J-36, dimanche le 13 septembre

Cinquième dimanche depuis la nuit sanglante du 9 août, cinquième dimanche que je passe à lire en continu des messages qui tombent sur mon téléphone portable, à consulter les itinéraires des manifestants et le plan de Minsk.

25 000 pas compte le smartphone d’une amie de Minsk. Qui de nous a déjà marché autant dans les rue de sa ville ?

Cinquième dimanche depuis la nuit sanglante du 9 août, cinquième dimanche que je passe à lire en continu des messages qui tombent sur mon téléphone portable, à consulter les itinéraires des manifestants et le plan de Minsk. Une particularité aujourd’hui : Google map n’a jamais montré tant de rues bloquées que ce dimanche. Le plan de la ville était couvert petits sens interdits.

La carte de Minsk dans le google map La carte de Minsk dans le google map

Et Minsk n’était pas la seule ville dans ce cas : Grodno, Brest, Jodino…

La vidéo sur laquelle un agent de police gifle une dame, qui tombe. C’était à Jodino. Les gens ont failli le lyncher, il s’est réfugié dans son fourgon. Mais son visage a été découvert. 

Ce mouvement d’arracher les masques qui couvrent les visages des policiers a commencé depuis quelque jours un peu partout dans le pays. La première fois par accident dans une petite bousculade, une dame a arraché le premier. Le policier s’est retiré rapidement, l’air désemparé. Démasquer les «  punisseurs » s’est révélé un bon moyen de défense.

Pour accompagner ce mouvement, Telegram a créé un « bot » pour récolter un maximum d’informations sur tous les gardiens du régime. La photo ou la vidéo du baraqué en face est envoyée au « bot » qui répertorie ces gens. Parfois sans l’aide des réseaux sociaux, les gens reconnaissent l’un de leurs voisins et lui mènent une guérilla de voisinage : abîmer la voiture, détériorer la porte d’entrée ou plus simplement boycotter.

la voiture d'un punisseur la voiture d'un punisseur

Une autre chaine Telegram « Cyber Resistants » a promis, et commencé, de hacker le site officiels biélorusses à partir du 14 septembre. 

Le 14 septembre Loukachenko rencontrera Poutine à Sotchi. Qu’y signera-t-il ? Des accords officialisant une présence militaire russe dans la région de Grodno (à la frontière avec la Pologne et la Lithuanie) ? Ou alors, Poutine, ne l’a-t-il invité que pour apparaître comme l’arbitre de la crise biélorusse ? En attendant, certains Biélorusses s’apprêtent à quitter le pays après le 14 septembre. 

Et il y a ceux qui espèrent que le Kremlin n’aura pas besoin d’incorporer la Biélorussie. Ceux qui espèrent que cinq semaines de protestations ininterrompues produiront des résultats.

« Sacha, si tu es violent, ne viens pas chez moi » proclame la pancarte que tient à bout de bras un homme portant un masque de Poutine. 

Si tu es violent, ne viens pas me voir demain Si tu es violent, ne viens pas me voir demain

Malgré les dispersions violentes, les gaz au poivre, les jets d’eau, les grenades soniques et les tirs, les gens, en rentrant chez eux, se s’encouragent « A dimanche prochain ». Je leur souhaite que cela ne devienne pas une routine où pendant la semaine la machine administrative inflige des amendes et le week-end les gens sortent pour se faire arrêter et payer des amendes en semaine…

A propos de routine qui s’est installée : les Biélorusses en sont arrivés à commencer leurs journées par consulter les statistiques quotidiennes des arrestation : Hier, le 12 septembres - 114 personnes arrêtés, dont 87 sont restées en prison.

Le 13 septembre, aujourd’hui : plus de 400 arrêtés. Mais les chiffres ne sont pas encore définitifs. - Les chiffres de lundi tombent : 774 personnes arrêtées lors de la marche de dimanche. -

Le monde entier traverse la pandémie vit avec les chiffres des contaminations, de cas graves en réanimations, de décès. Les biélorusses comptent autrement: nombre de personnes arrêtées, condamnées, relâchées, auxquels s’ajoutent malheureusement les décès, y compris ceux dû au Covid. 

Et enfin, pour ceux qui s’inquiètent pour la septuagénaire Nina Baguinskaya qui a été au milieu des bousculades d’hier, l’édition internet KYKY.org est heureuse de nous faire parvenir sa photo entourée de se nouveaux gardes du corps.

Nina Baguinskaya avec ses gardes du corps Nina Baguinskaya avec ses gardes du corps

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