Journal biélorusse, Jour 39. Up-side down biélo-russe

Les quatre heures de la rencontre à huis clos avec Poutine n’ont pas été perdues. En écolier discipliné, Loukashenko a bien pris ses notes sur son petit carnet.

Manifestations de l'up side down biélo-russe Manifestations de l'up side down biélo-russe

La visite du ministre russe de la Défense à Minsk et le grand discours de Loukashenko devant ses acolytes, 300 représentants de l’appareil d’Etat réunis aujourd’hui, sont inquiétantes. 

Dans un bref exposé Loukashenko présente sa réalité « up-side down » et résume en 7 étapes le plan ennemi : « Depuis 10 ans la Biélorussie est menacée. Le grand agresseur ce sont les États-Unis, d’abord, mais aussi l’UE. Leurs moyens sont variés, les centres de direction sont dans tous les pays voisins. Ainsi :
1. La Première étape du plan est marquée par les échecs de diverses tentatives d’organiser des révolutions de couleurs en Biélorussie pendant la période 2006-2010.
2. La deuxième étape furent les élections parlementaires d’il y a six mois, lors desquelles les organisateurs ont testé des moyens d’influence et de mobilisation des masses.
3. La troisième étape : c’est la préparation des campagnes électorales - le but c’était de proposer un candidat pour chaque large segment social - le bloguer ( Tsikhanousky) pour la population des petites villes, le banquier pour les hommes d’affaires et l’ancien diplomate pour déstabiliser l’élite politique. Et tout cela pendant que le pouvoir était occupé à lutter contre la pandémie. [Rappelons ici que le pouvoir biélorusse a toujours refusé l’existence de la pandémie, la traitant d’hystérie.]
4. La quatrième étape : la campagne électorale elle-même, lors de laquelle les ennemis ont mis en œuvre toutes les technologies possibles
5. Après les élections, lors de la cinquième étape ils ont tenté de réaliser le scénario du Maidan ukrainien.
6. La sixième étape est celle du changement de tactique à la suite duquel les manifestants sont devenus purs et innocents comme des agneaux. Habillés en blanc, chantant et dansant.
7. La septième et dernière étape consiste à tenter de légaliser les infrastructures des changements, c’est à dire le Conseil de coordination. Mais nous les avons démasqués ».

Nouvelle affiche : la chèvre = les gens qui protestent, le chien = les forces ennemies de l'Occident. Le soldat est soviétique Nouvelle affiche : la chèvre = les gens qui protestent, le chien = les forces ennemies de l'Occident. Le soldat est soviétique


Et cette explication du plan machiavélique arrive en même temps que la déclaration du chef du service du contre-espionnage russe : son service aurait trouvé des traces de l’Occident dans la déstabilisation biélorusse. La Biélorussie partageant ses frontières avec trois pays de l’Union européenne et l’Ukraine du côté « occidental », on aurait été plus surpris de trouver des traces iraniennes ou pakistanaises...

Au cœur du Palais de la République, que les Minskois surnomment le « sarcophage », Loukachenko réconforte son armée de fonctionnaires : « Nous devons continuer, nous devons tenir bon ». A l’extérieur les manifestations prônant la Biélorussie de Loukachenko marchaient fièrement scandant des citations de leur Batka, dont «  Pour une patrie de Brest à Vladivostok ! A. Loukashenko. »

Pour la Patrie de Brest à Vladivostok Pour la Patrie de Brest à Vladivostok

Il aime quand c’est spectaculaire. Mais il a ses raisons. Il a enfin été reçu par le big boss. Et même si le boss ne dissimulait pas son ennuie lors de la partie devant les journaliste, tapotant du pied, caressant l’accoudoir de son fauteuil, il lui a tout de même accordé quatre heures de son temps précieux.

L’usurpateur s’est senti soutenu.

Cela signifie que les arrestations vont continuer. On arrêtera sans différence : des simples passants ou passantes aux personnes publiques, hommes/femmes d’affaires pour faire peur à tout le monde. De toute façon les Omons, gardiens du régime continuent à kidnapper et tabasser les gens dans leurs fourgons : « Qu’est ce que tu n’aimes pas chez notre président ?! De quoi tu n’es pas satisfait ?! Il t’a tout donné !» , crient ils, vexés, en frappant de tout cœur.
Un étudiant à l’université radio-technique a perdu connaissance lors des interrogatoires de lundi passé. Au procès il a déclaré à la juge, avoir été battu. La juge l’a écouté et l’a condamné à 10 jours de prison.

Mais, non, Loukashenko n’a rien donné aux Biélorusses. Leurs trottoirs propres, et les horaires respectés du transport en commun qui plaisent tant aux touristes, les Biélorusses les avaient eu bien avant lui. « Tout ce que les Biélorusses ont, ce n’est pas grâce à Loukachenko, c’est malgré lui » disait ma mère et ajoutait dans un soupir : « Malheureusement ce sera oublié un jour... »

 

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