Cyberactivisme et humour dénonciateur

Rubrique « Conversation avec Odome ». Invité-focus : Jean Bedel Mackoss Koss et Stéphane Zeng

L’invité : Bedel fait référence à Bokassa, tandis que le patronyme est plutôt punu. Je n'admire pas vraiment Bokassa. Il est pour moi symbole des “serpillères coloniales”. Dirigeants faussement puissants, faussement intelligents, transformés en bêtes de cirque qui s’ignorent par l'implantation locale de l'oligarchie coloniale.

Stephane est très présent en Jean Bedel. L'humour, le cynisme, la dérision. La manière de parler de Jean Bedel est le fruit de mes expériences de vie. Il parle comme des gens que j'ai connues, le côté politique en moins. Quand je suis Steph, mon humour est très cynique. Avec Jean Bedel c'est plutôt de la dérision. Son niveau de langue est également plus courant. La manière de parler est plus directe. Très accessible.

Après lecture de “Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit et sans armes”, j'ai vraiment réalisé la puissance de l'humour, de la dérision. La dictature entretient le sérieux, elle craint donc le ridicule plus que tout. J'ai également constaté l'énorme sens de l'humour des populations gabonaises et africaines en général. On aime rire, se moquer, tourner en bourrique. D'où le déclic.

En tant que Stéphane Zeng, j'essaie d'apporter une rigueur dans la méthode, appliquée à tout ce que je fais : analyse, information, etc. J'essaie aussi de rendre certains thèmes accessibles au grand public tout en essayant d'apprendre à lire entre les lignes. En tant que Mackoss-Koss, je pense aider à rire déjà, mais aussi à dépeindre une réalité connue du plus grand nombre sous un angle qui pousse à se défaire des conséquences néfastes de la dictature.

Pour mes Facebook live, je mélange plusieurs approches : traiter des sujets donnés par les auditeurs, définir mes propres sujets à l'avance et tour d'horizon de l'actualité. Je prépare tous les lives à l’avance. Les analyses me prennent beaucoup de temps. Les autres types de sujets sont de moins en moins prenants. Je déteste dire n'importe quoi, dire des contre-vérités. J'aime bien m'appuyer sur des faits, non sur des convictions personnelles parfois erronées. Cela ne m'empêche pas d'exprimer mes convictions. J'utilise différents outils technologiques. Mais, c'est très prenant. Les échanges avec les gens m'apportent beaucoup.

Odome : Perçu comme absorbant, le cyberactivisme occupe très souvent et prend une bonne partie des journées voir de la vie d’un individu, si l’on observe le nombre d’incursions cybernétiques que font certains cyberactivistes par jour, est-ce qu’on vit du cyberactivisme ? Y gagne-t-on sa vie ?

L’invité : Perso, je ne vis pas du cyberactivisme, et ce n'était pas mon objectif. Par contre cela bouffe temps et concentration. Lorsque l'actualité est brûlante, on peut parfois être au milieu de ses proches sans être là. Le portable devient un compagnon inséparable, l'ennemi numéro 1 de nos Proches. On peut y gagner sa vie si on le veut. Les exemples sont nombreux. Par contre, certains se font des sous avec des contenus qui ne leur appartiennent pas. C'est proprement dégueulasse.

 Odome : Dernière question : plusieurs détracteurs, pensent à tort ou à raison que les cyberactivistes gabonais sont au fond "un nid de loosers/chômeurs cherchant à remplir leur journée en parlant de tout et de rien" pour fuir leur précarité afin de ne pas assumer leurs échecs personnels : qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous nous parler de vous ? De votre vie personnelle, familiale ou professionnelle lorsque vous ne faites pas de cyberactivisme. Quel est votre profil ? Votre formation ? Vos études ? Vos activités professionnelles ? Cela permettrait à ceux qui ne vous connaissent pas très bien, hors des réseaux sociaux, de mieux vous "découvrir".

L’invité : Je suis chef de projets informatiques en Recherche et Développement, principalement appliqués à la médecine. Pas le temps de chômer. Je travaille beaucoup de chez moi. Je dors très peu et tard. Les lives m'aident à prendre de l'air. L'innovation j'aime vraiment beaucoup. Plusieurs brevets d'invention déjà à mon actif. Mon rêve est d'innover dans mon pays, dans l'arrière-pays surtout. C'est un rêve et un challenge à la fois. Merci de cet entretien numérique. Toutes mes félicitations pour votre travail de qualité.

Odome : Merci beaucoup pour votre disponibilité.

 

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