Propagande insidieuse et parler vrai

Propagande : mots insidieux.

Enthousiasme partagé pour tous les démocrates : les Grecs ont opposé le "non !" de la démocratie au diktat de la dette, habillé par les prétextes de « réformes », « règles », par le discours de l’économie capitaliste asséné comme une fatalité.

« Non », « OXI », sauver  la finance en mettant les grecs dans la misère, ce n’est ni de la bonne économie, ni de la bonne politique. Le capitalisme trouve ses limites quand ses exigences d’extorsions remettent en cause le minimum vital de survie de la force de travail…

Mais cette subite intrusion du réel, du vécu, de la politique dans le jeu capitaliste européen dérange…

Il faut vite faire rentrer l’espace de parole ouvert par ce « non », cet "OXI" dans les schémas discursifs de la banalité financière et bancaire.

Pour diffuser la bonne parole Le Monde est toujours prêt et rapide. Quand on est abonné à ses newsletters on reçoit sa dose toxique de désinformation trois fois par jour.

Pour les livraisons d’aujourd’hui, on relèvera :

Un titre infâme : « Le sauvetage de la Grèce débattu au sommet »

Comme si le sauvetage de la Grèce ça n’avait pas d’abord été le référendum où les Grecs ont dit non à ceux qui leur enfoncent la tête sous l’eau depuis qu’ils sont rentrés dans le piège européen. Comme si les ministres et présidents de l’eurogroupe étaient le « conseil de l’empire », façon starwars. Comme si jeter à un nageur en difficulté une bouée en plomb c’était le « sauver ».

Et l’immonde :

« Grèce : Tsipras sacrifie Varoufakis, un geste suffisant? »

Sinistre discours de journalistes enfermés dans la représentation politicienne bourgeoise du monde, dans laquelle on attache plus d’importance à une carrière ministérielle qu’à une politique.

On y opposera le texte de Varoufakis lui-même… lequel ne ressemble pas à un mouton sur un autel :

La déclaration originale vaut mieux que bien des commentaires…

"Le référendum du 5 Juillet restera dans l'histoire comme un moment unique où une petite nation européenne s'est levée contre la servitude de la dette.

Comme toutes les luttes pour les droits démocratiques, le rejet historique de l'ultimatum posé le 25 juin ultimatum à la Grèce par l'Eurogroupe n'est pas sans coût. Il est donc essentiel que la grande confiance accordé à notre gouvernement par le splendide vote NON soit investi immédiatement d'un OUI à une résolution appropriée - à un accord qui implique une restructuration de la dette, moins d'austérité, la redistribution en faveur des plus modestes, et de réelle réformes.

Peu après l'annonce des résultats du référendum, j'ai été mis au courant d'une certaine préférence de certains participants à l'Eurogroupe, et de «partenaires» pour... mon «absence» de ses réunions; une idée que le Premier ministre a jugé potentiellement utile pour parvenir à un accord. Pour cette raison, je quitte le ministère des Finances aujourd'hui.

Je considère qu'il est de mon devoir d'aider Alexis Tsipras à exploiter, comme il l'entend, le capital que le peuple grec nous a accordé par référendum d'hier.

Et je porterai le dégoût que j'ai inspiré aux créanciers avec fierté.

Nous, à gauche, savons comment agir collectivement, sans attachement aux privilèges de la charge. Je vais soutenir pleinement le Premier ministre Tsipras, le nouveau ministre des Finances, et notre gouvernement.

L'effort surhumain pour faire honneur au brave peuple de Grèce, et le célèbre OXI (NO) entendu par les démocrates du monde entier, ne fait que commencer.

Yanis Varoufakis

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