penser à droite).

Mais il me semble qu’il y a une autre communication politique possible, où le discours politique n’est plus simplement un moyen d’accession au pouvoir. Dans ce second procédé, la démarche ne commence plus par la question « que veulent entendre les électeurs ? » mais par « que faut-il faire comprendre aux citoyens pour qu’ils décident telle société et non pas telle autre ? ». Le discours, dans ce cas, est moins un instrument de communication que déjà un instrument d’influence sur la société, pour la façonner en fonction de l’idée qu’on en a. Il n’a pas tant pour finalité de gagner des bulletins de vote que de faire infuser des idées, qui parfois choquent et qui toujours demandent une réflexion, nécessitent de ceux qui s’y confrontent d’aller creuser un peu plus loin, encore un peu plus loin. Ce discours, en fait, relève déjà de l’action.    

Il y a donc le discours de l’acceptation et celui l’action et on peut les symboliser par une opposition entre le « je vous ai compris » et le « comprenez moi ». Le premier tend la main et le second s’en sert pour administrer de petites tapes voire de grosses claques.

Où se situe la responsabilité de l’homme politique en campagne? Dans l’acceptation du réel ou dans la proposition d’un autre avenir ? On peut esquisser une réponse à cette question en s’appuyant sur le débat autour du terme populisme. Le populisme au sens démagogique n’est il pas du côté de celui qui se contente d’un « je vous ai compris » flatteur et confortable et donc de celui qui se revendique du réalisme ? A l’inverse, le populisme au sens de l’appel au peuple ne se traduit-il pas par un discours qui ose dire « comprenez-moi », qui propose une vision du monde qui veut partir de la réalité sans jamais l’accepter ?

En un mot, la communication politique ne devrait-elle pas éduquer plutôt que séduire ?

Un lien pour faire sens : au moment de terminer ce billet j’écoute une émission des Nouveaux chemins de la connaissance (France culture) dans laquelle il est question du dernier ouvrage d’Yves Citton, Renverser l’insoutenable. Un livre qui mérite certainement notre attention et une émission qui mérite assurément votre écoute.

 

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