Journal Biélorusse, Jour-37 (14 septembre 2020)

La rencontre Poutine- Loukashenko a eu lieu.

Poutine reçoit Loukachenko à Sotchi © Belta Poutine reçoit Loukachenko à Sotchi © Belta

La rencontre Poutine- Loukashenko a eu lieu. 

Poutine :

- a promis $1,5 mlrd 

- a déclaré que les Biélorusses devaient décider eux-mêmes de leur destin

- a conclu que la Russie et la Biélorussie coopéreraient encore plus étroitement.    

Loukachenko :

- a pensé à haute voix qu’il fallait continuer les manoeuvres des deux armées pour être prêts à toute éventualité 

- a remercié pour le vaccin anti-covid

- a admis qu’il y avaient des marches en Biélorussie et que ceux qui voulaient marcher, pouvaient continuer « tant qu’ils ne franchissaient pas les limites ».

Internet qui est devenu un espace de rencontre et de partage pour une grande majorité de Biélorusses du lundi au samedi, bouillonne de blagues et de « mèmes ».

Du lundi au samedi également, la machine punitive fonctionne à plein régime : elle condamne, poursuit, recherche des ennemis. Elle excelle à créer de petits désagréments. 

Une journaliste de Belsat arrêtée hier n’a toujours pas vu son avocat. Maria Kolesnikova souffre d’allergie et n’a pas eu l’accès aux médicaments nécessaires. 

La femme giflée brutalement par un policier à Zhodino s’appelle Naïla. Hier, elle a voulu défendre un jeune homme que les gardiens de Loukashenko trainaient vers leur fourgon. Elle filmait la scène. 

« Elle est si petite, si fragile… comment il a pu la frapper ! », - soupire son mari. Apres cette gifle qui l’a mise par terre, il a amenée Naïla à l’hôpital : blessures de genoux, tête, coude. Des blessures devenues classiques chez les Biélorusses depuis quelques temps. 

Naïla de Zhodino, giflée par un policier Naïla de Zhodino, giflée par un policier

Ce lundi, des policiers sont venus la voir. Ils ont été très corrects corrects en lui annonçant qu’elle était accusée de participation à une manifestation non-autorisée. Elle sera verbalisée et éventuellement incarcérée pendant quelques jours. Le tribunal avisera. Le monde entier a vu cet incident et le monde entier en verra encore d’autres. 

« Rien ne sera jamais plus comme avant », répètent tous ceux que je lis et écoute. Ce sera mieux s’il part, pire s’il reste. Mais ce ne sera plus comme avant, ni pour nous, ni pour lui.

KYKY.org a demandé à Anatoly Shumchenko, président de l’association des entrepreneurs individuels « Perspective » , ce que ressentaient les entrepreneurs » : « Beaucoup se sentent apathiques et pensent à quitter le pays. Cela témoigne du mauvais état de l'économie biélorusse ».

Une bannière sur mon téléphone ; un ami m’écrit : « Ca y est ! Sommes à Riga, mais avons dû passer par la Pologne puis la Lituanie. À cause du covid. Je regarde par la fenêtre et pense que j’aimerais tant rester à Minsk »...

C’est donc ça le pire : ceux qui peuvent partir partiront. Les pays voisins commencent à accueillir les Biélorusses. L’exode des informaticiens et consorts suit son cours. 

Il y a bien là menace de « cyber-résistants »  de mener une cyber-guerre à Loukachenko ; elle se résume pour l’instant à quelques heures de dysfonctionnement du site de l’organisation de la jeunesse pro-Loukachenko, du site de la chambre de commerce de Gomel et à quelques perturbations insignifiantes du site des impôts et du département des affaires présidentielles. Pas de quoi faire désorganiser le régime pour l’instant.

Et tous ceux qui ne peuvent pas partir ? Les plus actifs feront de la prison et paieront des amendes qui nourriront le régime. Les autres devront s’adapter. Et leurs enfants ne seront pas épargnés.

L’école N°40 de Minsk a organisé une exposition de dessins d’élèves (9 ans - 14 ans) sur le thème est formulé : « Ton bonheur est protégé par la Loi » et « Tu penses à la Loi, la Loi pense à toi ». La Biélorussie est entrée dans une réalité nouvelle, une réalité qui ressemble à un roman de G. Orwell. 

Ce soir, devant l’église rouge, quatre femmes ont été arrêtées, elles portaient des masques chirurgicaux rouges-blancs et étaient assises sur un banc avec des feuilles A4 vierges. 

La place des Changements, update La place des Changements, update

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.