Journal Biélorusse, Jour-34 (11 septembre 2020)

Statistique du jour : 43 accusés 159 jours d’incarcération, 18 171 roubles d’amendes. Et 32 arrêtés et arrêtéEs selon les chiffres officiels.

43 accusés 159 jours d’incarcération, 18 171 roubles d’amendes. Et 32 arrêtés et arrêtéEs selon les chiffres officiels.

La direction de Bélaruskalij (le géant biélorusse de la potasse) vient de gagner un procès contre ses ouvriers en grève.

Devant le bâtiment du Tribunal où se tient l’audience, les OMON procèdent aux habituelles arrestations violentes. Une jeune fille se débat, elle ne veut pas monter dans le fourgon. Sa jolie jambe était la dernière chose que la caméra a capté : son genou, un collant noir avec de petits pois de velours. A l’époque soviétique c’était une rareté inouïe et les rares fois quand nous en trouvions avec maman, je retenais mon souffle en les caressant. Ces pois de velours me paraissaient l’essence même de la fragilité. C’est la dernière chose que j’ai vu de la jeune fille, son genou si frêle saisi par les gants noirs qui l’embarquaient dans le fourgon.

ceci n'est pas le genou de Claire ceci n'est pas le genou de Claire

Le soir, sur le parvis de l’église rouge, une dame âgée, peut-être diabétique en tout cas s’aidant d’une canne, essaie de sauver une jeune fille. Elle s’imagine protégée par son âge et son infirmité. Hélas, elle ne sait pas que le nouveau procureur général a déclaré qu’il justifierait tout acte qui servirait la sécurité nationale, qu’il respecte ou non les cadres légaux. Arrêter les femmes infirmes et âgées qui vont à la messe peut donc prévenir une atteinte à la sécurité nationale... Les Biélorusses frémissaient au seul nom de Koniuk, le procureur général récemment démis par Loukachenko. Mais c’est parce qui ils ne connaissaient pas Shved et son adjoint Stouk.

Maintenant, ils peuvent dire que sous Koniuk on n’arrêtait pas sur le parvis de l’église. A l’école on ne lisait pas aux écoliers les articles du code pénal pour les effrayer.

le parvisd'une église © tut.by le parvisd'une église © tut.by

Sous Koniuk les juges d’instructions faisaient semblant d’enquêter. Sous Shved ils ne daignent même plus de se déplacer. Hier un pêcheur a trouvé le corps d’un homme flottant dans une petite rivière. Deux agents du quartier sont arrivés quelques heures après et la police a déclaré que le défunt était un disparu âgé, atteint de la maladie de Parkinson. Ils n’ont pas été gênés par le fait que le pêcheur qui a découvert le corps affirme qu’il s’agissait d’un homme de 35-40 ans portant des bleus très visibles dans le dos. Connaîtrons-nous un jour son nom et son histoire ?

A chaque jour sa peine, à chaque jour son héros.
Un professeur d’informatique de l’université de Gomel est sorti pour un piquet solitaire après avoir lu l’histoire de Youry Korzoune, le mineur de Soligorsk qui s’est enchaîné au fond d’une mine. « J’ai essayé de l’imaginer seul dans les profondeurs de sa mine. Il devait croire en un futur radieux pour avoir le courage de le faire. Alors j’ai voulu le soutenir, lui montrer qu’il n’était pas seul ».

« Seul » c’est le sentiment qui envahit beaucoup de gens en ce moment. Un grand journal français du soir a de nouveau sorti un titre pimpant « Loukashenko seul face à tous après la révolte ... ».

C’est faire fi un peu rapidement de l’armée de militaires, de troupes anti-émeute, de pompiers, de juges, d’enquêteurs, de professeurs, d’administrateurs territoriaux, de directeurs, de ministres qui le soutiennent sans vaciller. Il est encore trop tôt pour appliquer ce cliché marquésien sur la solitude du vieux dictateur à Loukachenko.

L’image qu’utilise Franak Viačorka dans une de ses publications pour résumer la situation biélorusse est plus pertinente :
une pluralité des pions blancs face à l’armée compacte et organisée du roi noir.

échiquier biélorusse échiquier biélorusse

Chaque sortie dans la rue avec un carton, un slogan, un ruban est la marque du plus grand courage.

 

 

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