Journal Biélorusse, Jour-31 (8 septembre 2020)

Le 14 septembre, Loukachenko doit se rendre à Moscou où il signera des accords qui ne seront probablement pas favorables à la Biélorussie. La grande inconnue de tous leurs scénarios et stratagèmes reste le peuple biélorusse, plus déterminé que jamais. Petit retour sur les médias et l’Histoire.

Un récent article d’un grand journal du soir, signé par une journaliste spécialisée « Russie », laisse une sensation de « déjà lu ». La production d’analyses pré-formatées et redondantes limite l’éclairage qu’elles apportent à leurs lecteurs.

Je passe sur le méli-mélo entre le « le fiasco du plébiscite » (en Biélorussie), « le scénario russe d’asservissement de l’Ukraine », « la contestation politique aiguisée par la tentative d’assassinat » (sur Navalny) .. et m’arrête sur « depuis mars l’opposition a réussi un remarquable éveil du peuple »... non, chère journaliste, ce n’est pas l’opposition qui a réveillé le peuple en Biélorussie, mais bien le peuple qui a bâti une opposition par une multitude d’initiatives ponctuelles et locales menées jour après jour et qui culminent dans les plus grandes manifestations.

Toujours sans leader.

Le même soir, France 24 interroge un expert eurasiatique au nom appétissant. L’expert est sérieux. En trois minutes d’expertise, il réussit à déformer le nom de l’une des trois opposantes. Tsepkalo devient Tselapko. Il n’a même pas pris la peine de lire correctement. De toute façon, c’est imprononçable...

Et surtout il a qualifié l’opération des services biélorusses visant à expulser Maria Kolesnikova du pays d’opération réussie, l’inverse de ce qu’elle fut en réalité, un échec évident qui place les services et même le Président dans une situation compliquée, puisqu’ils ne savent que faire de leur prisonnière qui a refusé de quitter le pays.

Autre analyse, toujours dans la presse du soir : Poutine ne veut pas soutenir Loukachenko, l’Histoire montrant qu’un vandale n’avait jamais sauvé un autre vandale. Sans revenir sur l’histoire européenne entre le troisième et le neuvième siècle, on s’interroge sur la pertinence de la métaphore.

En effet, l’affrontement physique quotidien entre le peuple et le régime Loukachenko qui dure depuis un mois, est sans précédent et n’est-il possible uniquement grâce au soutien de Poutine ?

Le Kremlin n’a-t-il pas reconnu les élections ;

le Kremlin a félicité Loukachenko pour sa victoire ;

les journalistes russes travaillent à la place des journalistes biélorusses licenciés de la télévision publique ;

les slogans des manifestants pro-Loukachenko sont écrits par les Russes ;

le Kremlin a déclaré qu’il n’était pas prêt de reconnaître l’existence de prisonniers politiques en Biélorussie.

C’est dans un lycée de Moscou que le troisième fils de Loukachenko est allé pour finir ses études secondaires.

Alors, apparemment, entre Vandale et Ostrogoth, on se soutient...

Cet appui reste certes incertain, discret. L’un regarde l’autre se débattre, l’aide discrètement mais préfère ne pas se mêler ouvertement de ses histoires. L’autre de son côté en attend un plus et se fait menaçant.

Dans son interview d’hier aux journaliste russes, Loukachenko déclare : « Si la Biélorussie tombe, la Russie la suivra ».

Mais, déjà lundi, le 14 septembre, Loukachenko doit se rendre à Moscou où il signera des accords qui ne seront probablement pas favorables à la Biélorussie.

La grande inconnue de tous leurs scénarios et stratagèmes reste le peuple biélorusse, plus déterminé que jamais.

Pour soutenir Maria, les femmes se sont retrouvées autour du marché Komarovka, lieu que tous ceux qui ont eu la chance de visiter Minsk, apprécient pour l’abondance de produits qu’on peut y trouver.

Sur la place devant le marché, les femmes ont été prises en otage, - une photo de plus qui nous renvoie à la deuxième guerre mondiale.

Mais la violence a commencé hier matin par un outrage autour de la palissade à Tarasovo, un petit village aux environs de Minsk. Quand j’étais au lycée, on y allait avec l’école pour ramasser les choux et les carottes. Un habitant à la retraite est sorti pour peindre la palissade. Il a été violemment battu par les forces de l’ordre. Il a eu besoin d’aide médicale parce qu’il avait voulu peindre la palissade en blanc-rouge-blanc.

Peu de temps après, le quartier rebelle de Novaya Baravaya a vu les gardiens du régime faire une ronde. Ils repéraient les appartements qui avaient accroché des drapeaux blancs-rouges et soit marquaient les portes, soit remettaient des convocations à leurs occupants. Cela nous ramène au temps du roi Hérode.

Pour en finir avec les médias, on remarque que Loukachenko a besoin de journalistes russes pour l’interviewer. Les journalistes biélorusses ne le rencontrent plus.

Pour rencontrer ses compatriotes il prend désormais une mitraillette.

Loukachenko est venu pour rencontrer les manifestants © canal officiel, 'Pool du Premier' Loukachenko est venu pour rencontrer les manifestants © canal officiel, 'Pool du Premier'

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