Aller à la conquête du pouvoir lorsqu’on ne vous attend pas

Être un-e candidat-e atypique, oser bousculer les codes: l’exemple d’Alexandria Ocasio-Cortez (1989), activiste et personnalité politique aux Etats-Unis, actuellement députée au Congrès américain est à suivre de très près.

Le parcours d’Alexandria Ocasio-Cortez force l’admiration. Elle est la femme la plus jeune élue de l’histoire du congrès américain. Serveuse de profession, elle est devenue activiste pour défendre les droits de sa communauté. Sans moyens financiers, animée par l’audace, la détermination et l’abnégation, Alexandria remporte les primaires des Démocrates pour le 14ème arrondissement de New York en battant l’inamovible Joseph Crowley, un élu arrogant, sans lien social avec le Bronx, totalement déconnecté de la réalité de ceux/celles qu’il était censé représenter. Alexandria fait ainsi irruption dans le paysage du Congrès américain où elle siège actuellement, à la suite de son écrasante victoire aux législatives de novembre 2018.

Se préparer quand on est une femme, dit-elle, implique tellement de décisions quant à la façon dont on va se présenter au monde. Pour les candidats hommes, il existe [aux Etats-unis], un code vestimentaire, soit une veste de costume soit une chemise de couleur claire dont il relève les manches. Mais pour les femmes, rien n’est établi.

Entrer en politique pour venir bousculer les codes, lorsqu’on n’est pas financé par les multinationales c’est se préparer au pire. Comment peut-on se préparer à affronter l’inconnu ? Se frotter à des gens qui cherchent à nous déstabiliser. S’élever contre leurs intérêts. Avoir le courage de proposer une autre voie, ambitieuse et dire qu’on peut faire mieux face à des mastodontes établis, des machines politiques dont la puissance peut nous écraser. Eradiquer l’influence que l’argent peut tout en politique lorsqu’on a que ses idées pour se défendre en développant une manière alternative d’accéder au pouvoir. Sortir de nulle part sans carrière politique pour changer le regard que l’on a de la politique en général.

A quoi reconnait-on la véritable abnégation ?

Alexandria et son équipe ont recouru à une plateforme de financements participatifs.

Aujourd’hui -observe son équipe-, la norme en politique est de passer par des lobbyistes et des groupes d’intérêts, dans un congrès composé à plus de 80% d’hommes, blancs, millionnaires et avocats. La plupart des élus cherchent seulement à conserver leur poste en se faisant réélire et ce n’est pas avec un tel état d’esprit qu’on peut résoudre les problèmes majeurs tels que le réchauffement climatique, l’incarcération de masse, l’ouverture des frontières, etc.

Pour son équipe, le seul moyen de réussir c’est de pénétrer l’imaginaire des électeurs, avoir un discours moins démagogique, aller rencontrer les individus et pas uniquement des masses. Susciter le débat sans intermédiaire. Mettre en place une machine financée par le peuple qui puisse représenter un contrepoint (une réelle opposition) au pouvoir institutionnel actuel pour redonner le pouvoir au peuple lorsqu’il y a un immense fossé quand il s’agit de se comprendre et de s’adresser les uns aux autres.

Une des leçons que l'on peut retenir de son expérience, c’est que lorsqu’on est une femme, en politique, il faut redoubler d’efforts, ne pas montrer son émotion pour ne pas être perçue comme une personne fragile. 

Qu’il y a une différence entre la méthode (pédagogie, clairvoyance et sincérité) et la stratégie (la démagogie, une langue de bois sans engagements personnels focalisée sur des critiques vaseuses contre des adversaires sans aucune proposition alternative).

Que très souvent argent rime avec solitude, donc représenter sa communauté dans la diversité est un atout parce qu’on est comme la majorité d’entre elles/eux: inconnu.e, insurgé.e, impopulaire, femme, originaire des couches populaires.

Que lorsqu’on a le peuple à ses côtés, on peut contrer une machine politique grâce à un mouvement collectif.

 

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