LYNCHAGE MEDIATIQUE : « Y’EN A 20 QUI… »

« Y en a 20 qui ont été identifiés.

Et parmi eux une dizaine de syndicalistes.

Alors, qu’on ne dise pas que les syndicats n’ont rien à voir là-dedans »…

 

Texto, ce que je viens d’entendre sur … France-Inter.

« Y en a 20 qui ont été identifiés »

20 … quoi ? Identifiés par qui ?

Ils s’agit sans doute de 20 criminels, auteurs de « lynchage »… On se souvient qu’ici même, plusieurs media participants clamaient haut et fort leur indignation contre ceux qui « s’y mettent à 20 contre 1 » …

Au mépris de l’évidence des images de propagande patronale et gouvernementale elles-mêmes  qui ont fait le tour du monde … Et où l’on voit que pour l’essentiel les « agresseurs » présumés de dirigeants d’Air France avaient affaire à une forte partie de gros bras vigiles (non sans s’être au préalable heurtés aux CRS chargés de préserver l’intimité et le secret des décisions patronales)

« Et parmi eux une dizaine de syndicalistes »

Tiens… les syndicalistes sont fichés (Par la police? par la surveillance interne à Air France ? par la DRH ?) et les forces de l’ordre fournissent rapidement aux journalistes ces données personnelles…

Et le chroniqueur de France-Inter tient cela pour vrai et ne se pose pas de questions sur le mot « syndicalistes » : « adhérents » ? « militants » ? « élus » ?, « délégués » … de quels "syndicats ?"

Il ne fait pas de contre-enquête, ne s’informe pas. La rumeur lancée par la police, la société de surveillance, la DRH ou le patronat lui suffit.

Et quel plaisir, quel soulagement de pouvoir rendre enfin à l’épithète « voyou » sa juste place : « syndicalistes voyous », » militants voyous », « voyous rouges ».

Alors qu’on entend trop souvent l’expression « patrons voyous »… Par exemple pour l’évacuation musclée de l’équipement industriel d’usines bradées par opportunisme boursier… Une expression dont on attend que Messieurs Valls et Hollande intiment, pour des raisons d’ordre publiqc, à chacun de ne plus l’employer, au nom du crime de lèse-patronat….

 

« Alors, qu’on ne dise pas que les syndicats n’ont rien à voir là-dedans »

On espère que « les syndicats » (rassurons les honnêtes gens, on ne vise ici que les syndicats « voyous », ceux qui inspirent et soutiennent le détricotage du droit du travail peuvent continuer à tricoter tranquilles leurs maillots jaunes) seront traînés devant la justice.

Pourquoi pas licencier d’office les syndicalistes ayant eu à tremper dans ces actions infâmes qui « ne donnent pas aux investisseurs envie d’investir en France » ?

Ca ce serait enfin « un « signal fort » !

Un peu plus tard on entendra sur les mêmes ondes : « Il faut envoyer un signal fort … quand on pense qu’il y a quelques mois le Parlement a failli voter une loi d’amnistie pour ce genre de « crime ».

Voilà… le pouvoir Valls-Hollande a une radio à sa main, une télé à sa main, une presse à sa main.

Pour relayer une infecte propagande antisyndicale et antiouvrière.

Pour construire le consensus autour de la criminalisation des luttes des salariés (lesquels ont l’exclusivité de ce traitement étatique et médiatique…  car le pouvoir « comprend » les violences de certains, mais « condamne » celles d’autres… Selon une logique qui échappera à tous ceux qui continue à croire que « la lutte de classes n’existe pas »

Le crime de lèse-patronat justifie tous les amalgames, toutes les entorses à l’éthique journalistique. Des vigiles aux services policiers de renseignement aux journalistes idéologues le flux coule en continu.

Et bientôt la justice « frappera vite » « ces 20 »… « voyous » , et particulièrement fort sur cette dizaine… « syndicalistes voyous » .

Dans le meilleur des mondes, on pourrait leur appliquer déjà les législations anti-terroristes qu'on met si longtemps à américaniser, par "frilosité". Ce n'est pas pourtant pas difficle de traduire "Patriot Act"... en français ça donne "acte patriotique". Le contraire de l'acte "anti-patriotique" ... suprême de donner "une mauvaise image de la France", par exemple en déchirant la chemise du DRH d'Air France !

Être syndicaliste est manifestement, sous ce pouvoir qui « aime » la finance et les patrons une circonstance aggravante de toutes incriminations et un « signal » suffisant de ne pas s’encombrer de « procédures »….

 

 

 

 

 

 

 

 

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