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Billet de blog 27 mars 2013

A propos de la "Bombe de la dette étudiante"

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A propos de  « La bombe de la dette étudiante ».

La crise de l’université à l’ère de la Contre-Réforme Néo-Libérale est maintenant assez bien documentée et donc connue, par ceux qui veulent savoir, autour d’un certain nombre de questions :

-       la marchandisation des formations, conçues de plus en plus par référence à des aptitudes opératoires adaptées au marché du travail immédiat, abusivement appelées « compétences », où l’utilité sociale n’est plus considérée, remplacée par la compétitivité et la rentabilité financière

-       le management mimétique nourri par le modèle d’une entreprise autoritaire soucieuse seulement de réduction des coûts, de valorisation mercaticienne des produits, d’évaluation par indicateurs bureaucratiques, de normalisation par le stéréotype

-       l’utilitarisme de la recherche et de la publication

-       l’abaissement des disciplines et sciences, réduites à un statut de sous-traitantes des applications

-       la réduction de la « culture » à quelques discours slogans d’un pragmatisme fantasmatique courant d’échec en échec, s’affligeant à chaque étape du déclin dont il est le zélateur

-       la servitude volontaire des universitaires qui préfèrent s’infliger eux-mêmes la potion néo-managériale plutôt que de résister, parce que faisant le calcul (paradoxe du prisonnier, quand tu nous tiens…) que puisque les autres ne résisteront pas il n’y a qu’à se préoccuper de la répartition des restes.

Pourtant reste une question : Pourquoi ?

Quelle est la logique économique de cette (ir)-résistible catastrophe ?

Le petit livre de François Delapierre, « La bombe de la dette étudiante », (éditions Leprince),  fournit une bonne part de la réponse.

Sans être un ouvrage de recherche originale, il rassemble en une interprétation cohérente un certain nombre de faits socio-économiques constitutifs de la crise contemporaine de l’Université et en restitue la dynamique.

La thèse de l’ouvrage est que le capitalisme a terminé de tirer les conséquences de son projet de « rentabilisation » de l’Université.

Les grandes entreprises, la finance, les banques ont identifié en quoi l’Université pouvait devenir,  enfin !, un domaine économique comme un autre, soumis à la concurrence libre et non faussée, permettant à une grande échelle – de plus en plus à une échelle mondiale – l’extorsion d’importants profits sur les étudiants, leurs familles et l’état. Pour cela elles ont réorienté l’activité universitaire pour en faire une activité de service à grande échelle, dont les produits (notamment le « diplôme ») sont vendus à crédit aux étudiants et à leur famille.

De manière massive aux Etats-Unis ou en Corée du Sud, de manière croissante au Canada au Royaume-Uni, de manière naissante (mais approchant déjà les 10% de la masse étudiante) en France, de manière conquérante dans les relations Nord-Sud, les étudiants et leur familles s’endettent auprès des banques pour acheter de la formation, de la « force de travail » plus ou moins chère, plus ou moins labellisée auprès des écoles supérieures et des universités.

Le plus possible, elles réduisent la place du financement public de la formation aux formations de socle commun, non valorisables sur le marché concurrentiel de la force de travail et veulent accaparer pour le domaine marchand, de concurrence « libre et non fossé », la production de la force de travail financièrement rentable.

Pour cela, elles trouvent des idéologues au sein de l’UMP par exemple, dont une centaine de députés soutiennent que le « prêt étudiant » relève de la justice sociale, ou dans des officines, telle Terra Nova ou des chercheurs de l’Essec, qui défendent l’idée que la gratuité des études et les bourses doivent faire place à la rentabilité et la dette.

Ou encore elles façonnent à leur main « l’espace universitaire européen et mondial ». LRU, AERES, Erasmus mundus, les ECTS, la « semestrialisation », la « logique compétences », la contractualisation  etc… sont leurs outils.

C’est l’aveuglement – ou la trahison ? – du parti « socialiste » que d’accompagner sans aucune distance ni critique ce mouvement depuis le début du « Processus de Bologne », ne se différenciant jamais du pouvoir néo-libéral , même lorsque la prétendue « alternance » lui en crée l’occasion.

Par ce processus, bientôt il ne sera plus nécessaire qu’à l’Université on apprenne vraiment quelque chose ou fasse vraiment de la recherche.

Il suffira qu’on prenne le moyen de labelliser des marques aussi prestigieuses que vaines (Sciences Po, par exemple…) ou de se faire référencer à Shanghaï par des bookmakers parfumés académiquement, pour vendre à crédit de la formation à des étudiants, comme aux Etats-Unis on vendait naguère des maisons à la lower middle-class.

Peu importe que l’Université apporte quelque chose aux étudiants, à leurs familles ou à la société. Peu importe l’avancée de la connaissance. Peu importe l’élaboration de la culture.

L’important est que les étudiants entrent dans le système de la dette, et, dès leur entrée à l’Université, se mettent à produire du profit pour la banque, comme un patron de pêche qui se ruine en gavant d’intérêt d’emprunt le Crédit Agricole, comme les Grecs qui gavent la ploutocratie internationale des intérêts usuraires des emprunts contractés par leurs gouvernants corrompus.

Lire le petit livre de Delapierre sera sans doute d’un grand secours pour tous ceux qui veulent comprendre et combattre la ruine programmée de l’Université et des étudiants.

Les étudiants québécois ont déjà montré la voie. Continuons à l’éclairer.

Il faut sauver l’Université.

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