Etat de veille - onirique

Dernièrement j'ai fait le rêve où, dans une assemblée, je devais expliquer ce qui m'avait conduit à tolérer la dictature...

Dernièrement j'ai fait le rêve où, dans une assemblée, je devais expliquer ce qui m'avait conduit à tolérer la dictature:

« Il m'est arrivé, dans les premiers temps de la pandémie, comme beaucoup, de sembler perdre toute maîtrise du temps et de l'espace. Comme si le sol s'effaçait, les repères, pourtant solides, s'effondraient. Les bords du temps s'éloignaient jusqu'à ne plus être visibles et l'espace, pourtant familier, ne ressemblait plus à rien. Le monde s'est réduit ensuite à l'horizon d'une cuisine, d'un jardin (au mieux), à une cour d'immeuble – et le cours des événements s'est inscrit dans une logique hors de tout entendement, mais acceptée, quelle qu'elle soit parce que nécessaire à la compréhension d'un presque monde réduit à presque rien et dont toute l'actualité ne tournait plus qu'autour d'un seul sujet. Je me suis alors accroché, comme beaucoup, à ce qui m'était raconté, puis imposé, sans discussion – comme un enfant qui cherche un cadre apaisant, ou un animal qu'on sort tout juste de l'isolement d'une caisse transportée sur un navire. J'aurais accepté qu'on me mette des couches, on me mettra un masque. J'ai cherché, je l'avoue, les limites, les bornes temporelles de ce monde inconnu – et on me les a données, dictées je devrais dire - d'en haut, de très haut, de façon arbitraire, mais d'une voix qui m'avait semblé rassurante car j'attendais cela, j'acceptais cela, je voulais même plus encore qu'on me contraigne, qu'on me fixe un cadre ferme, définitif. Je voulais qu'on me dicte qui j'étais et quelles sont mes limites.

Mais j'ai voulu reprendre pied, un à un retrouver mes repères, ma compréhension nouvelle du réel, du temps et de l'espace. Et c'est alors que partout nous avons été brimés. L'état de façon autoritaire, paternaliste, mais aussi l'opinion publique qui s'est rassurée d'être guidée comme un aveugle, et qui s'est engagée, car elle avait besoin de certitudes, à durcir les mesures.

Il ne s'agissait plus alors de contenir un virus, mais, au nom de cela, d'empêcher chacune, chacun de reprendre la maîtrise de son espace. Pour reprendre pied, l'humain se met sur ses deux jambes et marche, il chemine, parcourt le territoire, va d'un point à l'autre. Il ne piétine pas, il prend par la marche, la mesure de la l'espace qui l'entoure. Rien dans la marche en extérieur ne contribue à la diffusion d'un virus qui disparaît à l'air ambiant, rien dans cette marche là ne tue ni n'asphyxie. A pied on ne crache pas sur un autre, on parle peu, on ne sert pas des mains, on se dit bonjour en gardant ses distances, d'un bref signe de la main. Ce sont des codes lointains, universels, naturels. La marche à pied est humaine et saine en temps de pandémie, elle a pourtant dès les premiers jours été interdite, réprimée à coup d'amendes, d'injonctions, de délation, de drones, de traçage numérique, etc... Pour reprendre pied, l'humain se repère sur le regard, la voix, le corps des humains qui l'entoure, et à qui il s'adresse. Ces autres peuvent être à 2 m de lui au loin, c'est même, pour celles et ceux qu'on ne connaît pas une distance agréable, sympathique, mais il doivent être réels, comme nous, physiquement présents, c'est la réponse aux signes que l'on transmet qui donne l'apaisement, la mesure de qui nous sommes. Un geste de la main, un sourire suffisent, mais ils sont essentiels. Rien dans ce type d'interaction ne peut transmettre un virus qui n'est ni numérique, ni « magique ». Et pourtant, il nous a été suggéré une vertu fantastique du virus : celui-ci se déplacerait comme les rayons d'une baguette magique, c'est à dire dans l'air ambiant, mystérieusement, d'un sourire, d'un regard à un autre. C'est pourquoi il nous a été imposé de ne se voir plus que par les usages numériques, la culture même est devenue entièrement numérique, artificielle, de même pour la transmission, le travail, etc... Par les écrans, les repères ont explosé, les limites se sont brouillées, nos corps, nos voix, nos sourires se sont perdus dans une confusion planétaire. L'humain n'est plus qu'un amas de pixel, sa voix se tord, se brise suivant la qualité de la connexion, le visage de l'autre n'est plus qu'en 2 dimensions, figé en miniature sur un coin du bureau.

Ce qui nous a été imposé, le « confinement », est revenu à vivre dans des espaces confinés, reliés par l'usage de la voiture, à d'autres espaces confinés, saturés de virus par la proximité, le conditionnement de l'air, et le fait que le virus incriminé reste durablement dans ces environnements de plastique, de métal et d'absence d'aération naturelle. Ce qui nous a été imposé, c'est de plonger l'humanité dans une fausse clarté du jour (l'éclairage des écrans), perpétuelle, une tribu planétaire en deux dimensions, contrôlable à merci, sans lien avec sa réalité et ses bornes physiques.

Tout cela pour nous maintenir, le plus longtemps possible, dans notre profonde et durable perte de repères.... »

Puis je me suis réveillé, tout cela n'était qu'un rêve bien sur. J'ai regagné mon vaisseau spatial, j'ai écouté la radio, tout allait enfin s'ouvrir, la vie allait reprendre comme avant. Il n'y avait presque rien de changé. Chacun allait retourner travailler dans les mêmes espaces confinés, les centres commerciaux, les écoles allaient rouvrir. Les grands accélérateurs de la contagion du virus allaient redevenir nos lieux de vie et de rencontres....

 

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