Journal Biélorusse, Jour-33 (10 septembre 2020)

A chaque jour son héros

A chaque jour son héros.

Le mineur de Soligorsk (mines de potasses) Youry Korzoune
s’est enchaîné dans une mine à 305 mètres de profondeur. Il a laissé un mot d’explication:

« Je ne suis pas fou, j’ai 46 ans et toute ma vie consciente, d’adulte, je n’ai connu qu’une seule réalité, celle de Loukachenko. Par mon acte, je veux que le pouvoir nous entende et cesse la violence ». Les pompiers l’ont sorti après avoir scié ses chaînes, Youri a été hospitalisé, puis relâché. Pour l’instant ».

Youri Korzoune, mineur de BelarusKalij qui s'est enchainé dans la mine © tut.by Youri Korzoune, mineur de BelarusKalij qui s'est enchainé dans la mine © tut.by

Depuis le 7 septembre le système a commencé à ré-arrêter indistinctement. Les victimes changent de statut. Convoqués comme témoins, les victimes apprennent dans les départements de police qu’ils sont maintenant des accusés. Le plus souvent elles sont arrêtées sur le champ.
La liste s’allonge tous les jours. La page du centre Viasna en tient une liste actualisée : http://spring96.org/en/news/49539.
La liste est en anglais. D’abord vous pouvez voir des photos des prisonniers et leurs histoires . Ensuite vous pouvez leur envoyer une carte postale de solidarité. L’adresse y est indiquée ou si vous avez du mal à la trouver, n’hésitez pas à me demander.

Ainsi vous participerez à un large mouvement de solidarité qui existe depuis le début des arrestations. Recevoir une carte en anglais ou français c’est aussi agréable qu’en russe. Et si la carte ne parvient pas au destinataire, ce n’est pas grave : les facteurs ou employés des services du courrier remarqueront bien le soutien qui vient de l’extérieur. Vous qui cherchez depuis quatre semaines comment aider les gens là-bas, vous agirez.
Même si cela paraît ridicule pour vous, une fois passée la frontière votre carte prendra un tout autre sens.

J’ai beaucoup appris des Biélorusses en ces quatre semaines. Contre la violence nous ne pouvons pas utiliser la violence. Même si mes amis russes et ukrainiens continuent à s’étonner : pourquoi ne se débattent-ils pas quand on les arrête ? Je leur répond qu’ils se débattent, mais autrement.

Ils s’entraident en tout : avocats, professeurs, médecins...

aujourd’hui dans un magasin quelqu’un a photographié un produit sur lequel à côté de la date de péremption, une inscription a été imprimée : « vive la Biélorussie ! ».

A coté de la date "Vive la Biélorussie!" A coté de la date "Vive la Biélorussie!"


Sur la plateforme « Yezhik », on peut parrainer une famille en difficulté, touchée par les arrestations ou un licenciement et leur acheter en ligne des produits d’alimentation.

 

D’un côté un grand réseau de solidarité s’est créé et continue de se développer via Telegram et de nombreux chats à l’échelle des villes, des quartiers, des cours.
De l’autre côté l’internet véhicule une grande production de blagues, de parodies et d’anecdotes qui aident à remonter le moral. La dérision est le meilleur moyen d’apprivoiser la peur. Au jour 33 une dame ose crier à un homme encapuchonné et masqué : « Vous n’avez aucun signe de distinction. Vous n’êtes pas la police, mais des tortues-ninjas ». 

Et dans ma cour préférée ?
Une vingtaine de tortues sont arrivées pour empêcher un nouveau concert. Le lieutenant-colonel au milieu des habitants de la cour : « Je vous prie d’annuler le concert ». Après de longues discussions, les gens se sont pliés aux forces de Loukachenko. Il n’y a pas eu de concert. Mais les masques sont loin d’avoir gagné.
Au milieu des gens joyeux, les gardiens de Louka gardent le fameux mur couvert de bitume.
- Qu’est-ce qu’ils font ici ?
- Ils gardent le mur.
- Mais ils n’y a rien sur le mur.
- C’est précisément c’est ce qu’ils gardent.

les policiers qui gardent un mur couvert de bitume au milieu de la fête de la cour © onlner les policiers qui gardent un mur couvert de bitume au milieu de la fête de la cour © onlner

Cela ressemble à la Biélorussie de loukashenko, la stabilité qui cache le vide, qui cachait... parce que le dessin qu’ils essayaient de détruire est désormais projeté sur d’autres murs.

La projection du dessein détruit par les policiers © Belsat La projection du dessein détruit par les policiers © Belsat

 

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