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Billet de blog 15 nov. 2013

Le racisme "décomplexé": une image pernicieuse

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“Décomplexé” curieuse expression.

Une nouvelle fois, ce matin, sur les ondes, on entend beaucoup parler de “racisme décomplexé”…

Il s’agit de commenter la Une injurieuse et raciste de Minute à l’encontre de la Garde des Sceaux ou de revenir sur l’épisode des enfants utilisés comme marionnettes par une organisation raciste  …

On revient aussi sur les injures de Le Pen à l’encontre des Roms. En minimisant la condamnation, qui vient de tomber dans une certaine indifférence coupable,  par la justice de ces propos.

On rattache de manière récurrente ces faits d’expression publique à ce prétendu “racisme décomplexé”.

Le racisme aurait donc été, à un moment donné, handicapé par un “complexe” et maintenant ça irait mieux: les racistes iraient mieux. Il seraient « mieux » dans et avec leur racisme !

Qui les auraient soignés?

Qui auraient été leurs thérapeutes?

Madame Le Pen? En leur ayant offert un support d’identification plus présentable ( ?)  que son père ?

Les medias dominants? A force d’avoir dit que les racistes exprimaient “mal “de vrais problèmes.

Leur fournissant ainsi l’étonnant alibi d’intention: ce qu’ils disent est immonde et scandaleux, mais ne nous arrêtons pas à cela, en fait ils veulent dire « autre chose », de présentable.

« Donnons-leur du travail, de la réussite scolaire, des perspectives économiques confortables, une équipe de foot qui gagne et ils deviendront humanistes et fraternels… ».

Le Pen thérapeute, les medias thérapeute. Gentils et souriants, à l’écoute du gentil petit raciste: “Tu peux tout dire, vas-y, personne ne te juge”…

Curieuse thérapie dont l’issue est dans la multiplication des récidives. Dont la finalité semble être l’aggravation du mal…

Foutaises !

Il faut donc combattre cette métaphore ! Qui n’est en réalité qu’une argumentation au service du racisme.

1 - Le racisme est une idéologie reflétant une anthropologie fausse et mensongère, anthropologie qui a posé l’hypothèse d’une division de l’espèce humaine en « races » et s’est employée ensuite à chercher les traits distinctifs susceptibles de faciliter le classement des individus dans ces catégories imaginées.

Il faut dire haut et fort que cette anthropologie est sans validité devant l’immense diversité des humains. En particulier le classement fondé sur la fausse évidence des différences de pigmentation de la peau ne résiste à aucune observation, ni méthodique et assistée par des procédures techno-scientifiques, ni relevant de l’expérience quotidienne (sous réserve de déchausser un peu les lunettes déformantes de l’imaginaire raciste). Le racisme est un fantasme, qui a créé un nombre limité de catégories d’humains , classés dans ces catégories sur des critères qui dans la réalité n’ont aucune factualité objectivable.

Le premier niveau de « décomplexion» des racistes devrait donc être de les libérer de cette erreur de perception, produite par la banalisation de théories fausses.

2 – Le racisme trouve aussi à la fois sa source et son aboutissement dans le « racialisme » (1) c’est-à-dire une idéologie politique qui assigne un statut social et civil aux individus sur critère d’appartenance de race.

Curieusement, le « racialisme » quand il est mis en pratique vient prouver l’inanité du racisme. En effet pour assigner les individus aux catégories, « races », à fins de gestion de leur identité civile, les institutions sont obligées de faire fonctionner des critères arbitraires et de reformuler les catégories selon les situations ad hoc, pour la bonne raison qu’aucune réalité objective ne vient faciliter le traitement grégaire des humains par des signes et indices fiables, ni simplement observables. Ainsi le « racialisme » est toujours obligé de fonder la « race » dans des procédures administratives et gestionnaires, notamment via la fixation des identités par des « papiers ». (2)

La « décomplexion » ici renvoie tout simplement à un moment de la lutte de classes et de castes. Il faut combattre le « racialisme » parce que c’est une technique de domination et un système de gestion des individus, utilisés par les pouvoirs ségrégationnistes et inégalitaristes. L’arbitraire du racialisme est le cache-pouvoir du capitalisme (comme il l’a été ici, et l’est encore ailleurs du féodalisme et de l’esclavagisme).

Il faut donc convaincre les citoyens que leur assignation à un statut de « race » est foncièrement illégitime, que c’est un instrument de reproduction et d’aggravation de l’inégalité, l’une des ressources de l’exploitation des êtres humains.

Pour conclure, notre société pourra se considérer « décomplexée » du racisme, quand elle se sera débarrassée du racialisme et que l’éducation aura ruiné dans les esprits la croyance en l’existence des races.

« Décomplexer » les racistes, ce ne peut-être que les aider à se débarrasser d’une idée fausse et renoncer à des pratiques illégitimes, et souvent délictueuses, voire criminelles.

(1) Lire notamment :Dominique Schnapper (1998)  La Relation à l'Autre. Au cœur de la pensée sociologique, Paris: Gallimard NRF/Essais

(2)D’autres approches, politiquement ou philosophiquement inspirées par le souci de la paix sociale et de la concorde, viennent euphémiser le racialisme institutionnel. On ne parle plus alors de race, mais « d’origine, de culture, de religion », selon un tryptique de l’identité dont la déconstruction reste à faire… Le présent billet ne s’y attachera pas. Partie remise.)

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