CHEMISE ET GRENADE, MAMELLES DE LA COMMUNICATION

La CGT pourrait prendre exemple sur Cazeneuve et conclure à propos des dégâts de chemise subis par les dirigeants d'Air France "qu'aucune faute ne peut être retenue contre les salariés incriminés"...

Oui, bien sûr, déchirer une chemise patronale est beaucoup plus grave que tuer un jeune homme avec une grenade, et les violences syndicales donnent "une mauvaise image de la France", tandis que la mâle résolution de nos gendarmes pour la défense de quelques bulldozers est au contraire vendeuse, mais la formule pourrait faire jurisprudence.

Sinon, Messieurs Hollande et Valls souhaitent que la justice passe vite... vu le problème "d'image de la France"... Ca fait penser que le jugement de Monsieur Cahuzac va lui aussi tomber bientôt, à moins que les soupçons d'évasion fiscale visant un ministre du budget ne fassent aucun tort à l'image de la France.

En tout cas, Madame le Garde des Sceaux, vite, mettez nous ces salariés lèse-patron au pilori!

Cachez ces mamelles de patrons que nous ne saurions voir ! Frêles organes de la richesse nationale donnés en pature aux regards concupiscents des télespectateurs!

Que la presse économique des pays voisins soit satisfaite!

Qu'on licencie des cégétistes, The Economist a soif!

P.S. Pourquoi les dirigeants d'Air France ne se sont-ils pas opposés, ni plaints de la divulgation d'images "contraires à leur dignité"? Un patron torse nu ! en fuite! C'est une atteinte à son droit à l'image!

A moins bien sûr qu'il n'y ait là quelque chose du rôle de composition et du "story-telling" (Allo Mimi, on va extraire deux dirigeants à moitié à poil par derrière, vous avez le temps de faire le tour avec vos caméras, on n'a pas fini le maquillage... Une chemise toute neuve! Ils ne savent pas ce qu'ils ont déchiré!)

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