Journal Biélorusse, Jour-29 (6 septembre 2020)

Ils ont foncé comme un mur de fer. Puis ils ont pourchassé leurs proies en les renversant et les frappant, encore et encore. Théâtre de l’absurde. Scène biélorusse.

Je suis abasourdie devant ces vilaines gens qui frappent et frappent et frappent.

Plus tard dans l’année, ils iront en Europe dépenser leur argent et en reviendront les bras chargés de cadeaux pour leurs famille et puis, ils reprendront leur matraque. Il faut être indifférent comme un diplomate, cynique comme un leader politique, obtus comme un fonctionnaire européen pour arriver à dresser une liste ridicule de 40 personnes bannies de l’espace européen. Le cauchemar biélorusse aurait été donc créé par une vingtaine de personnes, - pensent ces esprits simples.

Par exemple, Natalia Eismont, porte-parole du Président débarquant pour observer la répression avec l’homme de main de Loukachenko, Pavliutchenko, n’est pas sur la liste, n’y sera pas. Et pourtant les caméras l’ont bien fixée, hier, une fois de plus. Après son arrivée impériale, la débauche de violence a commencé. Les forces du régime ont attaqué les piétons.

D’abord ils ont foncé comme un mur de fer. Puis ils ont pourchassé leurs proies en les renversant et les frappant, encore et encore. Une fille a sauvé un garçon devant nos yeux. Elle a couvert de son corps un garçon inconnu.

« Allez, venez vite par ici, entrez donc ! » On entend sur une vidéo une femme appeler des jeunes à se réfugier dans son café. Les jeunes hésitent un peu. Ils paniquent, ne voyant pas d’autre endroit où se cacher ils finissent par entrer. La femme ferme la porte. Mais les épouvantables chasseurs d’hommes arrivent à grande vitesse. « Ouvrez la porte ! ». Et puis sans attendre, leur chef frappe de toute sa force plusieurs fois, brise la porte, et en sort tous ceux qui s’y sont réfugiés...

C’était la première vitrine brisée en 29 jours. Elle a été brisée par le colonel Karpenkov, qui n’est sûrement pas sur la liste des sanctions non plus. Il dira demain que ce n’était pas lui ou que ceux qu’il pourchassait étaient des bandits, des drogués... peu importe les images et vidéos.

Une vieille dame tombe renversée par un abruti de cet ordre pervers. Une jeune femme hurle, les abrutis la traînent, ils hésitent un peu car elle porte une longue jupe rouge. Comment la prendre, finalement ils la prennent comme on leur a appris, comme une bûche. Et la posent dans leur fourgon.

633 arrêtés. 363 sont toujours en prison.

Trois sauveteurs. L’un a une épaule tordue, le plus âgé a eu une crise d’hypertension. On les a arrêtés parce qu’ils ont repêché des gens qui avaient sauté dans la rivière Svislotch en fuyant les abrutis. Les sauveteurs les ont ramenés sur l’autre berge sous les regards des troopers zombis alignés sur le pont.

Mais il n’y de salut nulle part. Tous sont leurs otages, tous les métiers, tous les âges.

Après les sauveteurs, un garçon de 12 ans est relâché. Il est allé voir la manifestation, seul, en cachette de ses parents. La police le menace de le remettre à l’inspection des délinquants mineurs.

Timour qui a été torturé est déjà choisi pour le rôle du méchant à condamner sévèrement. Il a été interdit de visite. Il a 16 ans.
Un autre adolescent de 16 ans s’est également retrouvé dans le coma après avoir été arrêté à Gomel. La police l’accuse d’avoir jeté une bouteille explosive contre un policier. Peu importe qu’il n’y ait aucune trace d’explosif ou de bouteille...

A Bobroujsk on juge une professeur de musique qui a refusé de signer le protocole de votes. Le juge a eu besoin d’une deuxième audience. Le cas est très complexe... « comme c’est curieux ! Comme c’est bizarre ! » - écrirait Ionesco. Et Josep Borrel a écrit : « Les manifestations massives impressionnantes ont montré la fidélité du peuple biélorusse à son intention de défendre les libertés, leurs droits et valeurs démocratiques ».

On entend les éclats de rire joyeux de la junte biélorusse et leurs amis de l’est lorsqu’ils découvrent son communiqué.

Trois membres de Conseil de coordination ont été enlevés ce lundi matin, dont Maria Kolesnikova.

 

Violences des forces de l'ordre du 6 septembre 2020 © Жизнь с юмором

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