L’entreprenariat africain à la conquête des écosystèmes du numérique : AFROPRENEURIAT

Afropreneuriat est la cyber-ambition planétaire d’un binôme de jeunes sénégalais âgés de 25 et 27 ans, Marième Faye Sarah DIOP et Pape Malick BARROS, pour promouvoir l'entreprenariat Made in Africa.

Afropreneuriat est la cyber-ambition planétaire d’un binôme de jeunes sénégalais âgés de 25 et 27 ans,[1] Marième Faye Sarah DIOP et Pape Malick BARROS. Chacun avec ses aptitudes et son background[2], ils ont conjointement développé cette plateforme digitale, de façon qualitative.

Revenons, un tant soit peu, sur l’anecdote autour d’un rêve devenu réalité :

Un après-midi, les deux complices comme à leur habitude font le tour de table de leurs thèmes de prédilection : la politique, le social, l’économie, sans jamais vraiment aborder l’entreprenariat. Le déclic s’opère lorsqu’un jour, ils aperçoivent une dame, leur voisine qui, depuis vingt ans, vend des légumes non loin de chez eux. Cette femme qui, depuis vingt ans, a le même étal, travaille dans les mêmes conditions précaires, non sans dignité et persévérance, n’a jamais accepté le soutien financier d’aucun.

Lorsqu’ils étaient petits, se souviennent-ils, et qu’ils apercevaient la dame de loin, croulant sous le poids de ses sacs de marchandise, ils accouraient spontanément l’aider. Aujourd’hui encore, même âgée de plus de 60 ans, elle continue sa routine quotidienne sans fléchir. Elle se lève à trois heures du matin pour aller prier. Puis se rend à six heures au syndicat de légumes à Castor, un marché dakarois très connu. Et, vers huit heures, elle revient avec ses sacs de légumes. Et les fondateurs d’Afropreneuriat ont grandi dans cette routine, devenant ainsi spectateurs d’une illustration parfaite de ce qu’est le socle même de l’entreprenariat en Afrique : les femmes, leur persévérance, leur détermination malgré les moyens de bord.

Et puis un jour, le jour du déclic, grâce à une audience acquise sur les réseaux sociaux, ils décident de combler le vide des récits autour de l’entreprenariat en Afrique, en rendant un hommage spécial à cette dame, modèle d’inspiration, symbole véritable de résilience et levier par excellence de l’économie africaine dont on ne parle pas, hélas, dans les salons feutrés.

Ainsi naquit Afropreneuriat, pour parler du parcours entrepreneurial des anonymes exceptionnels, à une époque où, avec Internet, l’information est devenue la chose au monde la mieux partagée. La plateforme est lancée le lendemain de leur réflexion avec naturellement le récit de la « vieille dame ». Le buzz autour de cette histoire, relayée de façon exponentielle sur d’autres plateformes, booste l’équipe qui reçoit les jours suivants une avalanche de messages de la part d’autres entrepreneurs africains désireux de promouvoir leurs produits. Sans le savoir, Marième Faye et Malick venaient de toucher le cœur d’une problématique ample et profonde : les difficultés communes que vivent les Africain.e.s dans leur aventure entrepreneuriale, notamment le manque de visibilité, dans un contexte de capitalisme sauvage où les multinationales se taillent la part du lion.

En moins d’un mois, ils publiaient « tout le monde et n’importe qui », toujours en respectant la ligne rédactionnelle de la plateforme qui consiste à promouvoir l’entreprenariat africain, dans tous les secteurs d’activité. Si, au début, ils leur arrivaient d’aller chercher des profils pouvant servir de sources d’inspiration pour être publiés, aujourd’hui, ils reçoivent des milliers de courriers en provenance des quatre coins du globe, aussi bien en Afrique qu’au sein de sa diaspora.

Afropreneuriat est devenu une référence de l’entreprenariat africain et afrodiasporique qui tisse et draine un méga réseau de contacts et de connexions. Lorsqu’on parle d’entreprenariat, on parle bien entendu aussi d’économie, de « développement », de pouvoir décisionnel liés à un impact démographique, surtout lorsqu’on sait les milliards de francs CFA qu’injectent les diasporas sénégalaise ou nigériane dans leurs pays respectifs. C’est reconnaître que la diaspora joue un rôle déterminant dans le développement du continent pour cristalliser une synergie positive. C’est dire aussi que l’essor du continent est intrinsèquement lié à l’apport de sa diaspora.[3]

Lancée le 30 août 2018, en moins d’un an d’existence, Afropreneuriat a publié près de 2000 entrepreneurs répartis dans 54 pays, tous continents confondus.

Le premier mois, ils ont publié 100 entrepreneurs environ, à raison de 4 par jour. Aujourd’hui, ils en publient en moyenne 10 par jour et, ils reçoivent au quotidien une cinquantaine de nouveaux profils désireux de promouvoir leurs initiatives.

Fort de leur succès, pour professionnaliser une passion qui est devenue une activité principale, ils ont lancé il y a quelques mois une campagne de crowdfunding dont l’objectif était de réunir une somme de 3000 euros (de quoi avoir un site internet assurer sa maintenance et rémunérer un développeur, etc.). En un mois, ils ont obtenu les 3000 euros, en demandant aux entrepreneurs de participer à hauteur de deux euros pour celles/ceux qui sont hors du continent et 1000 cfa pour ceux/celles qui vivent en Afrique. Puis tout est allé assez vite, les internautes participaient de partout.

La question de savoir quel est le modèle économique d’Afropreneuriat revient assez souvent. De quoi vivent les fondateurs de la plateforme ?

Certes, ils publient les profils des entrepreneurs gratuitement mais, à côté de ça, ils nouent des partenariats avec de grosses structures qui recherchent de la visibilité. Ils sont donc en collaboration rémunérée avec des régies publicitaires et des opérateurs économiques qui travaillent dans l’évènementiel.

Parce que le succès et les chiffres vont de pair, Afropreneuriat a enregistré plus 155.000 abonnés sur Facebook en seulement neuf mois d’existence, avec en moyenne un minimum de 700 nouveaux abonnés par jour, sans oublier leurs réseaux connexes sur Insta, Twitter, LinkedIn, etc. Impressionnant.  Mais, contrairement  à ce que les internautes pourraient penser, ce qui est davantage impressionnant, c’est qu’Afropreneuriat ne dispose pour toute équipe de rédaction que des Smartphone de ses deux jeunes fondateurs dont le bureau physique est également leur outil de travail mobile avec lequel, ils réalisent des interviews filmées et recueillent/collectent la plupart des informations et données.

Fort heureusement, Afropreneuriat a été récemment récipiendaire du Prix Jeune 3 E, un prix financé par la DERE, la Délégation de l’Entreprenariat Rapide au Sénégal, la plus grosse structure de financement de l'entreprenariat dans le pays. Le binôme a remporté ce concours en obtenant la meilleure note jamais enregistrée pour un financement de 18000 euros.[4] Cette cagnotte leur permettra de s’équiper, de monter une équipe de rédacteurs et de les rémunérer, de mieux développer la plateforme, d’avoir des locaux et de se statuer juridiquement en tant que SAS, Société à Action Simplifiée.

La communauté qui gravite autour d’Afropreneuriat continue de s’agrandir. Ils sont aussi partenaires de plusieurs d’évènements aussi bien en Afrique, en Europe que là où il y a une forte concentration des communautés africaines dans le monde.

Dans un avenir proche, Afropreneuriat participera en décembre prochain à Dakar, à un grand évènement dont il est partenaire, le Wonderwoman World lancé par Néna CISSÉ.

Mais tout ne s’arrête pas là pour ces jeunes ambitieux, nombreux sont les projets en vue. Ils envisagent, par exemple, mettre en place une version anglophone de la plateforme pour que cette communauté linguistique africaine s’y identifie aussi. Car, jusqu’à présent, les contenus sont publiés uniquement en français, (heureusement qu’avec les réseaux sociaux comme Facebook, il existe aujourd’hui la possibilité de faire une traduction automatique).

À l’échelle continentale, grâce à la mise en place d’une cartographie virtuelle accessible sur les plateformes numériques pour savoir vers où se tourner, selon le besoin et quelque soit le domaine, Afropreneuriat ambitionne servir d’espace de référencements pour les communautés afrodiasporiques qui veulent consommer africains mais ne savent pas par où commencer.

Pour 2020, ils ont prévu organiser le Cocktail de l’Afropreneur. Il s’agit d’une rencontre internationale panafricaine au cours de laquelle seront conviés tous les entrepreneurs de la plateforme, y compris ceux qui n’ont pas encore été publiés. Durant cet évènement, le Prix de l’Afropreneur sera décerné à l’entrepreneur dont l’action aura eu le plus grand impact social, toutes catégories incluses.

Avec Afropreneuriat, 2020, année qui célèbrera le soixantenaire des Indépendances Africaines dans l’espace francophone, sera à n’en point douter, l’année de la nouvelle conscience africaine.

Comme nombre d’initiatives sur le continent depuis quelques années, Afropreneuriat est une initiative partie d’Afrique qui a séduit sa diaspora. C’est un symbole d’autonomie de pensée et de maturité de projection pour s’affranchir des canevas emprunts d’attentisme, loin des stéréotypes d’une Afrique misérabiliste et apocalyptique.

Les fondateurs d’Afropreneuriat démontre une énième fois que l’Afrique est bouillonnante d’idées, d’initiatives impressionnantes grâce à sa jeunesse qui a, depuis longtemps déjà, conquis les écosystèmes du numérique.

 

 

 

                                                        

 

[1] En Afrique plus de 840 millions de jeunes de moins de 25 ans vivent une transformation digitale sans précédent, 81% de la population possède un téléphone mobile, soit 995 millions d’individus. C’est ce qui ressort des #Adicomdays2018 (Adicom Days - Africa Digital Communication) d’Abidjan, le rendez-vous de tout le gratin de la webosphère africaine.

[2] Marième Faye Sarah Diop est détentrice d’un Master in corporate and sustainable finance obtenu en France (domaine : Ingénierie financière, financement responsable, investissement social) et Pape Malick Barros est journaliste, communicant.

[3] La diaspora africaine constitue une force économique considérable. Comment faire en sorte qu'elle constitue un véritable levier de développement pour l'Afrique ? C'est la question que s'est posée Malick Diouf, et qui a donné naissance à LAfricaMobile, élue meilleure start-up du Sénégal 2016. Il nous livre sur le lien suivant un talk à la fois riche et puissant. Malick est le fondateur de LAfricaMobile, une start-up sénégalaise de services à valeur ajoutée (SAV), qui propose des applications digitales civiques en Afrique de l'Ouest. Cette start-up se positionne aussi comme pont digital pour les médias et les institutions, qui souhaitent adresser leurs services et contenus à la diaspora africaine. En 2016, LAfricaMobile est élue meilleure start-up du Sénégal et sa campagne digitale est nominée parmi les trois meilleures d'Afrique : https://www.youtube.com/watch?v=b7aDsB777ls.

[4] Le budget alloué à l’entrepreneur-candidat dépend du budget présenté dans son business plan.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.