#BalanceTonGoudronnier #MeTooAfrique #Gabon

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#BalanceTonGoudronnier

#MeTooAfrique

#Gabon

Une personne pour qui j'ai de l'affection au Gabon a été victime d’attouchements. Son témoignage m’a profondément bouleversé, mêlant mon indignation à une envie de faire quelque chose, à cause de l’indolence des proches qui proposent indifféremment à la victime, le silence, l’oubli ou le déni en guise de thérapie posttraumatique sous le prétexte que « le linge sale se lave en famille » pour ne pas "ternir l’image" du bourreau, un oncle, alors que l’impunité est ici une manœuvre clairement encouragée.

N’ayant aucun mot capable de soigner son mal-être, j’ai décidé, pour faire retentir sa voix et celles de toutes qui, comme elle, subissent le même sort, de contribuer à ma manière à une campagne de sensibilisation qui se nourrit des échos du mouvement MeToo. Il s'agit de dénoncer les violences que subissent les femmes en Afrique, en pointant précisément du doigt, les cas de viol -à répétition- sur mineur(e)s, perpétrés au sein des familles.

Les témoignages tentent de briser le silence autour des agressions sexuelles où les personnes vulnérables, les victimes en l’occurrence, sont trop souvent raillées et renvoyées à des alibis fallacieux dont la brutalité insidieuse ose les faire culpabiliser afin de banaliser et justifier le viol pour dédouaner l’agresseur, oubliant l’absence de consentement, les moyens de pression et d’oppression à l’œuvre, le trafic d’influence, les intimidations de toutes sortes et surtout, le pouvoir de décision et l’autorité exercée par le bourreau sur le corps qu’il gouverne, contrôle ou méprise [« T'étais habillée comment? » #MetooAfrique].

La décision de rendre cette initiative accessible à un public plus élargi est aussi motivée par une bande audiovisuelle liée à un cas de pornographie infantile filmée au Gabon, probablement à Libreville.

Courant premier semestre de l'année 2018, sur Facebook et WhatsApp, les internautes partagent comme des petits pains, une vidéo amateur où une gamine de moins de huit ans subit une injonction de la part d’un adulte pour lui faire une fellation.

Le quidam serait, selon les informations glanées sur les réseaux sociaux, son beau-père, c’est-à-dire le compagnon de sa mère. Dans un premier temps, l’impuissance m’habite mais l’indignation me hante parce que les faits parlent d’eux-mêmes. Des parallélismes m’amènent à dire que cette gamine est simplement la face cachée de l’iceberg.

C’est pourquoi, la présente initiative est avant tout le coup de gueule d’une mère et d’une tante que je suis devenue et accessoirement d’une éducatrice, mais avant tout d’une femme qui ressent la souffrance de ces cas par analogie et décide, comme citoyenne et membre de la société civile de prévenir, sensibiliser, informer, alerter, etc.

C’est aussi pourquoi, l’initiative ne se limite pas qu’à rapporter des faits, elle ambitionne d’offrir des pistes de solution tirées des conclusions d’une étude de cas à partir de la cinquantaine de témoignages recueillis.

La parole est prioritairement donnée ici aux victimes qui ont aimablement partagé leurs vécus. Aucun mot ne sera assez grand pour leur adresser mes chaleureux remerciements tant leur apport, de par ces témoignages, est d’une valeur inestimable pour un potentiel impact sur la société.

Pour libérer plus aisément la parole et aborder la question avec une certaine maturité, j’ai subsidiairement considéré ces entretiens comme une conversation générationnelle puisqu’il s’agit tout de même de sexe : la plupart des personnes ayant témoigné ont, comme moi, la trentaine révolue.

Je leur ai proposé cet exercice comme une sorte de catharsis collectif en guise de psychodrame thérapeutique. Qu’elles trouvent ici ma profonde reconnaissance et ma gratitude infinie. J’ai pris un risque raisonnable dont j’espère qu’on ne me tiendra pas rigueur car, même si le temps est un puissant sédatif, le silence n’est pas un oubli lorsqu’il tient de la confiscation de la parole. Et il y a justement des blessures profondes où le silence tel une chéloïde s’installe en souvenir rugueux aux abords d’une cicatrice. De même, il n’est pas si évident de confier des épisodes liés à notre intimité, et partant notre sexualité, à des inconnu.e.s. C’est pourquoi j’ai d’abord partagé mon expérience durant nos entretiens pour installer la confiance. Par empathie, mues par une solidarité circonstancielle et grégaire, des gens qui ont vécu les mêmes choses tendent à se faire confiance.

Pour préserver l’identité des victimes, des prénoms d’emprunt leur ont été affectés et une sororité avenante relate les récits en leur nom. Je serai la seule à témoigner sous ma vraie identité, peut-être parce qu’il est plus aisé de parler de ce genre d’histoires, à visage découvert, seulement lorsqu’on n’a pas « tout à fait » subi l’acte « jusqu’au bout », grâce à une série de coïncidences aléatoires et providentielles tenant simplement du hasard.

Bien que les circonstances diffèrent, une constance est à observer sur la cinquantaine de témoignages recueillis : de sexe féminin, mineure la plupart au moment des faits, les victimes ont été (at)touchées unanimement sans leur consentement, quelquefois à maintes reprises, dans un contexte de confiance absolue, très souvent familiale ou proche. Des frères, cousins, géniteurs, beaux-pères, oncles, voisins, amis de la famille, amis « de longue date », répétiteurs scolaires, personnel domestique (et que sais-je encore) à qui on a eu naïvement confiance, ont saisi cette porte d’entrée privilégiée dans le cocon familial pour commettre leur forfait. Ce qui permet de tordre le cou à une rumeur erronée qui pèse sur le viol, indiquant à tort que cet acte n’est souvent opéré généralement que par des inconnus, dans des circonstances « facilitées » par un « habillement provocateur » de la part de la victime.

Or, le plus grand nombre d’agressions sexuelles enregistrées dans mes interviews démontre, au contraire, que l’acte a été commis dans un contexte familial ou proche, le bourreau ayant eu ainsi le temps, de façon préméditée et calculée, de mieux cerner l’environnement et la victime.

 

                                                                                              À SUIVRE....

 

[1] Dans le jargon du tolibangando, sabir parlé par la jeunesse gabonaise, le goudronnier est un bad boy, un mauvais garçon ; c’est pourquoi  ce terme, plus familier, sert d'avatar pour lancer cette campagne, en lieu et place du porc, un animal n’ayant somme toute, aucun lien social avec l’imaginaire du Gabon, pays de production de ces témoignages.

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