Vous avez dit "Population"?

Manuel Valls se préoccupe du "problème des populations Rom" en confrontation avec les "populations" "locales".

Il n'est pas le seul, tous ceux qui agitent une "question Rom" emploient sytématiquement le mot "population", souvent ils alourdissent: "ces populations..."

Il doit y avoir un conseiller juridique qui leur a dit qu'en parlant de "population" on évitait de paraître faire de la "ségrégation ethnique".Juste de la "ségrégation", en en omettant la dimension "ethnique". Est-ce suffisant pour que le discours ne soit pas "raciste"? Passer au niveau du spécialisme nous fait-il progresser en humantié?

Il reste, pourtant, que le terme "population" est un terme apolitique, qui considère ceux qui constituent la population en question indépendamment de leur statut humain, de leurs droits, de leur citoyenneté.

"Une population de batracien", "des populations de fourmis".

A une époque, le discours raciste, qu'il soit en référence de couleur de peau, de classes sociales, de caste, utilisait volontiers le terme de "faune". Bien longtemps après la controverse de Vallalolid...

Au Palais-Bourbon, il n'y a pas une population, mais une assemblée de députés. Au Sénat on ne parle pas de population vieillissante, pour expliquer par exemple qu'ils ne savent pas lire le dossir Dassault, mais de "Haute Asemblée"
On ne parle pas de "population" des stades, mais de club de supporters.

Ni de "population" de l'Université, mais de "communauté universitaire" (même s'il y a de quoi "le dire vite", selon l'expression de ma grand-mère).

Parler d'humains en terme de "population" c'est se mettre dans la position du biologiste qui s'inquiète de populations de batraciens, ou de militant du WWF qi s'inquiète de voir baisser la population de pandas ou de tigres polaires....

En tout cas, cela manifeste que les gens, les groupes ainsi désignés sont considérés dans le mépris total de leur subjectivité, de leur réalité d'êtres sociaux et politiques.

Opposer "les populations Rom" à "la population française" est extrêmement méprisant aussi bien pour les citoyens français que pour les Roms, citoyens du Monde, souvent citoyens européens, comme aussi citoyens français, pour beaucoup, roumains, bulgares, autres...

Un début de solution commencera à être entrevu quand on ne parlera plus avec l'objectivité de l'expérimentateur en éthologie, mais envisagera de travailler politiquement avec tous les acteurs concernés, respectés dans leur statut humain.

 

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