Cazeneuve fait-diversier

« Faits divers », tel est le titre de la rubrique ou Le Parisien rend compte du discours, ce mardi 13 Octobre 2015, du Ministre de l’Intérieur à l’école militaire, à Paris.

C’est une bonne classification, car en bon élève de son prédécesseur Sarkozy, le Ministre est au moins autant ministre des faits divers que « de l’intérieur". Son activité est en grande partie une activité de pure propagande, se saisissant des circonstances pour faire avancer l’idéologie populiste sécuritaire sur laquelle il surfe avec le Président Hollande et Manuel Valls, l’homme qui assigne des « vocations » à des « populations ».

Le Parisien est admiratif des qualités de l’orateur et fait l’éloge « d'un discours de plus d'une heure, sans notes, dont chaque mot était soigneusement pesé. Un exercice d'équilibriste toujours difficile pour tout «premier flic de France”

Dont acte : chaque mot est soigneusement pesé.

On observera donc un parfait équilibre entre deux propositions contradictoires.

D’une part Monsieur Cazeneuve dit :

«Il faut éviter les emportements et les amalgames et toutes propositions qui affaiblissent la relation entre la police et la justice»

et d’autre part il énonce avec force sa condamnation d’un état de fait du côté Justice, qu’il décrit comme reflétant la réalité :

«Je ne peux accepter que des policiers et des gendarmes puissent être atteints par des personnes qui devaient être en prison», a-t-il poursuivi.

Cazeneuve ne parle pas en général, il caractérise un fait précis et existant, à l’indicatif :

« Des personnes qui devaient être en prison ».

Ce n’est pas un propos général sur une politique pénale, c’est bien la condamnation d’une décision précise de justice, celle-là même qui fait le motif de la manifestation de policiers contre la justice, à laquelle en fait il appelle, en bon démagogue.

Il remet clairement en cause, depuis son statut de ministre de l’Intérieur, une décision d’un juge.

Plus loin, faisant mine d’euphémiser, il caractérise l’erreur du juge :

« Il y a eu un dysfonctionnement ».

 Reste à appeler publiquement à des sanctions. Pourquoi pas une mise à pied ou une révocation ?

On ne peut mieux dire que, sous cette Présidence, la Justice est un département subordonné à celui de la Sécurité. On pourrait suggérer que les décisions des juges d’application des peines soient soumises à l’appréciation des préfets. Pourquoi s’encombrer de magistrats quand on a une administration ?

Et … "nous" défendons, les armes à la main, l’instauration de « l’Etat de Droit » un peu partout dans le monde…

Tout en ayant un Ministre de l’Intérieur, populiste et sécuritaire, qui conçoit les institutions à la manière d’un dictateur baassiste ou d’un empereur centre africain.

 

 

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