Journal Biélorusse, Jour-35 (12 septembre 2020)

Le deuxième samedi de septembre, on fête la ville de Minsk. Cette année, les autorités ont décidé de l’annuler. Tout le monde sait pourquoi, mais les gens font semblant de s’interroger. Pendant que la société découvre les plaisirs de la solidarité, les ministres préparent la visite de Loukachenko à Sotchi. J’ai bien peur qu’à son retour, il ne reconnaisse plus son pays.

La marche des femmes © tut.by La marche des femmes © tut.by

Le deuxième samedi de septembre, personne ne sait vraiment pourquoi, on fête la ville de Minsk. Cette année, les autorités ont décidé de l’annuler. Tout le monde sait pourquoi, mais les gens font semblant de s’interroger. La pandémie ? Mais les autorités de répondre : pandémie ? Quelle pandémie ? Il n’y a pas de pandémie en Biélorussie. De toute façon, cette année la fête est remplacée par un « soubotnik » (du mot russe « soubotta » qui signifie samedi), un samedi ouvrable où tous les membres de la société sont convoqués pour embellir les rues et les places de la ville, écoliers et étudiants compris. Seuls les OMON n’ont pas contribué à briquer et nettoyer, fierté nationale, trop occupés qu’ils étaient à taper sur les femmes, à les jeter dans les fourgons, à arracher les cheveux aux dames âgées et à se débattre avec des plus jeunes.

- Laisse-la tranquille, capitaine!
- Êtes-vous fiers de vous, soldat ?
- Vous vous sentez fort face aux femmes ?

Ces phrases volaient dans les rues du vieux centre.
Dans vingt ans ces femmes raconteront à leurs petits enfants ces heures braves de leur vie.

Qu’est-ce que raconteront ces hommes à leurs petits enfants ?

Comment ils ont frappé des femmes, et qu’ils se mettaient à plusieurs pour le faire ?

Ou bien comment pendant des jours et des nuits ils ont protégé un transformateur électrique pour éviter qu’y soient peintes les effigies de deux victimes des répressions ou le dragon sur un terrain de jeux que certains s’obstinaient à repeindre en rouge et blanc ? Et tout cela en vain, qui plus est...

Le dragon blanc-rouge de Ouroutcha, Minsk Le dragon blanc-rouge de Ouroutcha, Minsk

L’une des principaux chaîne Telegram a lancé le dernier appel à se ranger du côté de la majorité. Après le 13 septembre, le canal commencera à publier les adresse de ceux qui ont participé à la répression violente, à la falsification des votes ou tout simplement au soutien aveugle au régime et dont on connaît les visages.

Parallèlement, d’autres chaînes diffusent l’annonce d’une grève générale des transports à partir de lundi. Probablement en solidarité avec Belaruskalij qui a annoncé une grève jusqu’à ce qu’on cède à leurs exigences (en premier lieu, libérer les membres du comité de grève arrêtés). La solidarité s’appuie sur la peur d’être arrêté ou tabassé.

Telegram bouillonne : des chats se créent de plus en plus nombreux, par quartiers mais aussi par thèmes : pour aider à retrouver un travail cliquer ici, pour des produits d’alimentation, ici, pour discuter des questions d’organisation, pour les questions de connexion lors de la future marche...

Le mineur Youri Korzoune qui s’est enchaîné dans une mine à Soligorsk, était seul sous terre. L’enseignent en informatique à Gomel était seul à sortir sur la place. Mais les employés de MTZ se sont réunis en petit collectif pour lui témoigner leur soutien.

Pendant que la société découvre les plaisirs de la solidarité, les ministres préparent la visite de Loukachenko à Sotchi. J’ai bien peur qu’à son retour, il ne reconnaisse plus son pays.

Déjà hier en une journée nous avons vu naître en plus de la Place des Changements qu’on connaît déjà :
la Place des Héros,
la Place Maria Kolesnikova,
La Place Nina Baguinskaya (petite dame de 75 ans qui est devenue la muse des manifestants, leur totem),
La Place de la Verité.

La place Maria Kolesnikova, Minsk La place Maria Kolesnikova, Minsk

La place des vainqueurs, Minsk La place des vainqueurs, Minsk

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